[ITW] Gulko de la compagnie Cahin Caha

18 décembre 2018 /// Les interviews

On s’est entretenu avec Gulko, de la compagnie de cirque bâtard Cahin Caha, avant la présentation de la sortie de résidence de La petite nuit au lit, au Centre culturel de Rasteau. Interview.

Petite nuit au lit

OAP : Nous sommes à une heure de la présentation de la petite forme d’Ô lit qui a pour titre Petite Nuit au lit. Est-ce que le public de ce soir va découvrir la proposition qui sera présentée lors du week-end d’ouverture de la Biennale Internationale des Arts du Cirque (BIAC), en janvier prochain, à Marseille ?
Gulko : Pour être honnête, nous sommes encore en travail. Ce que le public va découvrir ce soir n’est pas la forme définitive. Nous avons 45 minutes de matière et la petite forme que nous présenterons en ouverture de la BIAC fera entre 25 et 30 minutes. Nous sommes sur la création depuis 3 semaines, ce qui est peu.

Ô lit ©Chedly

La création d’Ô Lit se fera donc en mai lors du Festival Un jour au Cirque, à Bourg-Saint-Andéol (07)…
C’est bien ça. Il y aura une petite forme, une grande forme, une version ambulante d’ Ô lit . L’idée est que l’on arrive dans des lieux avec nos lits et plein de choses peuvent se passer comme une  » forme sieste » durant laquelle le public sera invité à dormir. Aujourd’hui, on doit créer plusieurs formats d’un spectacle. Ça fait partie de l’époque, il faut avoir une multiplicité de propositions pour la survie des artistes.

Cela doit être un véritable casse-tête pour vous que de décliner, sous formes de variantes, un spectacle ?
Le travail est beaucoup plus difficile à trouver. Donc, les équipes sont souvent elle-même dans plusieurs compagnies et tournent plusieurs spectacles en même temps. Pour garder un esprit de troupe, et pour donner du boulot à notre équipe, on fait 3-4 formes d’une même matière pour rester ensemble. C’est intéressant pour nous, car nous explorons une palette.

Pour cette nouvelle création, Ô lit, vous êtes parti d’une question : comment rêver en public ? Était-ce logique que ce soit une compagnie de cirque qui s’en saisisse ?
Les personnages de cette création sont des personnages burlesques. Le spectacle se déroule sur le temps d’une nuit mouvementée. J’ai l’impression que la vraie vie se résume à des rêves, ça crée une sorte de fantasme. Le matin, je me réveille, je suis toujours le même que la veille, et j’ai l’impression que rien ne change alors que des événements se passent. La vie est beaucoup plus instable qu’on ne le croit.
Dans ce spectacle, il y a une scénographie assez spectaculaire qui se fait autour de 9 lits, du genre lits de colonie de vacances. Ces lits vont s’empiler et créer des formes sculpturales assez incroyables.Ce petit groupe, cette petite famille, va traverser la nuit dans un monde qui devient de plus en plus fantastique. Ils partent dans leurs rêves.

9 lits pour 5 personnes au plateau. Est-ce qu’il n’y a pas 4 lits de trop ?
Si on veut. rires. Pour faire cette sculpture, qui monte à 5 mètres, il nous fallait 9 lits. Et puis, on invitera des personnes à venir dormir avec nous.

La compagnie Cahin Caha

Sur votre site, vous donnez la définition suivante de votre compagnie : compagnie de cirque au style bâtard. Est-ce que cela vient de la pluridisciplinarité de votre compagnie ?
En premier, oui, c’est pour convoquer la pluridisciplinarité. Ensuite, parce que je trouve que le cirque est le parent pauvre dans les arts. C’est un art qui n’est pas encore vraiment reconnu. Il se cherche un pédigrée. Nous avons décidé de nous placer comme des bâtards, comme des chiens bâtards qui vivent plus longtemps, plus à l’aise dans leur peau. Cahin Caha est anti-élitisme, anti-pureté, anti-trop prouesse. On frôle, quelque part, un théâtre physique.
Pour chaque création, on propose un vocabulaire propre à la proposition. On cherche à renouveler le regard du public. Je recherche cette expérience : que le public vienne découvrir un territoire nouveau, vivre notre univers.

