[VU] De Fugues… En Suites…

9 mai 2026 /// Les retours
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Dès l’ouverture, des silhouettes émergent de la pénombre, dans une temporalité étirée. Cette entrée en matière installe un climat contemplatif, presque suspendu, qui donne le ton d’un spectacle construit comme un cheminement intérieur.

Une danse syncrétique

Les interprètes, toutes remarquables (Ema Bertaud, Dalila Cortes, Ida Faho, Awa Joannais, Elithia Rabenjamina et Alina Tskhovryebova), nous entraînent dans une pièce chorégraphique où la musique de Bach y rencontre les sonorités traditionnelles du balafon et de la kora, traduisant le parcours artistique et intime de Salia Sanou.

Salia Sanou y syncrétise tout ce qui façonne son identité : sa terre natale, sa rencontre avec la musique classique occidentale et l’importance des femmes dans son parcours. Loin d’un simple récit autobiographique, il compose une succession de tableaux qui convoquent autant l’imaginaire que la mémoire, baignés par la magnifique lumière de Sylvie Mélis. Il entraîne le public sur des terres arides, sous un soleil de plomb.

Entre croyances ancestrales — où l’on s’en remet au ciel pour avancer, avec ces doigts levés et ces regards tournés vers l’astre divin, ou peut-être vers la lune, symbole de fertilité — et danses énergiques convoquant un bestiaire imaginaire sur les terres burkinabè, la liberté offerte par De Fugues… En Suites… est totale.

Richesses dansées et musicales

Les mouvements dansés atteignent une richesse rare. Qu’ils puisent dans la danse contemporaine, le jazz, les danses africaines, le hip-hop ou le ballet classique, la justesse des interprétations est toujours au rendez-vous.

Tantôt accompagnés par le balafon, la kora ou la musique de Bach, les gestes ronds répondent aux mouvements plus angulaires, avant de s’adoucir, comme pour témoigner d’une réconciliation entre deux continents.

Tout concourt ici à se laisser porter par ce vocabulaire chorégraphique foisonnant et par la légèreté bien réelle de ce qui se déploie sur scène. Chacune des interprètes — avec une mention particulière pour Ema Bertaud — affirme sa singularité tout en s’inscrivant dans ce corps de ballet féminin qui danse des récits universels de femmes.

Salia Sanou signe une œuvre singulière, à son image, d’une grande beauté, dont les notes, héritées de son enfance, viennent nous bercer. Pari réussi.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Laurent Philippe

De Fugues… En Suites… a été vu au Théâtre de Nîmes, le 6 mai 2026.

Générique

Conception et chorégraphie Salia Sanou / Inteprètes Ema Bertaud, Dalila Cortes, Ida Faho, Awa Joannais, Elithia Rabenjamina et Alina Tskhovryebova / Musiques de Jean-Sébastien Bach, Marin Cardoze, Aly Keita, Guem, Toumani Diabaté et Ballaké Sissoko – Interprétées par Zhu Xiao-Mei, Kalifa Hema, Célimène Daudet, Marin Cardoze, Bruce Liu, Guem, Toumani Diabaté et Ballaké Sissoko / Lumière Sylvie Mélis  / Costumes Mathilde Possoz  / Régie lumière Nathalie De Rosa  / Régie son Delphine Foussat  / Direction de production Stéphane Maisonneuve. Diffusion Anouk Dupont-Seignour. 

Coproduction Théâtre de la Ville-Paris – MA scène nationale Pays de Montbéliard – Charleroi danse, Centre chorégraphique de Wallonie Bruxelles – Théâtre Molière, Sète Scène nationale Archipel de Thau – Espaces pluriels Scène conventionnée de Pau – Le Quartz, scène nationale de Brest – Le Cratère, scène nationale d’Alès – Centre national de danse contemporaine d’Angers-CNDC. Avec le soutien de Ministère de la Culture-DRAC Occitanie – Ville de Montpellier – Région Occitanie – Agora Cité internationale de la Danse Montpellier pour un accueil en résidence.

La Cie Mouvements perpétuels est conventionnée par le ministère de la Culture-DRAC Occitanie. Remerciements Patricia Carette, Jean-Paul Guarino, Elizabeth Gahl.

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