OFF21 : Avec Frigide, l’irrévérence retrouve ses lettres de noblesse

8 juillet 2021 /// Les retours - OFF - VU #OFF
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Malkhior rend hommage à Copi avec Frigide, sa libre adaptation du Frigo, et signe une pièce culte ! On vous aura prévenu.

Que dire sur Frigide sans trahir le travail d’écriture de Malkhior et sans rendre insipide sa performance d’acteur à laquelle assiste le spectateur ?

C’est avec cette question en tête que mes doigts pianotent sur mon clavier (Polnareff sort de ce corps !) les quelques mots qui vont suivre.

Frigide, le texte

Tout part d’une résidence de travail au plateau. En souhaitant monter Le Frigo de Copi, Malkhior et la Compagnie Voulez-vous ? font le constat que le texte est daté et ne correspond plus au côté subversif que l’on connaît de l’auteur.

Malkhior va alors s’atteler à une réécriture de ce texte mythique. Il est vrai que lorsque nous lisons libre adaptation, se pose la question d’être face à un texte qui trahirait l’idée même du texte initial. Ici, le travail d’écriture rend bien plus hommage aux mots de Copi. Il met en lumière le mécanisme d’écriture de l’auteur argentin francophone et redonne sens au côté subversif dépassé pour l’adapter à notre présent.

Les talons et les rats chers à l’auteur initial se retrouvent sur le plateau, transformé en tanière. C’est ici que M., star déchue de l’underground pédé, va se débattre avec ses démons transformant ainsi le sens de la réalité.

Frigide, une Alice bloquée de l’autre côté du miroir

Avec Frigide, Malkhior nous entraîne de manière abyssale dans les tréfonds de l’humanité, rendant l’étrange tangible, révélant ainsi sous nos yeux la férocité de l’âme humaine.

La cause de ses maux ? Le frigo que lui offre sa mère, objet du quotidien autour duquel l’action se situe, et sur lequel le Docteur Boutin Christine le prendra en consultation, ou encore, derrière lequel Grégora, rat des champs, fera son tour de chant avec sa guitare.

M. raconte alors ses peurs, les fait apparaître, les repousse et s’amuse avec. Il nous tend un miroir par lequel nous entrons dans son délire schizophrénique et où nous l’accompagnons pas à pas.

Véritable fief du freaks, du queer et de l’irréel, ce monde, dans lequel M. se retrouve enfermé, fait éclater les bulles de résistance qui empêche une société de se libérer pour faire avancer les mœurs et les idées. Un vent nouveau souffle, l’écriture efficace de Frigide nous le fait sentir et c’est avec joie que l’on accueille toute l’irrévérence de ce personnage.

Frigide ou le sens de la liberté d’expression retrouvée

Malkhior se permet tout. Tous les sujets d’actualité sont ainsi mis au plateau, dans une mise en scène efficace, pour faire réagir le public et le faire cheminer dans sa pensée. On y parle de roms, d’arabes, de déviances, d’addiction, de faire un tour autour du lac et d’un tout que le politiquement correct ambiant efface.

Le sens de la liberté d’expression retrouve sa véritable valeur car rien n’est fait gratuitement dans Frigide. Chaque mot est pensé comme le jeu du comédien, et on ne peut réduire son interprétation à une performance, car Malkhior est bien plus qu’un comédien. Il est tout simplement phénoménal.

Vous ressortirez, de cette pièce, gonflé·e·s à bloc, avec en tête des phrases qui deviendront cultes. Mais Frigide est déjà culte, qu’on se le dise !

Laurent Bourbousson
Visuel : ©Daniel Pieruzzini

Générique

Frigide du 7 au 28 juillet, à Artéphile, jours pairs à 17h10

Écriture et Interprétation : Malkhior – Mise en scène : Camille Pawlotsky et Stéphane Aubry – Scénographie et costumes : Thelma & Louise – Musique : Pygmy Johnson – Chorégraphie : Pascal Loussouarn & Cindy Deseque

Le site de la compagnie Voulez-vous ?

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