[Vu] Acrobaties visuelles et émotionnelles dans les « MÉANDRES » de Sara Pasquier

18 avril 2024 /// Les retours
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Dans le cadre du Festival Festo Pitcho, Sara Pasquier (Cie Petitgrain) a présenté son spectacle Méandres au Théâtre Golovine. La chorégraphe convoque la mythologie pour sonder l’humain.

Le fil d’Ariane, cet objet légendaire de la mythologie grecque qu’Ariane a confié à Thésée, a fait l’objet de nombreuses significations métonymiques, désignant un outil de sécurité, un système d’aide à la navigation et à l’exploration, ou aussi un dispositif d’équilibre. C’est à la fois le fil que le plongeur déroule derrière lui afin de pouvoir retrouver son point de départ, la corde tendue pour l’équilibre des acrobates, mais c’est aussi cette forme narrative qui comme le suggèrent certaines approches psychologiques, donne à la personne en difficultés psychiques l’occasion de créer de la cohérence et retrouver du sens à sa vie. 

Dans les méandres ou labyrinthes physiques et symboliques, il aide à surmonter la difficulté d’un cheminement capricieux et sinueux, dépourvu d’un début ou d’une fin claire qui s’avère aussi torturant et dangereux qu’un simple méandre de la pensée.

Le minotaure quant à lui, mi-homme mi-animal selon le bestiaire de la mythologie, abrité dans un immense labyrinthe de l’île de Crète, représente tout type de monstres, internes ou externes à l’homme, qui dominent la présence du dernier par des pulsions instinctives et sombres. Il s’agit d’une figure symbolique qui a été reprise dans un large éventail d’œuvres, à la fois dans la peinture, la sculpture, la littérature, le cinéma et les arts performatifs.

Dans le spectacle chorégraphique Méandres de Sara Pasquier, vu au théâtre Golovine le 12 Avril, le mythe de Thésée et du minotaure, prend une dimension narrative qui propose une lecture poétique de nos vies, parfois faites par des routes méandriques, des questionnements, des contraintes et des fuites.    

Établi en six tableaux symboliques, ce spectacle nous invite à vivre le voyage de Thésée à travers une conception architecturale et chorégraphique, minimaliste, abstraite et esthétique. Par le traitement géométrique de l’espace et du mouvement corporel, facilité en grande partie par la structure scénographique cubique astucieusement conçue, le spectateur est amené à focaliser son regard sur un espace à la fois clos et ouvert, afin d’observer de près les modifications émotionnelles et les transformations identitaires que subit l’homme dans sa péripétie-vie non linéaire.  

Dans la même direction, la figure du minotaure, représentée sur le plateau par une masse corporelle amorphe et évolutive, symbolise la multitude de monstruosités, grandes et petites, définies ou chaotiques qui nous entourent ou nous habitent. Un jeu d’expérimentation avec un simple tissu – costume noir uni qui cache le corps de la danseuse, révèle les coincements, les tensions et les possibilités d’une gestion personnelle du monstrueux, qui reste ambigu et perplexe.  

Les aspects kinésiques et visuels du spectacle, forts et marquants, m’ont fait essentiellement penser à deux références artistiques. En premier, à la réflexion et les dessins de Rudolph Laban, esquissant les diverses perspectives spatiales allant de la matérialisation de l’espace à l’espace vivant et vice-versa. A cette harmonie fragile qui dépend de divers facteurs tels que le rythme, le flux, l’émotion, le temps, la direction, le poids et d’autres aspects, et qui propose une représentation moins frontale mais plus insaisissable et énigmatique du corps, comme également une appropriation de l’espace non pas élément singulièrement saisi par visuel mais comme un champ saisi par l’expérience vécue.

D’autre part sur le plan visuel, à l’œuvre « Le fil d’Ariane » (1988) de la plasticienne Katia Roka que j’ai récemment découverte en Crète dans la collection de la Fondation Mamidakis, une boite cubique transparente protégeant le fil d’Ariane également rouge de couleur comme ici. Une œuvre profondément féministe qui révèle la relation multiple de la créatrice avec le symbole du fil, qui est pour elle un guide, un chemin acrobatique intérieur qu’elle parcourt à l’aide d’un acte introspectif et hautement méditatif.

La pièce « Méandres » présentée dans le cadre du festival Festo Pitcho (le 12 et le 13 Avril 2024), s’adresse aussi bien au jeune public par ses références mythologiques qu’au public adulte par son abstraction et les messages véhiculés sur l’aventure personnelle !  

Biographie

Sara Pasquier, chorégraphe et interprète de la compagnie, elle initie nombreux projets associant professionnels, amateurs ou scolaires. Elle a plaisir à user de l’art et de la culture comme un lieu d’échange, de partage, de vivre-ensemble, de transmission, de divertissement et d’ouverture vers l’imaginaire et le rêve.

Elle dirige la compagnie Petitgrain, une compagnie de danse contemporaine, implantée dans l’Ain qui crée des pièces chorégraphiques pour le Jeune Public depuis 10 ans.

Iliana Fylla
Crédits pgotos : ©Christian de Héricourt (spectacles) – ©Iliana Fylla (œuvre Le fil d’Ariane)

Générique

Chorégraphie et interprétation : Sara Pasquier • Création musicale : Julienne Dessagne • Scénographie : Jean Luc Tourne • Création lumière: Julo Etievant • Création costume : Marie Ampe • Captation vidéo: Marc Lescher • Teaser: Jean Luc Tourne – Durée : 35min

Production et Diffusion : Compagnie Petitgrain • Coproductions : DRAC Rhône Alpes • Communauté de Communes de la Plaine de l’Ain • Communauté de Communes du Forez EST • la Fabrik Mimont • la Vache qui rue • Centre Culturel de la Ricamarie • Crédit photos : Compagnie Petitgrain

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