Interview : Arthur Plasschaert

12 octobre 2017 /// Les interviews
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Si vous lancez une recherche internet sur Arthur Plasschaert, vous trouverez son nom associé aux grandes heures télévisuelles de la variété française que l’on doit à Maritie et Gilbert Carpentier. Aujourd’hui, il co-dirige le Jazz Orne Danse Festival, avec Loïc Le Page. La 12ème édition débute ce samedi 14 octobre. Interview. Par Laurent Bourbousson.

Arthur Plasschaert a cette soif de découverte et un regard lucide sur la danse d’aujourd’hui. Lorsque vous lui demandez comment il se présenterait à la nouvelle génération de danseurs et de chorégraphes, par une pirouette, il vous répond qu’il a un vif intérêt pour la jeune génération et qu’il est friand de création chorégraphique. Il ajoute que pour lui, bien qu’existent différents courants de danse,  » il est démodé de ne parler de la danse que par style alors qu’il n’existe qu’une danse. La danse contemporaine, celle d’aujourd’hui, propose des mélanges très intéressants.  » Mais avant de parler du Jazz Orne Festival, petit retour sur une carrière enivrante.

Vous avez un parcours très impressionnant. Qu’est-ce qui a fait que la danse jazz ait pris le pas sur le classique dans votre parcours ?
J’ai été danseur classique à l’Opéra de Lièges durant 3 saisons. Lorsque je suis revenu à Paris, je voyais bien que la pratique classique m’était très difficile car j’ai commencé la danse tard, à 20 ans. J’ai toujours aimé la musique jazz et j’ai pris des cours de danse jazz. Ça a été une révélation et je me suis lancé dans cette direction là.

Est-ce que l’on peut voir en vous un précurseur en matière de chorégraphe de la télévision française, car vous êtes le premier à avoir tenu ce rôle là, notamment dans les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier ?
Je ne sais si on peut dire ça comme ça. J’ai débuté à l’Olympia, lors des premières parties des concerts. Nous n’étions pas connus. Je peux dire que je suis né lors du succès rencontré pour le gala de Johnny Hallyday, alors que le public était plus tourné vers le rock et le twist. Durant les répétitions, tout le monde était inquiet de l’accueil que le public allait nous réserver. Le succès a donc été au rendez-vous et ça a vraiment démarré ce soir là. A cette époque là, on ne pensait pas à créer des compagnies de danse, avec des subventions. C’était les opéras qui avaient des compagnies de ballet comme Roland Petit, Maurice Béjart. Ensuite, on m’a proposé des émissions de télévision et puis l’histoire a continué.

De tout ce passé, quel est le souvenir le plus marquant de votre vie de chorégraphe ?
Ouh…..[silence] Je pense que c’est cette soirée que je viens d’évoquer. Le public était survolté et à notre entrée, alors que nous étions en tee-shirt et baskets, tout le monde s’est arrêté de parler. C’était un ballet abstrait pour l’époque et ça n’avait rien à voir avec la musique de Johnny. On sentait une écoute. À la fin, le public a tellement applaudi que Bruno Coquatrix, directeur de la salle, m’a poussé devant le rideau pour saluer. Cette chose m’a décidé, et je me suis dit que j’avais peut être quelque chose pour ce métier.

Lorsque l’on regarde l’histoire de la danse, on a l’impression que la danse jazz souffre d’une image qui ne lui rend pas hommage ?
J’avoue que je ne comprends pas très bien pourquoi on ne retrouve pas dans ce courant des créations significatives. Il y a des compagnies comme la Company Black Source Dance Theater de Géraldine Amstrong, que nous accueillons cette année, qui sont fidèles à leur création et à leur croyance, et à ce moment là, c’est magnifique. Mais elles ne sont pas très nombreuses. A l’inverse, si on regarde du côté du hip-hop, la compagnie Chute libre, que l’on retrouve au Jazz Orne Festival, est dans ce que j’appelle la création, le renouvellement. Dans la danse jazz, il n’y a pas vraiment cela.

Vous co-dirigez, avec Loïc Le Page, le Festival Jazz Orne. La douzième édition débute le samedi 14 octobre. Comment arrivez-vous à proposer cette programmation variée qui balaie différents styles de danse ?
Avec Loïc, nous allons voir les spectacles. On tente d’avoir l’émotion d’un spectateur non spécialisé. Nous essayons d’avoir une certaine variété dans ce que nous présentons. Par exemple, le 14 octobre, nous ouvrons le festival avec la compagnie le 4ème souffle avec un spectacle qui mêle danse et humour clownesque. Nous souhaitons que les gens soient curieux de voir différentes couleurs de la danse. Et ce n’est pas facile. Si en plus, on ajoute la question des moyens financiers qui pèsent énormément…

Votre compagnie Arthur Plasschaert produit et diffuse, notamment la Compagnie Difé Kako de Chantal Loïal. Produire et diffuser est-il un acte courageux pour l’époque où l’économie est une variante à ajuster constamment ?
La compagnie est une compagnie d’accueil. Même si économiquement, c’est difficile, je pense que ce n’est pas une solution d’arrêter. Il faut avoir du courage, une dose d’optimisme et la passion. Tout ceci nous animent pour continuer.

La passion semble être, en effet, le moteur de votre vie…
Oui, absolument. Je suis né en Indonésie, alors colonie néerlandaise. Je jouais déjà la comédie dans les plantations, j’imitais les danseurs indonésiens dans la rue. J’ai connu les camps, le rapatriement, lors de l’invasion par les Japonnais. J’ai eu beaucoup de retard dans mon apprentissage, mais j’ai toujours souhaité évoluer dans un monde passionné. Et la danse et le spectacle me passionnaient. Je disais à une époque  » Ma religion c’est la danse, et mon église, le studio de répétition « . J’ai toujours vu ça comme ça. J’ai eu des rencontres heureuses et de la chance aussi.

De ces jeunes chorégraphes et danseurs que vous voyez, quel serait le ou les chorégraphes à suivre ?
Ce n’est pas gentil comme question. Je trouve que dans le hip hop, il y a de nouvelles propositions qui repoussent les limites. Aujourd’hui, je vous répondrais Annabelle Loiseau et Pierre Bolo. Ils font un travail très intéressant. Mais, j’aurais très bien pu vous répondre en vous citant un vieux chorégraphe. Je ne pense pas que le bon travail régulier existe. Je pense que c’est très rare de ne faire que des succès, donc un artiste qui ne fait rien durant 3 ans, peut tout à coup créer quelque chose d’extraordinaire.

Le Jazz Orne Danse Festival se tiendra du 14 au 28 octobre 2017. Tous les renseignements ici.

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