Serge Valletti : acteur qui écrit ou auteur qui joue ?

28 avril 2019 /// Les retours

26 avril, lendemain de première pour la nouvelle création d’Alain Timar : deux solos de Serge Valletti, Pour Bobby et À plein gaz, qui, en juillet, seront insérés dans Valletti Circus, une énorme opération à la gloire de Valletti-l’auteur-français-vivant-le-plus-joué dans le Off d’Avignon, dans toute la France à longueur d’année, et ailleurs aussi.

Quand tout est question de devise

Pour le metteur en scène, pour les acteurs, Charlotte Adrien et Nicolas Gény, tout commence. Mais l’auteur, lui – cigarettes, café, jus d’orange sur la table d’un de ces bistrots où il adore s’attarder, l’oreille en coin -, savoure sa tranquille liberté : il a donné –on lui a pris- deux textes, parmi la centaine écrite et publiée. Aux autres de se débrouiller désormais. Ce n’est pas lui qui jugera et ferait quelque commentaire. Sa devise ? « Je fais ou je laisse faire ». L’auteur a joué ses textes pendant plus de vingt  ans, jusqu’en 1994, à Paris et à Avignon en particulier. Il a créé tant de textes devenus cultes, où l’on n’imaginait personne d’autre que lui. Au bout du comptoir la mer par exemple, joué tout d’abord en 1986 chez Jacques-Henri Pons, à la Condition des Soies, repris des années plus tard aux « Apprentis de la Bonneterie ».

Valletti acteur ou Valletti auteur ?

Puis le succès venant, ce fut à d’autres de mettre en scène solos, duos ou… multitude de personnages, aussi fous que vrais, recréés par cette écriture dérapant entre réalisme et onirisme qui n’appartient qu’à Valletti (et peut-être à la Méditerranée ?)–Pascal Papini par exemple, 1991, dans les ruines de Vaison la Romaine, Comme il veut, ou Chantal Morel. Et à ces autres metteurs en scène et  «joueurs », on s’est vite habitués, et c’était délicieux : Christian Mazzucchini pour lequel Valletti a écrit tant de textes (de Gens d’ici à Jésus de Marseille, ou Éric Elmosnino, dédicataire de Monsieur Armand dit Garrincha»).  Mais, assure Valletti, « j’ai eu ma dose, je n’ai plus joué, parce qu’on me jouait : voir jouer, c’est un plaisir supplémentaire à celui d’écrire. Écrire est un travail de fond, c’est un truc très physique, on est vidé. ». Et si on jure que jouer du Valletti doit être jubilatoire pour un comédien, tant ces textes ont l’air d’être écrits pour lui, l’auteur confirme : « Oui, l’origine de mon écriture, c’est l’acteur. Je fais l’acteur devant ma machine. En fait je suis un acteur qui écrit, pas un auteur qui joue ». Preuve en tout cas que les textes de Valletti tiennent debout tout seuls. Fussent-ils écrits il y a trente ans ou plus récemment, comme les deux solos choisis par Alain Timár parce qu’ils révèlent, dans leur cruauté déraillante, entre vraie vie et théâtre, des faits de société. « Je me moque souvent du théâtre dans mes pièces, confirme l’auteur ex acteur, mais avec un fait de société, on ne peut pas s’amuser, c’est la vérité, là ! ».

À la pêche au « vrais gens »

Ensuite, Valletti peut tranquillement repartir à la pêche. (légende née d’une boutade d’un de ses mille et un personnages : « quand le dernier théâtre sera fermé, je pourrai enfin partir à la pêche »). À la pêche aux « vrais gens », ceux qu’on ne voit ni n’entend pas toujours.

Faux nonchalant, Valletti est un horrible travailleur. Outre les dialogues pour les films de Guédiguian et bien sûr sa propre œuvre, ne s’est-il pas attaqué à retraduire tout Aristophane ? 2500 ans d’âge. Dix ans de travail. Douze pièces. Qu’on commence à jouer. « Pas mal de troupes d’amateurs, ça diffuse, moi, j’ai fait ma part … ».

À toujours recommencer, puisque l’auteur sera présent du 10 au 20 juillet au Théâtre des Halles pour participer à rencontres et lectures autour de son œuvre.

Daniele Carraz
Photographie : Serge Valletti ©Serge Alvarez

Date à venir

Valletti Circus, du 5 au 28 juillet 2019, Théâtre des Halles.
Retrouvez l’interview Timár-Valletti sur le Valletti Circus ici.