Fabien Almakiewicz, l’accident lui va si bien
Nous avons échangé avec Fabien Almakiewicz qui ouvre la 48e édition du festival Les Hivernales-CDCN Avignon avec la performance Aujourd’hui je tenterai une danse (pour vous). Une belle occasion de faire la connaissance du danseur, interprète et performeur que nous découvrirons ce jeudi et samedi à Avignon.
Lorsque nous décrochons le téléphone, on imagine aisément Fabien Almakiewicz affairé plus à préparer les derniers détails de sa performance que de prendre du temps à converser avec nous. Et pourtant, dans son planning serré, il trouve un moment à nous accorder, nous qui ne le connaissons pas (nous avions loupé avec Phasmatodea, sa précédente performance) si ce n’est que de nom pour faire partie des artistes de la constellation de Massimo Fusco, chorégraphe associé au CDCN Les Hivernales jusqu’à cette fin de saison 25/26.
Découvrir le mouvement dansé par accident
Ceci étant, nous avons déjà croisé le danseur, ne serait-ce que chez les frères Ben Aïm dans Brûlent nos coeurs insoumis, ou encore chez La Zouze-Christophe Haleb ou encore Christian Rizzo pour ne citer qu’eux. Lorsqu’on l’interroge sur son parcours, celui qui “rencontre le mouvement dansé par accident aux Beaux-Arts après une formation en arts appliqués” devient danseur-interprète. “J’ai eu un un passage assez long dans une compagnie qui n’existe plus maintenant, la compagnie Mi-octobre de Serge Ricci. J’ai été à la fois interprète et collaborateur artistique de cette compagnie. J’ai co-signé des pièces avec lui à l’époque.”
Avec ses études, il découvre le bonheur d’être un peu touche à tout et trouve en la maison du spectacle vivant “un endroit où par la pensée du décor, du costume, du mouvement, du son, on construit un objet. Et c’est ce qui m’a attiré”.
D’être interprète, il reconnaît volontiers « un stress”. “J’ai toujours un questionnement, peut-être parce qu’aussi, je ne viens pas d’une formation de danseur. Je me pose la question de savoir si je vais être à la mesure de répondre au projet chorégraphique du chorégraphe ? , à l’écriture du projet ? Est-ce que je vais être capable, par ma présence, ma technicité, de porter le langage du chorégraphe ?” et à l’inverse, ses créations (2 au compteur) lui procurent un sentiment de liberté, lui qui “n’a pas décidé de la structuration de compagnie, de recherche de subventions, de recherche de la production”. Et pourtant une once de stress subsiste et se niche dans le fait d’être juste, au bon endroit lorsque la performance débute.
Deux rendez-vous pour Aujourd’hui je tenterai une danse (pour vous)
Tout se fait par accident avec Fabien, même le fait de proposer la performance Aujourd’hui je tenterai une danse (pour vous) durant le Festival Les Hivernales, le 12 février (au Théâtres des Carmes (17h)) et le 14 février (au restaurant le Nawak (16h)). Il reconnaît beaucoup de joie dans ce qu’il lui est donné ici. “Je remercie profondément Massimo Fusco pour la confiance qu’il me fait avec le CDCN Les Hivernales de m’offrir cette opportunité. C’est assez rare qu’on offre l’opportunité de créer à quelqu’un qui n’a pas de structuration, de compagnie et de rapport économico-social à la création. C’est une chose assez rare. Je me délecte un peu de ce moment qui reste unique et qui, j’espère, ne va pas devenir de plus en plus rare.”
Mais justement, à quoi doit s’attendre le public durant cette performance qui flirte avec 2 heures de temps ?
“Aujourd’hui je tenterai une danse (pour vous) se décompose en 3 parties. Il y a l’habillage où le public est invité à venir en sachant que c’est un habillage qui dure une heure. Il y a un côté, on va dire, fastidieux. On voit la mise en œuvre, l’atelier et des personnes bénévoles qui m’habillent. Le public peut participer aussi. Il peut passer durant ce laps de temps, voir où nous en sommes et revenir. C’est un temps qui reste complètement ouvert.
Le début de la performance, on va dire spectaculaire entre guillemets, commence dans les quinze dernières minutes de l’habillage. Cela permet de comprendre de quoi il s’agit.
Il y a ensuite un cheminement, une procession pour aller à l’endroit de la danse, qui représente le deuxième temps. Le public m’accompagne dans le processus car l’habit que je porte m’empêche de bouger.
Et enfin, un troisième temps qui est la danse. Et là, on y va, on met la musique, on danse, on partage cette danse qui est faite pour cet instant, pour ce moment, pour les gens qui sont à mes côtés, pour le public.”
Comment ne pas faire le rapprochement entre un empêchement de création et de diffusion de la culture par les temps que l’on connaît et la performance de Fabien Almakiewicz ? “Tout à fait. La position dans laquelle je me mets n’est pas une position aisée pour pouvoir danser. Il y a une lutte dans cette performance, une lutte contre les choix pris et qui sont pris, une lutte contre ce qui m’entoure”, une lutte au nom de la création ajouterons-nous.
Pour que vive l’art performatif, parfois précaire, allons voir Fabien Almakiewicz au festival Les Hivernales et offrons-nous la joie de danser avec lui tant qu’il est encore temps.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Tymour Boussou
Aujourd’hui je tenterai une danse (pour vous) – Conception et performance Fabien Almakiewicz – à voir le jeudi 12 février à partir de 16h (Parcours : Théâtre des Carmes >> Grenier à sel / Habillage : 1h | Parcours et danse : 45 mn) et le samedi 14 février à partir de 15h (Parcours : Restaurant Le Nawak >> LaScierie / Habillage : 1h | Parcours et danse : 45 mn). Entrée libre.
Tous les renseignements sur : hivernales-avignon.com