À la Belle Scène Saint-Denis – La Parenthèse – , danser le vivant avec le programme danse #1
Danser le vivant pour mieux le percevoir : voilà le fil rouge de ce programme 1.
C’est toujours un bonheur de retrouver l’équipe du Théâtre Louis Aragon à Avignon dans la cour de La Parenthèse. Chaque année, avant que ne débute le programme, Emmanuelle Jouan, directrice du TLA, n’a de cesse de rappeler le danger des coupes budgétaires pour le monde de la culture. Sauf qu’en 2026, il y a une réelle urgence. Ses mots sont posés et en imposent. Ils sont les armes que détient le monde de la culture dont institutionnels, directeurices de lieux, publics, journalistes et assimilés font partie. Même si cela peut paraître anecdotique pour certain·e·s, mobilisons-nous toustes et signons l’appel du Syndeac pour le 1% obligatoire.
Youness Aboulakoul fait osciller Pep Garrigues
Ecrit et chorégraphié par Youness Aboulakoul, Os, ici en étape de travail, offre au danseur Pep Garrigues une partition chorégraphique telle une traversée du corps comme archive vivante.
La danse se déploie par strates : micro-tensions, pulsations osseuses et souffle. Le geste semble naître d’une écoute anatomique précise. La danse vient de l’intérieur et Pep Garrigues en est le détenteur. Le phrasé chorégraphique de Youness Aboulakoul joue sur la répétition pour mieux interroger lson être intérieur avant de l’exposer au grand jour.
Peu à peu, la danse bascule du dedans vers le dehors et la musique électro composée par le chorégraphe envahie l’espace, jusqu’à l’ondulation du corps de Pep afin de reprendre possession de soi.
« Os » est un solo d’attention et de précision, d’une intensité discrète mais durable. Hâte de découvrir la première aux SUBS à Lyon (10 et 11 septembre 2026).
Dafne Bianchi bouleverse avec La Breva

Dafne Bianchi, que l’on avait déjà repérée aux côtés de Sandrine Lescourant, dévoile ici son tout premier projet, imaginé avec sa sœur Anaïs Mauri : La Breva. Et dès les premières minutes, le charme opère. On a l’impression d’être invitées chez elles – ou plutôt transportées sur les rives du lac de Côme, là où les deux sœurs ont grandi, entre souvenirs d’enfance et mémoire familiale.
À partir de sons de scènes de vie, d’éclats de langue italienne et de voix enregistrées aux accents presque fantomatiques – peut-être ceux d’une grand-mère -, La Breva compose un récit sensible autour de la filiation et de la transmission. La pièce circule d’un registre à l’autre avec une grande souplesse : le krump y fouille les racines, la valse ravive les fêtes familiales, tandis que le hip-hop inscrit cette matière intime dans une énergie plus contemporaine. Certaines images se fixent, celle des deux sœurs assises l’une à côté de l’autre dont la seule présence suffit pour rassurer.
La chorégraphie de Dafne Bianchi touche en plein cœur parce qu’elle dépasse l’histoire personnelle pour atteindre quelque chose de profondément universel. Quand les mots s’effacent, les gestes prennent le relais, habitent le silence et racontent à leur tour. Une première pièce sensible, lumineuse et délicate, à découvrir absolument.
Léo Lérus en prise avec le milieu naturel
Avec Gounouj, Léo Lérus interroge une question aussi chorégraphique que politique : comment danser le nouvel ordre de l’écosystème ? Présentée ici in situ, la pièce investit un nouvel espace et s’y recompose, même si l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on aurait aimé la voir déployer toute sa force dans un environnement plus organique.
Portée par Arnaud Bacharach, Robert Cornejo, Johana Malédon et Andréa Moufounda, la pièce impressionne d’abord par la qualité de son quatuor. Tous quatre déploient une présence intense, au croisement des mouvements contemporains, de la danse gwoka. Leurs gestes se métissent, se frottent, s’inventent dans l’entre-deux, pour mieux dire ce que signifie habiter un monde en transformation. Johana Malédon capte le regard par la précision et l’étrangeté de ses postures. Elle devient grenouille, figure d’une adaptation contrainte à un milieu que l’humain a rendu instable, voire hostile.
