VU : Avec Face à la mère, Alexandra Tobelaim conjugue le verbe Se Ressouvenir

29 novembre 2018 /// Les retours

En s’emparant du texte de Jean-René Lemoine, Face à la mère, la metteure en scène Alexandra Tobelaim signe une pièce sensible. Retour.

Tout d’abord un texte

Alors qu’elle est à la recherche d’un texte traitant du deuil, Alexandra Tobelaim découvre Face à la mère de Jean-René Lemoine. Une réelle urgence de s’en emparer surgit à la lecture des mots qu’emploie l’auteur. Des mots justes, à la tonalité universelle, pour illustrer les sentiments qui persistent et s’inscrivent dans la chair et l’âme après la perte d’une mère.
Après une demande d’autorisation auprès du dramaturge, qui se demande quelle forme prendra son texte au plateau, Alexandra s’entoure d’Oliver Thomas pour la scénographie. L’espace, d’où s’ébattent les paroles criées, chuchotées, chantées d’une déclaration d’amour vers un ailleurs, est semblable à une terre immaculée, est très justement pensé. Il est le lieu de toutes les promesses que l’on peut faire à l’absent.

Une tragédie antique

En prenant appui sur un chœur d’hommes et un trio de musiciens, Alexandra Tobelaim donne au texte des couleurs de tragédie antique.
Stéphane Brouleaux, Geoffrey Mandon et Olivier Veillon sont ce chœur d’hommes parcourant le plateau dans ses diagonales à la recherche d’un peu de chaleur et d’une image qui n’a de cesse de s’estomper. Face à ce deuil, une certaine mélancolie s’incruste dans chaque acte, dans chaque moment de vie, que vivra celui qui reste.
La musique d’Olivier Mellano interprétée par Astérion (contrebasse), Yoann Buffeteau (batterie) et Lionel Laquerrière (guitare et voix) donnent les sonorités à la douleur, au regret, à l’amour et à la colère même, celle de ne pas avoir dit, parlé avant que la mort ne vienne frapper.
Les mots et les notes forment un ensemble sensible, un feu lumineux qui anime le ressouvenir. Retrouver des sensations, retrouver des traits d’un visage qui s’estompent petit à petit, se remémorer celui que l’on était enfant à côté de celle qui nous a élevé, se rappeler des disputes dues à l’adolescence, revivre l’éloignement pour mieux revivre le rapprochement avant que tout ne s’efface. Tout n’est alors finalement que vie dans ce texte et Alexandra Tobelaim conjugue à tous les temps le verbe se ressouvenir.

Face à la mère fait parti de ces textes qui grandissent lorsque vous vous retrouvez seul avec. Des images, des bribes de mots, vous habitent, vous hantent et vous poussent à la réflexion. Alexandra Tobelaim fait de ce monologue un texte polyphonique et signe une pièce que l’on peut qualifier de pièce de la maturité.

Laurent Bourbousson
Photo de répétition : Olivier Thomas

Face à la mère a été vue à La Garance, le 11 octobre 2018.
Mise en scène Alexandra Tobelaim | Musique et création sonore Olivier Mellano | Travail vocal Jeanne-Sarah Deledicq | Scénographie Olivier Thomas | Lumière Alexandre Martre | Régie son Emile Wacquiez | Costumes Joëlle Grossi
Avec: Stéphane Brouleaux, Geoffrey Mandon, Olivier Veillon et les musiciens Astérion (contrebasse), Yoann Buffeteau (batterie),  Lionel Laquerrière (guitare et voix)

En tournée :  Théâtre Joliette – Marseille (13), du 29 novembre au 1er décembre 2018 | Théâtre National de Bordeaux Aquitaine – Bordeaux (33), du 4 au 8 décembre 2018 | La Passerelle – Scène Nationale de Gap et des Alpes du sud  (05), 11 décembre 2018 | La Faïencerie – Théâtre Creil – Chambly (60), 14 décembre 2018 | Théâtre de la Licorne – Cannes (06), 1 mars 2019 | Théâtre National de Nice – Nice (06), 8 et 9 mars 2019 | Salle Obino – Vitrolles (13), 12 mars 2019