Interview : Madeleine Fournier pour Growing piece

13 juillet 2026 /// Les retours
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Avec Growing piece, présenté au CDCN Les Hivernales dans le cadre de la 80e édition du Festival d’Avignon, Madeleine Fournier poursuit une recherche chorégraphique où se croisent mémoire des formes, puissance du motif, présence de la musique et attention au vivant.

Extrait de l’interview parue dans la Revue #11 – Vivant

Ouvert aux publics : Votre écriture chorégraphique est très singulière. On sent une recherche importante, mais aussi une manière de laisser le spectateur actif, libre de faire ses propres liens.

Madeleine Fournier : C’est ce que j’essaie de proposer : à la fois des signes reconnaissables – des références à des formes anciennes, à des éléments qui nous relient à quelque chose de concret, à un commun culturel – et, en même temps, des éléments suffisamment ouverts pour que chaque spectateur ou spectatrice puisse tracer son propre chemin.
Je ne cherche pas à proposer quelque chose de narratif, ni à guider la réception dans un sens précis. J’essaie au contraire de laisser le plus de liberté possible.
C’est cela, je crois, qui met le regard en activité : la place laissée à la sensibilité et à l’interprétation de chacun, en fonction de son histoire, de son vécu, du moment où il voit le spectacle. Je pense souvent, en créant, au tarot de Marseille : des images très chargées, très signifiantes, mais jamais univoques. J’aime cette liberté d’interprétation.

OAP : Le végétal traverse votre travail, et on le retrouve aussi dans Growing piece. A partir de quelles recherches avez-vous construit cette création ?

M. F. : La question du végétal est première dans Growing piece. Le titre lui-même évoque cette idée de croissance, de quelque chose qui grandit. Le point de départ vient de pratiques que je menais déjà depuis un certain temps autour des mouvements végétaux que l’on appelle les tropismes : les tendances des végétaux à croître dans telle ou telle direction selon certains stimuli, certaines forces – la gravité, la lumière, l’eau, les minéraux, ou encore le toucher.
C’était quelque chose qui irriguait mon travail depuis longtemps, mais que je n’avais jamais vraiment mis en scène. Avec cette pièce, j’avais envie d’écrire une chorégraphie à partir de ces mouvements parfois très minimaux, bien qu’intenses, car la plante pose aussi la question de la fixité.
Je me suis également adossée à un mythe découvert à ce moment-là, autour des métamorphoses de l’humain en végétal. Ce qui m’a particulièrement intéressée, c’est que la métamorphose y survient à la suite d’un deuil. Les filles d’Hélios perdent leur frère et, plutôt que de mourir d’épuisement ou de chagrin, elles sont transformées en peupliers. Il y a à la fois une forme de mort et une vie qui se prolonge autrement, sous forme végétale.
Je trouvais très beau que la tristesse, le deuil, le chagrin puissent générer une nouvelle force, une nouvelle puissance de transformation. Je me suis librement inspirée de ce mythe, qui résonnait aussi avec un moment personnel fait de pertes et de fins de cycle. Il s’agissait de voir comment on peut aller au bout de quelque chose, et comment, malgré tout, cela continue, parce qu’on est toujours vivant, même de manière ténue.

OAP : A vous entendre, on se dit que vos pièces – et peut-être Growing Piece en particulier – pourraient trouver une autre dimension en extérieur, dans la nature par exemple.

M. F. : Oui, tout à fait. Nous en avons déjà fait l’expérience à deux reprises pendant le processus de création, en extérieur. Maintenant que la pièce est créée, je pense qu’il serait tout à fait possible d’en imaginer une recréation dans ce type de contexte.
Cela dit, ce serait autre chose, car il y a ici un véritable travail scénographique, et le théâtre permet une focalisation très particulière sur de petits mouvements, de petites intentions. Pour le moment, j’ai besoin d’éprouver la pièce dans ce cadre là.
Mais je suis tout à fait ouverte à d’autres formes de recréation. Cela va d’ailleurs se faire : nous allons jouer à l’Orangerie, dans la salle des Nymphéas, dans une version adaptée. Nous allons aussi en recréer une forme pour La Pop, sur la péniche, là encore dans un espace différent du théâtre, sans notre scénographie. Oui, je suis tout à fait prête à expérimenter d’autres contextes, y compris en extérieur.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson et Bernard Gaurier
Crédit photo : © Patrick Berger

Générique

Growing piece
Du 10 au 20 juillet 2026 · 10h00
CDCN LES HIVERNALES – Dans le cadre de la 80e édition du FESTIVAL D’AVIGNON

Distribution

Avec Madeleine Fournier
Et Julien Desailly

Chorégraphie Madeleine Fournier / Musique Julien Desailly / Scénographie Andrea Baglione / Création lumière Andréa Baglione, Nicolas Marie / Assistant chorégraphique Jérôme Andrieu / Costumes Lou Thonet / Regard extérieur Sonia Garcia, Ruth Childs, Catherine Hershey, Anne Lenglet / Régie générale Jeanne Laffargue / Régie son Vincent Domenet / Administration, production, diffusion bureau Retors Particulier / Production Chloé Béasse / Administration Nolwenn Mornet / Développement et diffusion Margot Quénéhervé / Attachée de presse Flore Guiraud

Production

Production ODETTA
Coproduction La place de la danse CDCN de Toulouse, La Manufacture CDCN Nouvelle-Aquitaine Bordeaux et La Rochelle, L’Atelier de Paris CDCN, Le Pacifique CDCN Grenoble Aura
Coréalisation Festival d’Avignon, Les Hivernales CDCN d’Avignon
Soutien L’Essieu du Batut (Murols), le CN D Pantin, Honolulu Nantes, Théâtre de la Bastille (Paris)
Résidences La Pop (Paris)
La compagnie ODETTA est soutenue par la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France.
Ce projet a été financé par la Région Île-de-France.

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