SUIVI DE CREATION : pour ADN 2027, Samir El Yamni met le vivant en mouvement

2 septembre 2026 /// ADN 2027 - Samir El Yamni - Les retours
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La nouvelle création du chorégraphe part d’une commande. La ville d’Aix-en-Provence souhaitait voir Samir El Yamni seul en scène, en mouvement. Un solo. À charge pour l’artiste d’inventer ce qu’il allait y mettre. Ce sera ADN — le titre porte l’année de création, 2027, comme un repère et une date de naissance.

L’ADN est au cœur du vivant, souligne-t-il. La molécule fonctionne ici comme métaphore plus que comme sujet : elle ouvre sur le lien — à soi, à l’autre, à l’environnement. Rien d’un virage thématique pour autant. Passionné de longue date par la biologie, l’anatomie et la physiologie du corps, formé à une pratique somatique, engagé depuis des années auprès de publics médico-sociaux, il prolonge ici une matière qu’il travaille déjà au quotidien. Le solo n’est pas une parenthèse : c’est une continuité qui trouve enfin sa forme scénique.

Une conférence, mais mouvementée

La forme, justement, porte un nom : conférence mouvementée. Danse et texte, tenus ensemble. Il ne s’en cache pas, c’est un gros challenge — et le mot conférence pourrait induire en erreur. Il ne s’agit pas d’un exposé académique déguisé, mais d’une tentative artistique qui revendique la légèreté, l’ironie et l’accessibilité.

Le vrai obstacle est éditorial, et j’imagine alors que la documentation accumulée est immense — biologie, physiologie, sciences sociales et humaines, géométrie, histoire, espace. Il en convient sans hésiter. Il faudra trancher, et sévèrement, pour ne garder que quelques notions simples, dites clairement, tenues scéniquement. Un sujet passionnant est aussi un sujet qui déborde ; la contrainte sera là, dans la synthèse.

La simplexité du lien

Au centre du projet, une notion : la simplexité du lien. Comprendre : la complexité simple des interdépendances. Elle se lit d’abord à l’intérieur du corps humain, où l’absence d’interdépendance entre les systèmes porte un nom sans détour — la mort. Puis elle s’étend, par cercles concentriques, entre les individus, et entre l’humain et son environnement.

De là, le propos glisse vers ce qui abîme ces liens : les mécanismes de stigmatisation, les rapports de domination. Et vers ce qui les répare. Depuis ses débuts, Samir El Yamni ne travaille jamais seul dans son coin. Ses projets sont toujours des espaces de partage. Il attrape ainsi l’expression au vol par laquelle je définis son nouveau projet et de Bab el, sa compagnie : faire société. C’est, dit-il, l’objectif central de toute sa démarche. Production, diffusion, éducation, projets de territoire : autant d’espaces de création de lien et d’intelligence collective, sans hiérarchie entre eux.

C’est précisément pour ça que ce projet est intéressant. Les créations qui articulent aussi explicitement le plateau et le territoire ne sont pas si nombreuses.

Cap sur Roubaix

L’été a été studieux. Écriture, documentation, mise en relation de la matière biologique et anatomique avec les sciences humaines : le projet, en développement depuis environ un an, arrive au bout de sa phase de recherche.

Reste le passage décisif — celui du texte au corps. À l’heure où ces lignes s’écrivent, Samir El Yamni est en résidence au Centre chorégraphique national de Roubaix pour une semaine. Il ouvre le chantier de création. C’est le moment où tout ce qui a été lu, écrit, trié doit entrer en résonance corporelle, ou renoncer. Où l’on découvre ce qui tient debout une fois mis en mouvement, et ce qui devra tomber.

Cinq mois séparent cette première semaine d’atelier de la création à La Manufacture, ce lieu municipal d’Aix-en-Provence installé face à la Cité du Livre. Cinq mois de choix, d’essais et de coupes.

Et mois après mois, Ouvert aux publics suivra l’avancée d’ADN 2027 afin de plonger au cœur de notre ADN.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Babel

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