Hélène Ventoura va faire Ami-Ami avec vous

19 juin 2019 /// Les interviews - Les retours

On avait découvert Ami-Ami d’Hélène Ventoura, en décembre dernier. Elle revient pour le Festival OFF19 Avignon. À retrouver au Théâtre Artéphile, du 5 au 27 juillet (relâche les 7, 14, 21 juillet), à 11h15.

Première mise en ligne le 16 janvier 2019.

En décembre dernier, le public était convié à découvrir son spectacle en avant-première au Théâtre Artéphile à Avignon. Ami-Ami, le nom du spectacle, sort sur les planches officiellement le 23 janvier 2019, à la Scène Nationale La Filature pour une tournée de 10 dates. C’est dire qu’Hélène Ventoura faisait sonner Noël avant l’heure. On a poursuivi le moment avec elle pour un échange.

L’ITW d’Hélène Ventoura

OAP : Hélène Ventoura, que diriez-vous à nos lecteurs pour vous présenter et au sujet de votre dernière création ?
Hélène Ventoura : Je suis clown et auteure de spectacles de clown. Ami-Ami est ma 5ème création. Le sujet du spectacle est l’amitié et le thème la solitude, ce qui n’est pas tout à fait pareil.

Hélène Ventoura © Sylvain Grandjon

Effectivement, la solitude est le thème majeur du spectacle. Vous êtes ce clown qui recherche des ami.e.s. Comment avez-procédé pour l’écriture de ce spectacle ?
J’ai un désir d’observation qui fait partie de moi au quotidien et surtout je m’observe moi-même. C’est un spectacle qui est très personnel en fait. Ce n’est pas tant la recherche d’ami.e.s qui est le sujet, mais plutôt la sensation de solitude que l’on peut avoir même quand on en a. On peut être très entouré et avoir le sentiment d’être seul, c’est ce thème-là qui m’a beaucoup porté et que j’ai exploré.
Le spectacle est une tentative de faire du public des amis. Mais c’est une tentative ratée car plus le spectacle avance, plus le personnage se révèle. L’on comprend qu’il est impossible d’être ami avec elle parce qu’elle est limite psychopathe. En même temps, ce personnage devient de plus en plus attachant et l’on se reconnaît en lui. Je voulais que l’on se réconcilie avec soi-même, avec la solitude qui nous habite.

La société, vecteur d’inspiration

L’un des syndromes de notre société est d’avoir beaucoup de connaissances via les réseaux sociaux, des soi-disant ami.e.s, pour être finalement seul. D’ailleurs, vous posez cette question : Combien de véritables amis avons-nous ? Que répondez-vous à cela ?
Je pense assez peu. rires. C’est vrai qu’il y a un parallèle avec un phénomène de société et ce n’est pas pour rien que ce sujet m’a porté si fort, même si les amis sur Facebook ne sont pas évoqués en tant que tel dans le spectacle. C’est une question qui interroge tout le monde et j’ai l’impression d’avoir un spectacle qui peut toucher tout le monde.

Vous révélez la perversité humaine. Pensez-vous également qu’il s’agisse d’un des syndromes de notre société ?
Ça, je pense que c’est  l’humain, à travers toutes les époques. Je ne pense pas que l’on soit tout bon ou tout mauvais. Il y a de la noirceur en nous, mais elle est assez enfantine.
Le personnage d’Ami-Ami est assez naïf. Quand son voisin se fait zigouiller, qu’elle le cache sous son lit et que son chien nettoie tout, elle a l’impression que ça va tant que tout est propre. Elle a l’impression que ce n’est pas méchant. C’est une logique enfantine où l’on place le mal ailleurs.

Ce qui est très fort avec la figure du clown, c’est que l’on peut appréhender toutes les dérives d’une situation, quelle qu’elle soit. Et cela peut faire froid dans le dos. Vous êtes inquiétante finalement ?
Oui, mon personnage est un peu inquiétant dans son propos mais je crois qu’il est d’apparence inoffensive. Cela permet tout ce qui se passe. Si j’étais un bonhomme baraqué et barbu, avec une allure effrayante, le décalage ne serait pas à cet endroit-là. Là, ça fonctionne parce que j’ai quelque chose d’assez fluet, un peu fragile, une petite voix, quelque chose d’assez tendre finalement, qui me permet d’aller complètement dans la noirceur.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson

LE VU

Ami-Ami est un vague déferlante d’histoires plus extravagantes, plus rocambolesques, et plus extraordinaires (dans le sens qui n’est pas de l’ordre commun) les unes que les autres, et pourtant tout semble plausible et possible dans le monde d’Hélène Ventoura.

Elle incarne ce clown à la recherche d’ami.e.s et fera tout pour en trouver. Elle se livre, se raconte à celles et ceux susceptibles d’en être. Si toutes les outrances sont permises dans son dire, il n’en demeure pas moins que derrière tout cela se cache une once de vérité sur la nature humaine.

Hélène Ventoura a ce charme de l’éloquence : vous l’écoutez dans ses péripéties et lui excusez ses pires ignominies. Ami-Ami est cela. L’auteure croque à pleine dents la société contemporaine, invite à des séances de bien-être d’animothérapie, convoque la Bible et la figure d’un gourou sauveur des eaux, et surtout pose cette question : Comment il fait le chien pour être le meilleur ami de l’homme ?
Au final, on ne peut qu’être Ami-Ami avec Hélène Ventoura, qui signe ici un réel enchantement de la démesure humaine.
Laurent Bourbousson

Ami-Ami clown solo de et avec Hélène Ventoura
Du mercredi 23 janvier au samedi 2 février 2019 à La Filature, Scène nationale (Mulhouse). Renseignements ici.
À retrouver au Festival Avignon Off 2019, au Théâtre Artéphile, du 5 au 27 juillet (relâche les 7, 14, 21 juillet), à 11h15. Retrouvez tous les renseignements ici.