[VU] Avec REQUIEM(S), Angelin Preljocaj célèbre la vie contre toute attente

29 mai 2024 /// Les retours
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REQUIEM(S), une méticuleuse orchestration chorégraphique

Comment rendre lisible une orchestration chorégraphique complexe et méticuleuse, qui semble partir en tous sens et qui se tient de bout en bout ? Demandez à Angelin Preljocaj et si vous avez la réponse, passez nous voir !

En effet, sa nouvelle création excelle dans l’art parfait de la virtuosité. De tableaux en tableaux, de solos en duos, ou en chorégraphies de grands ensembles, l’ensemble des interprètes est au rendez-vous de REQUIEM(S).
Même si au fil de son exploitation chacun gagnera en interprétation et intention (nous étions à la seconde date de sa création), REQUIEM(S) est une pièce méticuleuse, savante, interrogative, tout en étant du grand spectacle, brillante, et d’une énergie féroce qui appelle à la vie. 

La signature des mouvements reconnaissable du chorégraphe libère les corps, les agitent et les dirigent en diagonales, lignes et autres entrelacs dont lui seul à le secret.

REQUIEM(S) ou l’intime rapport à la mort 

C’est après avoir vécu des moments de deuil que le chorégraphe s’est lancé dans l’écriture de REQUIEM(S). Mais comment interroger son propre rapport à la mort pour en livrer une pièce universelle dont chaque personne du public aura sa propre lecture ? La gageure, loin d’être simple, est largement réussie. 

Lorsque le rideau s’ouvre, la beauté intrigante du premier tableau happe l’attention. Des groupes sont en attente sous trois cocons suspendus dans lesquels des corps se meuvent lentement pour s’en extirper. Ils sont accueillis sur terre, à moins que ce ne soit au paradis. Cette métaphore de la naissance, ou de la mort, marque le point de départ des vies et des morts qui vont se jouer de tableaux en tableaux au plateau.

Des œuvres picturales en mouvements, voilà à quoi s’apparente la dernière pièce d’Angelin Preljocaj. Les références nombreuses ne rendent pas indigestes ces REQUIEM(S) dansés, que ce soit sur des oeuvres musicales classiques ou bien sur du hard, ou encore sur la voix de Gilles Deleuze, dont des bribes de “R pour Résistance” résonnent pour mieux révéler la complexité du sentiment de survie ressenti par Primo Levi et de la place des artistes pour libérer les vies. 

Les sentiments dansés sont nombreux et l’on croit déceler en filigrane le rôle des obédiences dans nos rapports aux morts, aux disparu·e·s, à l’image d’un tableau où il nous semble voir deux médecins autour d’un corps, corps qui leur sera enlevé par un groupe d’hommes. Les rapports science/religion s’inscrivent ainsi dans nos évolutions de vies et de mœurs.

D’une puissance vertigineuse

REQUIEM(S) questionne la place que nous laissons à nos chers disparus dans nos rythmes de vie effrénés. L’image des déplacements de course au plateau dont on peut ressentir la frénésie et l’emballement depuis nos sièges, sur un fond d’images de rouages mécaniques tournoyant, nous renvoie à nos propres schémas de vie où tout semble nous échapper mais dont on aimerait bien avoir le contrôle malgré tout !

La pièce REQUIEM(S) est d’une force et d’une puissance vertigineuse. Les costumes signés Eleonora Pronetti, les lumières d’Eric Soyer, les vidéos de Nicolas Clauss accompagnent les différentes requiems qui se dansent, se vivent et se ressentent jusque dans nos chairs. Elle est au final une célébration de nos vies devenues si fragiles. 

Angelin Preljocaj transcende ainsi l’épineuse question du rapport à la mort et signe une fresque grandiose sur la place que nous accordons à nos vies passées, présentes et futures. 

Laurent Bourbousson
Crédit photos : ©Didier PHILISPART

Générique

Chorégraphie  Angelin Preljocaj · Lumières Éric Soyer · Costumes Eleonora Peronetti · Vidéo Nicolas Clauss · Scénographie Adrien Chalgard · Danseurs à la création Lucile Boulay, Elliot Bussinet, Araceli Caro Regalon, Leonardo Cremaschi, Lucia Deville, Isabel García López, Mar Gómez Ballester, Paul-David Gonto, Béatrice La Fata, Tommaso Marchignoli, Théa Martin, Víctor Martínez Cáliz, Ygraine Miller-Zahnke, Max Pelillo, Agathe Peluso, Romain Renaud, Mireia Reyes Valenciano, Redi Shtylla, Micol Taiana · Assistant, adjoint à la direction artistique  Youri Aharon Van den Bosch · Assistante répétitrice Cécile Médour · Choréologue Dany Lévêque

Production Ballet Preljocaj
Coproduction La Villette – Paris, Chaillot – Théâtre National de la danse, Festival Montpellier Danse 2024, Grand Théâtre de Provence, Vichy Culture-Opéra de VichyDu 23 au 6 juin 2024

En tournée : Du 23 mai au 6 juin : Grande Halle de La Villette en coréalisation avec Chaillot, Théâtre National de la Danse, Paris / 04, 05 et 06 juillet 2024 Le Corum, Festival Montpellier danse 2024, Montpellier / 12 juillet 2024 Opéra de Vichy / 04 et 05 octobre 2024 L’Archipel, Perpignan / 12 octobre 2024 Le Carré, Ste Maxime / Du 16 au 19 octobre 2024 Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence / 30 novembre 2024 Cannes, Palais des Festivals / 04 décembre 2024 Teatro Comunale Pavarotti-Freni, Modena, Italie / Du 18 au 22 décembre 2024 Théâtre de Caen / Du 06 au 09 février 2025 Les Gémeaux – Scène nationale de Sceaux / Du 12 au 19 mars 2025 Opéra Royal du Château de Versailles / 13 mai 2025 Auditorium, Dijon / 16 et 17 mai 2025 Équilibre, Fribourg, Suisse

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