Littérature et théâtre à l’école – Une aventure enchantée à la colline des Mourgues avec Ronan Le Breton et la classe de maternelle de Régine Bramnik

14 avril 2024 /// Les retours
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Lundi 8 Avril, sous un ciel gris et nuageux, la colline des Mourgues à Villeneuve les Avignon s’est transformée en un lieu performatif pour accueillir les élèves de grande section de l’école maternelle Persil d’Avignon dans une aventure enchantée, écrite par l’auteur-scénariste Ronan Le Breton et la directrice de l’école Régine Bramnik et réalisée gracieusement par 4 parents d’élèves, comédiens du théâtre du Kronope. 

Une dramaturgie féérique et légendaire reconstituait l’univers et l’imaginaire de la forêt mythique de Brocéliande, imaginée par Chrétien de Troyes à la fin du 12e siècle pour ses récits arthuriens. Sur un scénario développé entre narration, jeu théâtral et participation active du jeune public, les enfants ont pu trouver les lieux emblématiques de la forêt des merveilles. Sur chaque point de l’histoire, une action théâtrale était prévue afin de rencontrer les fées Viviane et Morgane, mais aussi le roi Arthur, Keu et Lancelot, de retirer l’épée Excalibur de son rocher, d’assister à de combats entre chevaliers et découvrir le tombeau de Merlin l’enchanteur. 

Ce projet performatif a marqué le début de la rencontre littéraire de l’auteur Ronan Le Breton avec le jeune public de l’école. Pendant une semaine, il a été complété par divers ateliers d’écriture et de création autour de la légende Arthurienne, très familière à l’auteur qui a publié entre 2005 et 2006 la série de bande dessinée « Légendes de la Table Ronde ».

Ce thème collectif décliné selon l’intérêt et l’âge des enfants de différentes classes de l’école, a donné lieu à la fabrication des histoires visuelles sur les châteaux du moyen-âge, les dragons, les créatures fantastiques et les princesses, à la conception des épisodes et tournois des chevaliers, à la création d’un bestiaire fantastique, ainsi qu’à la fabrication des potions magiques rassemblées dans un grimoire de sorcier. Le projet trouvera enfin son point d’orgue le mardi 16 avril après-midi autour d’un carnaval, qui aura lieu dans la cour de l’école, ainsi qu’un travail de restitution qui prendra la forme d’une exposition au mois de juin.

Mais, comment cette initiative est née et a pu s’introduire au programme scolaire de la maternelle Persil ?

Le projet en question a été inscrit dans le cadre d’une résidence d’auteurs à l’école, demandée par l’établissement à la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) et au Centre National du Livre (le CNL) et définit par la suite avec l’auteur attribué, prenant en considération son univers littéraire et le projet pédagogique de l’école. 

Une bourse de résidence d’auteurs à l’école, a pour objet la rémunération d’un auteur (écrivain, illustrateur, traducteur) afin d’intervenir à une école, collège ou lycée, sur le territoire français. L’objectif est la mise en place d’un projet de création d’écriture avec les élèves qui permettra à la fois la découverte des ouvrages et de l’univers littéraire de l’auteur engagé, et le développement d’un travail d’écriture et d’expression personnel pour les élèves.

Dans le souci du plus grand accès des jeunes dans les pratiques artistiques et de l’ouverture culturelle élargie, proposer aux élèves de rencontrer des artistes, dans le contexte d’une création, c’est chercher à les confronter à un regard différent de l’apprentissage et de la vie, à une autre manière d’être et d’agir. C’est contribuer aussi à prioriser pour les jeunes une approche de la pensée et du discours libre, expressive et critique. C’est, de manière complémentaire aux enseignements reçus dans le cadre scolaire, explorer et comprendre nos présences et nos êtres au monde de façon pluridimensionnelle et multisensorielle par l’acquisition de nouvelles connaissances, le vécu des expériences singulières et le développement de pratiques alternatives.

Interview de Régine Bramnik, directrice de l’école Persil et initiatrice du projet, et de Ronan Le Breton

Iliana Fylla : Régine, vous enseignez aux enfants de la maternelle depuis plus de trente ans. Vos projets scolaires sont toujours étroitement liés à la création artistique dans différents environnements créatifs et en collaboration avec diverses structures culturelles et artistes. Qu’est-ce qui vous amène à faire ce choix ?

Régine Bramnik : Un choix personnel tout d’abord lié à la culture sous toutes ses formes qui me nourrit depuis l’enfance. Un choix pédagogique ensuite, de mettre en œuvre sur le terrain la conviction que seul le creuset d’une culture commune irrigue les apprentissages et fabrique du collectif. Forte de ce credo, la synergie avec les artistes et les structures culturelles étaient une évidence.

IF : C’est la première année qu’une résidence littéraire à l’école Persil est réalisée. Pourquoi avez-vous choisi ce module ? 

RB : J’ai répondu à un appel d’offre sur la plate-forme adage, qui me semblait intéressante pour faire du lien entre les classes de l’école sur un objet commun. J’avais déjà vécu une résidence d’artiste par le passé, davantage dans l’occupation d’un lieu public que dans l’interaction élèves/artiste. J’avais envie d’y revenir en pariant sur la valeur ajoutée de l’artiste au cœur de l’institution.

Ronan Le Breton, auteur et scénariste de bande dessinée et de jeu vidéo français et d’origine bretonne, est passionné par les mondes imaginaires du fantastique, de la mythologie, de légendes et des contes. A côté de l’écriture, il anime des ateliers artistiques qui éveillent la créativité et l’expression multimodale de ses publics : enfants, collégiens, lycéens, étudiants et adultes, dans des écoles, des collèges, des lycées, des universités, des médiathèques, des centres socio-culturels, et des maisons associatives. 

