[ITW] Michaël Allibert & Jérôme Grivel pour La Résidence croisée

7 novembre 2018 /// Les interviews

Le chorégraphe Michaël Allibert (TCMA) et le plasticien Jérôme Grivel proposent à deux artistes un temps de résidence sous le nom de Résidence de recherche croisée. Le concept est simple : inviter deux artistes aux champs disciplinaires différents à une recherche répondant à un appel à projet (voir ici), durant 15 jours, à l’Entre-Pont à Nice (06).
Cette résidence prend la forme d’une biennale et 2018 est une année avec ! La résidence vient de débuter avec Alexia Vidal, artiste que nous connaissons au blog (voir ici et ), et Ludivine Large Bessette. Et comme nous voulions en savoir un peu plus, Michaël et Jérôme ont pris le temps de répondre à nos questions.

Résidence croisée

Michaël et Jérôme, le 5 novembre a débuté la résidence croisée à l’Entre-Pont à Nice, résidence que vous offrez à deux artistes. Pouvez-vous nous expliquer son fondement ?
Cette résidence est née d’un constat : les artistes ont très peu d’espaces financés pour chercher, alors que c’est un élément fondamental du travail de l’artiste et de la création.
Depuis 2011, nous sommes tous les deux artistes-résidents au sein de L’L à Bruxelles, dirigé par Michèle Braconnier, qui est un des rares lieux à défendre ardemment la recherche en art. Notre expérience au sein de ce lieu nous a fait prendre conscience qu’il fallait aussi que nous trouvions une solution pour proposer des espaces de recherche sur notre territoire.
La question de la transversalité disciplinaire s’est imposée à nous parce que nous la pratiquons et que nous pensons que métisser les pratiques est sain et que beaucoup d’artistes le font déjà naturellement ou en ont le désir.

Une des spécificités du projet est que la bourse des artistes (1000€ par personne) est financée par du micro-mécénat. Les mécènes donnent chacun 50€ qu’ils peuvent étaler sur plusieurs mois. Cela permet au plus grand nombre de pouvoir participer, quel que soit leurs moyens.
Ils participent aussi à la sélection finale des artistes. C’est une façon de ne pas déconnecter le public de la question de la recherche en lui proposant de s’investir en tant que financeur et décideur. Nous organisons aussi un repas partagé entre les mécènes et les artistes afin que chacun puisse se rencontrer autour d’un verre pour discuter recherche, projet artistique ou recette de cuisine !

Combien d’artistes ont répondu à ce projet ?
Pour la première édition de la résidence croisée, en 2016, nous avions reçu 160 dossiers ; pour celle-ci, nous en avons eu 190… C’est un signe fort que les artistes ont envie et besoin de ce type de résidence.

Les artistes sélectionnés

Ludivine Large Bessette - vidéaste

Ludivine Large Bessette – vidéaste

Pouvez-vous nous présenter les deux artistes de cette année et qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
Le protocole de sélection que nous avons mis en place consiste à dégager une dizaine de projets puis à les mettre en discussion avec les mécènes.
C’est un processus démocratique qui mêle des professionnels et des spectateurs. Nous demandons un retour sur le pourquoi de ce choix afin de continuer à aiguiser le regard que peuvent avoir les gens sur les travaux contemporains mais par d’autres biais que la simple consommation d’œuvres.

Alexia Vidal - metteuse en scène

Alexia Vidal – metteuse en scène

Les deux artistes sélectionnées cette année (Ludivine Large Bessette – vidéaste et Alexia Vidal – metteuse en scène) ont, toutes les deux, attiré notre attention grâce aux intentions qu’elles posaient concernant la recherche et en laissant beaucoup de place à la rencontre qui allait se produire.

Ce qui est important pour nous, c’est la pertinence des enjeux de leur projet au regard de l’offre de résidence que nous faisons. Toute proposition qui ressemblerait de près ou de loin à une future production déjà pensée ne nous intéresse pas. Ce sont les interrogations qui nous touchent, et l’envie d’entrer dans ce grand trou noir qu’est la recherche sans forcément savoir si on va en sortir. Bien entendu, les univers artistiques et les démarches des artistes entrent aussi en jeu, mais ce n’est pas l’essentiel.

Il y a une particularité dans la résidence, c’est que les artistes sélectionnés ne sont pas contraints à un résultat. Est-ce que vous souhaitez montrer qu’une démarche artistique est tout sauf une obligation de résultat ?
C’est absolument tout sauf ça, oui. Même si les politiques culturelles menées depuis déjà pas mal d’années tendent à nous bourrer le crâne du contraire.

Le résultat, c’est simplement un tout petit moment extrêmement visible dans un parcours extrêmement long.

Une démarche d’artiste doit pouvoir bénéficier d’espaces où la question de la représentation ou de l’exposition est effacée pour pouvoir concentrer ses enjeux ailleurs que dans la projection d’un produit fini. Cela nous semble être une condition essentielle pour continuer à nourrir le travail sans répéter inlassablement la même pièce.

Le financement

Vous avez des mécènes pour cette résidence. Chez TCMA, ils sont regroupés sous le nom de Joyeux Mécènes Pauvres. Est-ce que ce titre pour les mécènes ne reflète-t-il finalement pas le monde économique de la création artistique ?
Le titre est une sorte de blague qui dirait qu’il n’y a pas que « les riches » qui ont le droit de faire partie d’un club de mécènes !

Bien qu’il nous semble important de sensibiliser le public aux problématiques artistiques et économiques liées à la recherche, ce dispositif qui sollicite le public pour financer cette résidence de recherche croisée reflète aussi la passivité des institutions à répondre à cette nécessité.

Nous sommes très heureux de cette participation enthousiaste du public mais nous aimerions aussi, afin d’augmenter le temps de résidence et la bourse et peut-être aussi pour pouvoir accueillir plus d’artistes, que les institutions puissent s’engager dans ce type de dispositif et malheureusement, pour le moment, ce n’est pas le cas.

À l’heure où vous répondez à ces questions, qu’est-ce qui anime le chorégraphe et le plasticien que vous êtes ?
La bière évidemment…

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Crédits photos : Logo Résidence Croisée ©TCMA / Alexia Vidal : visuel de Trouble(s) ©Yoan Loudet

Alexia Vidal nous fera vivre la Résidence croisée de l’intérieur sous forme de journal de bord.

Michaël Allibert sur le blog : Étude(s) de chute(s) : interview et retour
Étude(s) de chute(s) poursuit son chemin : Du 10 au 24 nov. / La plate-forme / Dunkerque (59) – Du 10 au 13 déc. / Festival Enfantillages / Valbonne (06) – 17 & 19 jan. / Festival Ecoute Voir / Tours (37)
Nouvelle création Esthétique du combat (présentation de maquette) : 16 nov. / Forum Jacques Prévert / Carros (06) – 12 jan. / Matériaux Mixtes / Nice (06)