[ITW] Avec Actoral, Hubert Colas à l’écoute des créateurs

20 septembre 2019 /// Les interviews

Déjà 19 ans que le Festival Actoral agite la création contemporaine à Marseille. Du 20 septembre au 12 octobre, ce sont 3 semaines de festival qui vont réveiller l’esprit critique. Interview de son directeur, Hubert Colas.

Actoral et les créateurs

Est-ce que l’on peut dire que le Festival Actoral est un acte de résistance ? Êtes-vous d’accord avec cela ?
Je dirais que c’est un acte d’encouragement permanent en direction des artistes pour qu’ils soient toujours en phase avec leur propre désir et leur propre création. C’est également un encouragement fait au public pour que leurs sens de la curiosité et du désir soient toujours présents chez eux et non dans une culture prémâchée, résultat d’une frilosité ambiante de certaines institutions ou de certaines appréhensions face au contemporain. Cela finit par hanter l’esprit des gens qui n’osent plus venir dans des lieux de créations contemporaines.
Tout ce que nous verrons durant le festival sont des œuvres accomplies. Elles reflètent les nouvelles façons de certains jeunes créateurs d’appréhender l’art aujourd’hui, et c’est ce que nous tentons de présenter au public. Nous persévérons dans cette ligne-là.

À la lecture du programme, on découvre un panorama exceptionnel de la création contemporaine. Comment avez-vous construit votre programmation ?
Elle est le fruit de rencontres, d’amitiés, d’échanges avec des lieux de création contemporaine. Il y a également des fidélités et l’envie de connaître le chemin d’un artiste. Par exemple, lorsque je me déplace pour des rendez-vous de diffusion auprès de professionnels, j’ai l’impression de devoir convaincre en l’espace d’un quart d’heure de la nécessité du travail que je fais depuis près de 20 ans. Je pense qu’à un moment donné, il faut écouter le créateur, comprendre sa démarche, lui donner du temps et savoir comment il vit, quelles sont ses préoccupations, ses désirs et quelle est la spécificité de son acte créatif. J’essaie de choisir des artistes qui ont une écriture et une démarche singulières. Cela est très subjectif, mais ce n’est pas qu’une question de goût. J’écoute réellement la démarche, ce qu’il en dit et comment il se décale par rapport à celle-ci.

Un festival dans différents théâtres de Marseille

Big Bears cry too de Miet Warlop ©Reinout Hiel

Ce que vous venez de dire va à l’encontre de notre société où l’on est dans l’immédiateté, dans un rapport à l’instantané. Vous posez les choses avec Actoral et les artistes.
Oui. En recevant la plaquette du festival, j’ai trouvé que cette année, j’avais fait de belles rencontres d’artistes et que j’avais vécu de beaux concours de circonstances qui m’ont permis d’en croiser. Mais tout ceci a été possible grâce à des fidélités comme celle avec Miet Warlop (le 4 octobre à La Criée), Vincent Thomasset (le 4 octobre à La Joliette), pour ne citer qu’eux, ou encore grâce aux aides des théâtres partenaires tel que le Théâtre du Gymnase où nous retrouverons Erwan Ha Kyoon Larcher, La Criée, Théâtre La Joliette, et bien d’autres. 

Comment arrivez-vous, justement, à vous inclure dans la programmation de ces structures ?
Je discute avec les directions et je tente de trouver la proposition qui colle avec le lieu qu’ils dirigent. Ce n’est pas seulement de faire une programmation Actoral dans leur lieu. Je leur propose quelque chose qu’ils pourraient faire par ailleurs mais qu’ils ne font pas. Cette complicité-là fait qu’il y a un tissus de confiance de leur part qui s’est mis en place. C’est étonnant de voir qu’autant de lieux se soient fédérer autour de ce festival et que nous puissions, ensemble, proposer une rentrée culturelle à Marseille.

La soirée anniversaire des Éditions Verdier

Danse, théâtre, performances et lectures ponctuent donc le festival. On peut noter la soirée anniversaire des Éditions Verdier, le 26 septembre.
C’est une maison d’éditions que j’affectionne beaucoup, avec laquelle j’ai découvert bon nombre d’écrivains. On collabore avec eux depuis de nombreuses années et il m’a paru essentiel que l’on puisse fêter leur 40 ans d’existence. Il est important que les maisons d’éditions soient présentes. Nous aurons P.O.L (Frédéric Boyer viendra présenter Joël Bacqué et Théo Cassani, lors de la soirée du 8 octobre) et les Éditions Vanloo (soirée du 30 septembre). Chaque année, nous choisissons des maisons d’éditions pour lesquelles nous invitons les directions le temps d’une soirée afin de présenter leurs auteurs et le lien qu’ils ont avec eux. 