Confronté depuis plusieurs années à la question de la sensibilisation artistique de l’amateur de tout âge au storytelling et à la narration, l’idée principale de ses ateliers est de libérer l’imaginaire et la créativité de ses participants pour faciliter le plaisir provenant de l’invention et de l’expression. 

IF : Ronan, que trouvez-vous d’intéressant lorsque vous transmettez à votre public des outils et des moyens pour mobiliser leur imagination et pour créer des univers narratifs et dramatiques qui leurs appartiennent ?

Ronan Le Breton : Ce qui m’importe est de réenchanter, raviver l’imaginaire de mes publics, réveiller l’auteur ou l’artiste qui sommeille en eux. Leur montrer qu’ils sont tous, à différents niveaux, capables d’inventer, d’imaginer des histoires, des moments magiques. Pour moi, imaginaire rime avec magie et images. Et c’est cela que je veux animer ou ranimer, dans mes interventions.

IF : Votre résidence à l’école maternelle Persil est une première dans votre carrière. Comment avez-vous imaginé la fabrication d’un monde légendaire qui parlerait aux cœurs des enfants ? 

RLB : M’adressant à un très jeune public, j’ai surtout pensé en termes de jeu créatif, c’est-à-dire de création collective et interactive (intégrant la participation active des enseignantes et des enfants), une création vivante et ludique (dans un cadre souple et amusant incluant du texte, de la parole, du jeu d’acteur, des images, des accessoires, des sons…). Bref, en accord avec l’envie initiale de Régine Bramnik, j’ai mis en place un dispositif créatif multimédia pour les enfants. Et je suis super fier du résultat : ils ont adoré ! Le rire ou le sourire d’un enfant, c’est la plus belle récompense qu’un auteur peut recevoir, selon moi.

La réussite du projet de cette résidence est une affaire bilatérale. Ronan Le Breton a été principalement amené à travailler avec le corps d’enseignantes afin qu’il puisse sensibiliser le corps d’élèves dans sa pratique et ses univers.

IF : Régine et Ronan, comment avez-vous conçu cette collaboration ? 

RB : Beaucoup de temps de préparation, de calage nécessaire pour l’ambition que nous avions en tête. Nos champs de compétences réunies et une belle rencontre ont fait le reste.

RLB : Nous nous sommes mis d’accord sur le cadre général. La légende arthurienne se prêtait tout à fait à une déclinaison en plusieurs activités et thématiques. Ensuite, nous avons, avec le concours des autres enseignantes, défini le sujet de chaque intervention. Il y en a eu 5 au total : lieux emblématiques, châteaux, fées et magie, bestiaire, chevaliers. Enfin, pour ma part, j’ai travaillé avec chaque enseignante, pour développer chaque animation.

IF : Prenons principalement l’exemple de la conception de l’aventure enchantée dans la forêt…  

RLB : Très tôt, Régine a eu l’idée d’une sortie dans une forêt légendaire, une chasse au trésor dans la forêt de Brocéliande. Ce qui a donné lieu à une réflexion conjointe sur les « stations » les plus emblématiques de cette forêt mythique. Et puis, elle m’a avoué qu’elle pouvait « mettre sur le coup » des comédiens et ajouter une dimension live, spectacle. C’est comme ça, qu’au fur et à mesure de nos réunions artistiques, nous avons conçu un spectacle enchanteur et ludique sur le thème des magiciens, des fées, des chevaliers de la légende du roi Arthur.

IF : Quels sont les fruits de cette collaboration ? qu’avez-vous appris l’un de l’autre et que pensez-vous de l’empreinte de cette expérience au corps d’élèves ?  

RB : C’est une résidence réussie avec un beau challenge tant sur le plan des apprentissages pour les enfants que sur celui de la synergie des compétences de chacun des membres du projet.

Pas évident au départ avec une spécificité de scénariste de BD et des enfants de maternelle. 

Nous avons réussi à associer légende, magie, histoire et littérature. Il faut toujours viser haut et fort même quand on a de jeunes élèves. C’est un credo qui s’est une fois de plus vérifié ici. Les élèves sont désormais incollables sur les chevaliers de la table ronde et leur imaginaire imprégné de magie et de poésie. Parions sur de futurs lecteurs d’épopées…

RLB : Personnellement, j’ai adoré le contact avec les enfants, c’est formidable : ils sont libres, spontanés et très inventifs. Ce que j’ai retenu de cette résidence, et je pense que cela tient à la façon de faire de Régine, qui s’implique à fond dans ses créations, c’est cette audace, cette diversité, cette multimodalité. Je suis le premier surpris de tout ce que j’ai pu produire en seulement 5 interventions. Cette résidence est vraiment riche en expériences. En tant qu’auteur et animateur, j’ai appris beaucoup au contact de Régine, de ses collègues et de leurs élèves. Je ne regrette pas du tout d’avoir signé cette convention (rires). Ce fut une occasion unique de défricher encore les innombrables sentiers de la créativité. Je les remercie toutes et tous sincèrement de m’avoir offert cette chance de le faire.

Iliana Fylla
Crédit photo : Iliana Fylla

Générique

Conception et mise en place : Régine Bramnik et Ronan Le Breton.

Ecriture / Dramaturgie : Ronan Le Breton

Performance : Anaïs, André, Clothilde, Loïc du théâtre du Kronope 

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