[VU] Room With a View du BNM – (La)Horde : autant fascinant qu’agaçant

11 octobre 2020 /// Les retours
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La Garance – Scène nationale de Cavaillon accueillait son premier spectacle depuis le mois de mars. Room With a View du BNM se révèle être autant fascinant qu’agaçant. (La)Horde, à la direction du CCN, donne le ton de la trajectoire qui est donnée au BNM. Retour.

Un événement en soi

Disons le tout de suite, la création du BNM à La Garance avait tout d’un événement lors de cette soirée. Parce que c’était le premier spectacle depuis le mois de mars pour la scène nationale et que jusqu’à présent, le BNM n’avait jamais été programmé sur ce plateau.

À la direction de l’institution depuis un an maintenant, (La)Horde dépoussière le Ballet National de Marseille et lui donne une visibilité perdue avec le fameux Room With a View. La collaboration avec le musicien Rone avait tout pour aiguiser la curiosité et il faut dire que l’on était en attente après l’écoute de l’album.

Room With A View décrypte le monde

Il règne une fin de monde sur le plateau transformé en carrière pour l’occasion. C’est dans ce lieu que vont s’ébattre et s’éprouver les corps dansants de cette histoire qui malgré ses allures de dystopie est le reflet du monde. (La)Horde met en danse une jeunesse que de la société a sacrifié au nom de la globalisation de tous les domaines (économique, social, écologique…). Que leur reste-t-il alors pour se faire entendre ?

La violence omniprésente est le langage trouvé pour le groupe qui évolue dans ce no man’s land, sorte de camp retranché pour les derniers êtres échappés du cataclysme final. Les corps s’écharpent, virevoltent, tombent, se relèvent, et pourraient même se disloquer sous la contrainte.

Une illustration de l’effondrement du monde autant fascinante qu’agaçante

L’illustration de l’effondrement du monde, puisqu’il est question de cela, se fait par touche. Si elle est parfois maladroite, on pense à ce lâcher de poissons suivi d’un temps terriblement ennuyeux et long, les corps l’interprètent jusque dans leur moindres soubresauts.

Les corps disent ainsi la brutalité des rapports amoureux, racontent les désirs et le jusqu’au-boutisme que dicte la société déréglementée. Comment cette jeunesse peut-elle espérer vivre ? Quelle est la place qui lui est donnée par ses aînés pour écrire son histoire ?
La sarabande qui se met en marche est une des réponses jetées à la figure du public. C’est avec des doigts d’honneur que les danseurs l’exécutent sur le titre Le Crapaud Doré. Un fuck lancé au passé pour en faire table rase pour se permettre d’écrire un avenir.

Avec un tel sujet ouvert à 360°, tout se doit d’être irréprochable. Malheureusement, parfois les corps semblent totalement absents de ce qui se joue au plateau. La faiblesse de l’écriture dramatique conduit le public à ressentir de l’ennui et de l’agacement à certains moments. Malgré tout, Room With A View fascine avec ses codes et références et la scénographie de Julien Peissel le parfait en un merveilleux objet chorégraphique.

Une fin lumineuse

Lorsque les corps font bloc, la force et l’énergie ressenties redonnent à Room With A View un regain d’intérêt. Les individualités illuminent le groupe et chacun fascine par son expression. L’espoir trouve une résurgence dans ces corps debout et fiers de l’être, prêts à en découdre et à vivre leur vie. Le titre Human leur donne l’occasion de remettre de l’humanité là où elle faisait défaut et d’incarner celle-ci.
Toujours avec le majeur levé (geste qui devient banal à la fin et dont on se passerait bien), leurs regards bien vivants croisent ceux d’un public masqué et provoquent une confrontation imaginaire. Un choix s’impose, celui de les rejoindre en pensée dans leur rébellion ou bien de rester à nos places afin de jouir du temps qui nous reste à vivre.
L’insolence de leur jeunesse leur donne raison. Ils sont fascinants et agaçants, mais c’est debout que l’on peut les saluer pour faire corps avec eux.

Laurent Bourbousson

Générique

Room With A View a été vu à La Garance – Scène nationale de Cavaillon
À voir au Grand Théâtre de Provence, les 9 et 10 février 21. Renseignements, ici.
Musique RONE Mise en scène, chorégraphie (LA)HORDE Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel Concept artistique RONE & (LA)HORDE Scénographie Julien Peissel Création lumière Eric Wurtz Costumes Salomé Poloudenny Création coiffure Charlie Lemindu avec les danseurs du Ballet national de Marseille Crédit Photographie ©AUDE ARAGO

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Francis Braun
18 jours plus tôt

Serait-ce une Messe pour le temps présent…ou une Messe pour le temps a venir. Orchestrée par Rone au lieu de Pierre Henry , dansée par (la)Horde qui remplacerait Bejart ?
Heureusement que le final violent et incarné nous sauve…

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