Lors de la soirée P.O.L, l’auteur Théo Cassini présentera Rétine, une lecture performée par le chorégraphe Liam Warren. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Théo Cassani est un artiste dont l’expression est la littérature mais qui convie d’autres artistes à appréhender son écriture et à en faire une forme. La lecture de Liam sera une lecture chorégraphiée de l’oeuvre de Théo. Cela est exceptionnellement conçue pour le festival et sera présentée à Montévidéo. Je suis satisfait et très curieux de cette proposition.

Nous campons sur les rives, la nouvelle création de Diphtong cie

Vous allez mettre en lecture Nous campons sur les rives de Mathieu Riboulet à La Criée. Est-ce que l’on peut en espérer une adaptation à la scène de ce texte, avec votre compagnie (ndlr Diphtong Cie) ?
C’est une lecture va devenir un spectacle qui sera créé au CDN Nanterre-Amandiers, le 23 janvier prochain. Ici, nous proposons une écoute de ce texte de Mathieu, disparu malheureusement il y a un an. L’auteur y parle de l’ici, du maintenant et de l’ailleurs, de l’humanité, en fait, et questionne ce qui devient important pour chacun à la croisée de ces temps différents. Il y a quelque chose de très posé dans cet écrit et je suis très content de le faire entendre. Il sera accompagné d’un second texte de Mathieu Riboulet qui fait partie du livre Lisières du corps

Vous créez votre nouvelle proposition à Paris. On vous voit peu dans l’ensemble de région.
Je suis labellisé théâtre contemporain et ça fait peur. Je suis également scénographe, écrivain, directeur de festival, et il est vrai qu’en France, on n’aime pas trop qu’une personne ait plusieurs activités. Ensuite, ce n’est pas toujours simple de défendre des artistes et son propre travail.
Cependant, cette année on sera présent à La Criée au mois de janvier, avec Désordre, et au ZEF – Le Merlan, en avril prochain, avec Superstructure de Sonia Chiambretto.

Que pourrions-nous dira au public qui serait frileux à l’idée de venir au Festival Actoral ?
Ne pas avoir peur de venir découvrir ces nouvelles formes de pensée et que la programmation a été faite en pensant à eux.

La soirée d’ouverture

The Master’s tools – remastered – (LA)HORDE ©tom de peyret

Pouvez-vous nous présentez la soirée d’ouverture qui rassemble le collectif (LA)HORDE et Alexander Vantournhout ?
C’est une soirée unique qui se déroulera au MuCEM. Le collectif (LA)HORDE vous réserve un accueil performatif sur le parvis et vous invitera à pénétrer dans de ce lieu pour différentes étapes à l’intérieur. On y retrouvera Alexander Vantournhout qui présentera sa dernière création en déambulation. Tout ceci se fera de 19h30 à 22h. Le MuCEM est le lieu par excellence qu’il fallait faire visiter et nous avons trouvé ces formes qui étaient compatibles avec cela. Nous finirons la soirée avec un LAB DJ sur le rooftop du musée.

Convier (LA)HORDE (ndlr collectif à la direction du Ballet National de Marseille) en ouverture était-ce une façon de leur souhaiter la bienvenue à Marseille ?
Non, il n’y a pas de cela. Je me réjouis que le collectif s’installe ici et que les institutions territoriales aient choisi (LA)HORDE pour prendre la direction du ballet National de Marseille. C’est une jeune équipe composée de Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et d’Arthur Harel. Ils sont un peu en lien avec Actoral car ils s’intéressent à une sorte de transversalité, des arts pluriels on va dire : le théâtre, la performance, la danse, les arts visuels. On voit également qu’ils ont un regard et une écoute sur la société dans laquelle ils sont. Ils ont une très belle dynamique. Nous nous étions rencontrés, il y a quelque temps, à Montréal, où nous faisons une biennale d’Actoral. Je trouvais très juste que sur la première édition de leur présence à Marseille, ils puissent être programmés à Actoral avec l’équipe du BNM. Après, nous ne pourrons plus travailler de cette façon car nous n’invitons pas les directions artistiques à présenter leurs projets. Mais là, c’est un moment assez exceptionnel, leur arrivée conjuguée à la proposition tout à fait atypique, au sein du MuCEM, pour l’ouverture du festival. C’est tout à fait passionnant. On découvrira des jumpers, des danseurs du BNM et les nouveaux sélectionnés tout dernièrement.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Interview réalisée le mercredi 18 septembre

Générique

Festival Actoral 19, du 20 septembre au 12 octobre 2019, dans différents lieux. Renseignements et programme ici.
Spectacles à venir de Diphtong Cie :
Désordre, texte, mise en scène et scénographie d’Hubert Colas, du 8 au 10 janvier à La Criée.
Nous campos sur les rives de Mathieu Riboulet, mise en scène et scénographie d’Hubert Colas, du 23 au 26 janvier, au CDN Nanterre-Amandiers.
Superstructure, texte de Sonia Chiambretto, mise en scène Hubert Colas, les 9 et 10 avril, au ZEF – Le Merlan.