Entre ondulations, duos, trios et quatuor, Léo Lérus construit une pièce vibratoire, attentive aux états de corps comme aux dynamiques relationnelles.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : LB (1) – La Breva ©huitpluslune.mov
Programme #1 jusqu’au 12 juillet à 10h.
Générique
Os
Concept, chorégraphie et scénographie Youness Aboulakoul – Pour et avec Pep Garrigues – Créateur lumières Jean-François Desboeufs et Jéronimo Roé – Créateur sonore Youness Aboulakoul – Régie générale Jéronimo Roé – Costumes Audrey Gendre – Administration, production Saül Dovin – Diffusion, production Claire Sanmarty – Régie et spatialisation sonore Atbane Zouheir
Coproducteurs : Pôle Sud – CDCN Centre de Développement Chorégraphique National, Strasbourg, Centre Chorégraphique National – CCN de Tours, Les Subs – Lyon, Théâtre Louis Aragon, scène conventionnée d’intérêt national Art et création – danse à Tremblay-en-France, Centre Chorégraphique National – CCN de Grenoble. Avec le soutien du CENTQUATRE-PARIS, KLAP Marseille et L’Institut français du Maroc. Aide au projet : Le Département Auvergne-Rhône-Alpes.
La Breva
Chorégraphie Dafne Bianchi – Interprètes Dafne Bianchi et Anaïs Mauri – Regards extérieurs Sandrine Lescourant et Mehdi Baki – Compositeur musical Wobé – Créatrice lumières Zoé Ritchie – Régisseuse lumières Zoé Ritchie ou Célia Halard – Chargée de production Gloria Boucher
Coproductions : Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines (Fondation de France – La Villette) / Théâtre Louis Aragon – Scène conventionnée d’intérêt national Art et création – danse – Tremblay-en-France (93) / Théâtre Jean François Voguet – Ville de Fontenay-sous-Bois (94) Soutiens : Région Ile de France / DRAC Ile de France / Institut Culturel Italien – Paris / Collectif FAIR-E – CCN de Rennes et de Bretagne (35) / La Briqueterie CDCN du Val de Marne (94) / CENTQUATRE-PARIS (75) / Auditorium Seynod – Annecy (74) / La Place Paris (75) / Les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis (93) / Nouveau Gare au Théâtre – Vitry sur Seine (94) / Espace Marc Lanvin – Bagneux (92).
Gounouj
Chorégraphie Léo Lérus en collaboration avec les interprètes – Interprètes Arnaud Bacharach, Robert Cornejo, Johana Malédon et Andréa Moufounda – Assistante chorégraphique Asha Thomas – Concept musical Léo Lérus – Composition musicale et dispositif interactif sonore Denis Guivarc’h, Gilbert Nouno et Arnaud Bacharach – Percussionniste enregistré Arnaud Dolmen – Samples voix Napoléon Magloire – Création lumière, direction technique Chloé Bouju – Costumes Bénédicte Blaison – Administration, production Manon Peugnet / Moka Production – Diffusion France et International La Magnanerie
Coproduction : VIADANSE – Centre chorégraphique national de Bourgogne Franche-Comté à Belfort / La Filature, Scène nationale de Mulhouse / CCN Ballet de l’Opéra national du Rhin dans le cadre du dispositif accueil studio 2023 / Pôle Sud – CDCN Centre de Développement Chorégraphique National, Strasbourg / Centre national de danse contemporaine – CNDC d’Angers / L’Artchipel, Scène nationale de la Guadeloupe / TROIS-CL Luxembourg / Dispositif Récif – Karukera Ballet. Une création réalisée dans le cadre du programme de soutien à la création artistique Mondes nouveaux. La Compagnie Zimarèl / Léo Lérus est conventionnée par la DAC Guadeloupe. Léo Lérus est artiste associé à Chaillot – Théâtre national de la Danse. Ce projet est soutenu par le Fonds d’aide aux échanges artistiques et culturels (FEAC), l’Adami, la Spedidam et le Groupe Caisse des dépôts, mécène principal. Remerciements à Léna Blou, Delphine Cammal, Didier Lambert et le Conservatoire du Littoral, Anne-Sophie Permingeat, Caroline Bourgine, Gérard Poumaroux et L’Artchipel, Scène nationale de la Guadeloupe.