Yan Allegret, ceinture noire de théâtre

25 août 2026 /// Les retours
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Yan Allegret l’a décidé ainsi : débuter son spectacle par la fin. Entendons par là lorsque la fiction n’existe pas encore en tant que telle, lorsque le public et le plateau sont baignés d’une lumière crue, lorsque la magie du théâtre n’est pas encore advenue. Puis le noir se fait et le récit débute.

Le comédien se raconte, ou plutôt se livre sans artifice. Il est simplement Yan Allegret, ce petit garçon qui sait que la vie que ses parents lui ont réservée n’est pas faite pour lui. Simple pressentiment ou force intrinsèque surgie du plus profond de l’être ?

Yan Allegret va en effet façonner son existence à travers ses découvertes fécondes que sont le théâtre et l’aïkido, dont il est ceinture noire. L’un par amour pour une fille, l’autre par la lecture du livre de Morihei Ueshiba, acheté d’occasion grâce à cette phrase : « L’aïkido est la manifestation de l’amour ».

Dans son récit, Allegret fait le pont entre les arts martiaux — ou plutôt l’aïkido — et le théâtre, art qui le submerge. Il façonne son être sur le chemin de la vie et relève le pari risqué de faire cohabiter ses deux passions. L’une et l’autre se répondent et se croisent au détour de la parole et des gestes chorégraphiques de l’aïkido, que le comédien exécute avec précision.

Au fil de son récit, dans une mise en scène épurée et parfois didactique, il enseigne au public l’amour qu’il porte à l’aïkido en se lançant dans le maniement du katsujin ken, le sabre qui donne la vie, et non du satsujin ken, celui qui l’ôte. Évoluant sur un plateau nu, baigné d’une lumière douce, il n’hésite pas à faire appel au public pour reconstituer un combat au sabre. Il convoque également Jean Genet et son texte Violence et brutalité, paru dans Le Monde en 1977, pour éclairer sa passion des arts martiaux en général. Il trouve en l’aïkido une philosophie de vie qui lui permet d’échapper au monde de brutalité auquel il semblait assigné.

Parce qu’il y a des rendez-vous qui marquent, le comédien raconte son souvenir de Médée-Matériau d’Heiner Müller, dans la mise en scène d’Anatoli Vassiliev, où Valérie Dréville le sidère par « sa manière de délivrer la parole, dans sa présence » — il y voit un « acte de vie sans compromis ». Par ces mots simples, l’auteur touche le public et fait une véritable déclaration d’amour à l’acte théâtral dans son plus simple appareil.

Le pouvoir de Katsujin Ken est l’énergie réelle qui circule entre la scène et les rangs du public. Yan Allegret fait de son récit personnel un récit à portée universelle, dont chacun tirera un enseignement. Car c’est bien ce que le titre annonçait : le sabre qui donne la vie ne tranche pas le passé, il le fait vivre et grandir. Un pressentiment d’enfant, une fille, un livre d’occasion — et tout devient chemin.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : Cie (&) So Weiter

Katsujin Ken – Le sabre qui donne la vie a été vu lors du Festival Off d’Avigon au Théâtre Transversal.

Le texte est paru chez Koïnè Edition
Plus de renseignements : site de la Compagnie

Générique

CRÉATION 2025
Conception et mise en scène : Yan ALLEGRET & Stéphane FACCO
Direction d’acteur : Stéphane FACCO
Interprétation : Yan ALLEGRET
Diffusion Bureau Rustine – Jean Luc Weinich

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