Après moi, le déluge : (LA)Horde entre chaos, fureur et violence
(LA)Horde livre une création épique où se croisent mythes, pop culture, univers cinématographique et une énergie mêlée à la rage.
Iels sont déjà sur scène lorsque le public entre en salle. Les 13 interprètes, figé·es dans des postures, s’écroulent tour à tour pour se relever et reprendre une pose plus confortable ou autre. Près de 30 minutes se passent ainsi entre l’ouverture des portes et le début du spectacle, dans un léger brouhaha sonore.
Tout rembobiner pour réécrire une histoire
Et si on débutait un spectacle par sa fin, là même où les interprètes saluent le public et rejouent à l’envi cette scène ? C’est l’introduction de la dernière création de (LA)Horde, compagnie à la tête du Ballet national de Marseille. Une fois l’effet de surprise passé, et malgré l’exécution parfaite de l’entrée en matière — on mesure la précision qu’exige le fait d’exécuter des pas et autres mouvements à rebours —, ce premier tableau s’étire en longueur jusqu’au fracas du monde.
Quand la scénographie fait spectacle
Tout n’est plus que chaos ambiant lorsqu’un trou béant se forme au centre du plateau amovible. Le trou ainsi créé laisse assez d’espace aux 13 interprètes pour se glisser dans cet entre-monde. Munis d’une caméra portative – la même qui a servi à filmer l’arrivée des spectateurs dans la salle -, chacun et chacune se filme en gros plan, avec des sourires carnassiers, façon images volées ou style caméra portée. Il y a de cela dans ce passage d’entre‑deux‑mondes où la peur côtoie le rire, la violence, la communion des êtres. Véritable (bad) trip où l’ego est de mise, quitte à écraser l’autre, c’est vers un nouveau – ou ancien – monde que s’ouvre le troisième tableau.
Quand (LA)Horde se castelluccise
C’est dans les sources du monde, à la recherche de l’état originel, que se déploie ce tableau. Trois personnages ultra ridés ont affaire au corps inerte d’une jeune femme, échouée au bord du bain de vapeur. Deux vouivres les rejoignent bientôt. Ce tableau, d’une certaine longueur, est fait de réminiscences castellucciennes – celles des images – lorsque l’emphase de la création vient se substituer au propos. On retient de ce moment l’insoutenable image du corps de la jeune femme servant de serpillière aux couples âgés.
15 minutes de danse énergique
Mais le retour à la vie de la jeune interprète, reconduite dans son monde, vient remettre de la danse dans ce spectacle qui se cherche. Et c’est avec une énergie brute que s’écrit la danse rageuse: près de 15 minutes sans retombée qui font la renommée de (LA)Horde. Il y a de la fureur et de la violence chez les interprètes dans ce tableau percutant. La musique joue son rôle: faire corps avec celui des danses.
Puis, la fable Après moi, le déluge se clôt sur un tableau très cinématographique où l’hybridité des corps semble être l’issue vers un apaisement presque total. Si l’on pense à Avatar et à d’autres films du genre, le répit ne sera que de courte durée, et (LA)Horde continuera de décrire le chaos du monde à travers leurs créations.
Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel poursuivent ainsi le récit de notre histoire contemporaine, après leur Room With A View. Ils réinventent nos mythes pour une jeunesse rageuse de survivre à l’effondrement annoncé et qui semble inévitable.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©G.Astier Perret
Après moi, le déluge a été vu le 2 juillet 2026 dnasle cadre du Festival Montpellier Danse
À voir : du 5 au 8 juillet au Festival de Marseille (13) puis en tournée
Générique
Pièce pour treize danseur·euses
Conception, mise en scène : (LA)HORDE — Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel
Chorégraphie : (LA)HORDE en collaboration avec les danseur·euses et les répétiteur·ices du Ballet national de Marseille
Assistante artistique : Nadia El Hakim
Collaborateurices artistiques chorégraphie : Valentina Pace, Jacquelyn Elder, Angel Martinez Hernandez, Julien Monty
Regard extérieur : Alain Damasio
Scénographie : Julien Peissel en collaboration avec (LA)HORDE
Ingénierie : Hervé Cherblanc
Conseillers techniques scénographie : Rémi d’Apolito, Julien Parra, Sébastien Mathé
Coordination artistique : Nadia El Hakim
Musique originale : Pierre Aviat
Création lumière : Eric Wurtz en collaboration avec Gaspard Juan
Conception costumes : Salomé Poloudenny en collaboration avec (LA)HORDE
Réalisation costumes : Studio Salomé Poloudenny
Cheffe d’atelier : Sandra Pomponio
Assistante costumes : Agathe Palthey
Construction décor : les ateliers de la Comédie de Genève, Sud Side les ateliers spectaculaires/Marseille
Constructeurs de la Comédie de Genève : Yannick Bouchex, Hugo Bertrand, Balthazar Boisseau, Janju Bozon, Wondimu Bussy. Remerciements à : Yves Frohle et Pierre Olympieff
Peintres-sculpteur·ice·s : Osman El Hakim, Myriam Valet, Sandrine Boutin, Soliman El Hakim
Peintre du tapis : Cristian Zurita
Réalisation coque caméra : Marius Perraud
Visuel d’arrière-plan : Felix Keslassy
Atelier SFX : CLSFX Atelier 69
Spatialisation sonore : Mélodie Souquet
Réalisation perruques : Camille de Mena
Coordination d’intimité : Julie De Bohan – ICIE
Conseil acrobatique : Nin Khelifa
Coaching vocal : Melody Louledjian
Avec les danseur·euses du Ballet national de Marseille
Distribution : Isaia Badaoui, Arno Brys, Isla Clarke, Titouan Crozier, Nathan Gombert, Jonatan Myhre Jørgensen, Dana Pajarillaga, Kevin Pajarillaga, Layne Paradis Willis, Gabriella Sibeko, Eden Solomon, Elena Valls Garcia, Luca Völkel
Remerciements aux équipes permanentes et intermittentes du Ballet national de Marseille.
Production : Ballet national de Marseille
Coproduction : La Comédie de Genève,
Théâtre de la Ville-Paris – Chaillot Théâtre national de la Danse, Charleroi Danse, centre chorégraphique de Wallonie-Bruxelles (Belgique), Sadler’s Wells Londres (Royaume-Uni), Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie, Festspielhaus St.Pölten (Autriche), Maison de la Danse de Lyon, La Comédie de Clermont-Ferrand, scène nationale, Théâtre de Lorient, Centre dramatique national, TAP Scène nationale de Grand Poitiers, Internationaal Theater Amsterdam, Théâtre des Salins Scène nationale de Martigues, International Summerfestival Kampnagel Hambourg (Allemagne), Teatro Municipal do Porto (Portugal), Madrid en Danza, Mercat des les Flors (Espagne)
Avec le soutien de Dance Reflections by Van Cleef & Arpels et d’ASICS
Accueils en résidence : Théâtre des Salins – Scène nationale de Martigues. Avec le soutien de Lieux Publics – CNAREP (Centre national des arts de la rue et de l’espace public) & Pôle européen de production.
Le CCN Ballet national de Marseille – direction (LA)HORDE reçoit le soutien du Ministère de la Culture / Direction générale de la création artistique, de la DRAC Paca, de la Ville de Marseille.