Dans Ô lit, vous n’êtes pas au plateau. Est-ce que ça ne chatouille pas l’artiste que vous êtes de vous en tenir éloigné, alors que l’on a pu vous voir dans Bottom, votre solo (teaser ci-dessous) ?
Laurent, c’est la question à 10 000 dollars ! Si j’avais les moyens d’avoir un assistant, j’aurais aimé jouer dans ce spectacle. J’aurais aimé être le genre d’artiste qui arrive en création avec les rôles écrits. Mais, on fait des sauts dans le vide à chacune de nos créations. Les spectacles se créent au plateau.
J’ai déjà joué dans les spectacles de groupe, et c’est super compliqué car il faut tout gérer : les égos des artistes et le mien ! rires.
Il faut également avoir un entraînement quotidien pour pouvoir jouer lorsque l’on est interprète et je n’ai plus ce temps de disponible car j’écris durant ces phases. C’est la répartition des rôles ! Mais j’admets que c’est toujours un inconfort de rester en dehors de la scène.

Toute à l’heure vous parliez de la fragilité économique du cirque contemporain.
Il y a un cirque à deux vitesses. Il y a des spectacles très divertissants qui fonctionnent bien. Puis, on retrouve la mouvance dans laquelle on se situe, entre danse contemporaine et théâtre contemporain, pour laquelle c’est super dur. On crée pour faire vivre des expériences fortes au public. Cet engagement prend plus de temps pour créer et l’on manque de moyens, peut-être par peur de la part des soutiens. Le réseau est plus tourné vers le populaire que celui de titiller le monde de la culture avec un art contemporain qui porterait un regard critique.

En tant que créateur, qu’attendez-vous des sorties de résidence comme celle de ce soir ?
Ça nous permet d’avoir de la présence. Je regarde, pendant 9h par jour, ce que les interprètes font et dès fois je ne vois plus rien ! Ça fait du bien de voir des gens neufs. On sait ce qui les touche, ce qu’ils comprennent, ce qu’ils ne comprennent pas. Pour l’équipe, ça résonne. Avant on ne montrait rien, par sorte de purisme encore une fois. Alors que maintenant, à chaque résidence, on montre systématiquement. Cette présence donne un vrai sens à ce que nous faisons.
Ensuite, j’observe les réactions du public. Dès fois, ils ne disent rien mais je vois leur concentration, et parfois, les retours sont que « c’était bien » alors qu’ils étaient distraits. Je sais donc qu’il y a des choses à revoir dans l’écriture.
Enfin, l’échange avec le public est intéressant. C’est toujours un pari que de montrer. On a besoin des retours pour relancer certaines idées, en abandonner d’autres. C’est un lieu d’expérimentation, le public devient créateur du spectacle.

Ce que l’on peut ajouter, c’est que cette présentation était une étape très réussie et ce qui a été vu était plus que prometteur. Le rendez-vous est donc pris pour les 12 et 13 janvier 2019 à Marseille.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson, le samedi 15 décembre 2018.

Ecriture et mise en scène Gulko | Interprétationc Katell Boisneau, Dolorès Calvi, Alexandre Demay, Emilie Marin, Florian Méheux | Création sonore Julien Frénois | Construction Silvain Georget | Costumes Virginie Breger

Samedi 12 et dimanche 13 janvier 2019, à 14h, à la Friche Belle de Mai, Marseille, dans le cadre de l’ouverture de la Biennale Internationale des Arts du Cirque (BIAC) 2019. Renseignements : ici.

Découvrez le site de la compagnie Cahin Caha : .

Découvrez la programmation du festival Un jour au cirque.