Vu : Boomerang de la Compagnie Malka – Bouba Landrille Tchouda

10 décembre 2017 /// Les retours

©Fabrice Hernandez

Boomerang : objet volant destiné à la chasse, au jeu ou à la guerre, et qui, dévoyé, peut revenir à la gueule du lanceur.
Rien de tel ne se passe heureusement dans la dernière création de la compagnie de danse Malka menée par Bouba Landrille Tchouda. Même si le danseur chorégraphe, issu des danses urbaines et qui n’a pas chômé dans ses rencontres avec d’autres danses depuis vingt ans, semble retourner ici aux bases du hip hop, ou plutôt faire danse commune avec lui : ne s’agissait-il pas, dans la rue, comme ici, sur le plateau du théâtre La Garance à Cavaillon, de joutes très démonstratives entre valeureux dont le meilleur gagnait ?

Ce qui est intéressant ici, c’est que Boomerang est bel et bien une succession de battles à deux, trois, quatre ou à un contre tous : pas plus investis et spectaculairement fortiches que les huit interprètes –quatre filles, quatre garçons— lancés dans la bataille par Bouba Landrille Tchouda. Sauts, vols planants, courses, reculs, empoignades, cassures des corps, brisures des lignes… (traduisez en vocabulaire hip hop) : toutes ces hautes figures mettent les spectateurs aux anges. On est venus pour ça (et étonnamment, le public du hip hop est de plus en plus âgé), et personne ne s’en plaindra, sauf les grincheux-ses qui trouvent le spectacle un peu trop démonstratif.
Mais spectacle malin aussi : le danseur le plus séduisant est un personnage maigre, à lunettes, fragile, égaré. « Mal parti » dans un saisissant solo qui ouvre le spectacle, à la gestuelle (elle aussi complètement hip hop) cassée, disloquée, il pourrait être la victime du groupe –il l’est parfois— et il trouvera pourtant un doux accord avec la plus gamine des filles. « Modèle » pour le reste du groupe, qui après maints affrontements et reculades, ni vainqueurs ni vaincus, finiront par danser dans un bel unisson : on l’a compris, Boomerang est un spectacle engagé.

Daniele Carraz
Photo : Fabrice Hernandez

Boomerang a été vu à la scène nationale La Garance (Cavaillon), le 7 décembre.
Chorégraphie Bouba Landrille Tchouda / Interprétation Aaïda Boudrigua, Jeanne Azoulay / en alternance, Eddy Cadiche, Aurélien Collewet « Biscuit », Aline Corrêa, Sonia Delbost-Henry, Michel « in-hoon » Galmin, Alexandra Jezouin, Jim Krummenacker / Dramaturgie Olivier Hespel / Scénographie Rodrigue Glombard / Lumière Fabrice Crouzet / Costumes Claude Murgia / Musique Yvan Talbot