ITW : la 40ème édition du festival Les Hivernales

2 février 2018 /// Les interviews

À l’occasion de l’ouverture du festival Les Hivernales ce 2 février, interview d’Isabelle Martin-Bridot, directrice du Centre de Développement Chorégraphique National Les Hivernales (Avignon).

Dès le 2 février, Avignon va vivre au rythme des rendez-vous imaginés par votre équipe et vous-même. Ce mois de danse débute avec des expositions en extérieur, des projections au cinéma Utopia-Manutention. Était-ce une volonté de faire sortir la danse du plateau afin de l’exposer au plus grand nombre ?
Un de nos objectifs est d’ouvrir davantage Les Hivernales sur la ville, en développant leur dimension conviviale, en créant les conditions favorables pour rencontrer de nouveaux publics, les encourager à vivre et à participer à des moments de création artistique. Amener la danse hors des plateaux permet de faire évoluer les modes de rencontres avec les publics et de partager la culture chorégraphique avec celles et ceux qui ne peuvent ou n’osent pas pousser la porte des théâtres.

Se glisse en préambule à la semaine des spectacles du festival, la proposition des élèves de l’ESAA et des étudiants SUAP pour célébrer 40 ans de danse. Convoquer la jeunesse à porter un regard sur l’histoire de la danse est un acte fort. Qu’est-ce que cela représente pour le CDCN ?
« Pour comprendre ce qui est en train de naître, il faut que le passé fasse partie de notre regard. Il faut se relier à l’histoire pour comprendre le présent (…) et tenter de se projeter dans l’avenir » Jean-Claude Ameisen Sur les épaules de Darwin (extrait) c’est tellement bien dit !
Les Hivernales CDCN ont aussi une mission de transmission de cette culture chorégraphique. Je suis heureuse de voir avec quel enthousiasme et quelle rigueur les étudiants de l’Atelier chorégraphique du Service Universitaire des Activités Physiques et Sportives dirigé par Audrey Abonnen sont partis sur les traces de l’écriture chorégraphique de Daniel Larrieu ou Maguy Marin. Les éléves de l’ESAA de Lydie Toran se sont quant à eux emparés de la question de l’anniversaire naissance… tous ces étudiants(es) présenteront leurs travaux sur le plateau du CDCN… ils ont aussi préparé ensemble la déambulation chorégraphique en Hommage à Pina Bausch. Ils et elles sont les publics et les artistes de demain donc il est vraiment encourageant qu’ils et elles manifestent l’envie de réactiver cette mémoire commune de l’histoire de la danse.

La programmation danse débute avec le spectacle de Yoann Bourgeois. Est-ce qu’il s’agit d’une envie de montrer l’une des formes de la danse contemporaine en ouverture de festival ?
Nous sommes convaincus qu’il est nécessaire d’offrir au public une vision globale de la danse par des choix artistiques ouverts, nous sommes très attentifs à proposer une diversité des styles et des esthétiques. La danse se nourrit et s’enrichit des rencontres avec d’autres champs artistiques avec d’autres langages. Cette transdisciplinarité permet aussi d’encourager la circulation des publics.
Yohann Bourgeois est un artiste pluridisciplinaire extrêmement exigeant.
Minuit – Tentatives d’approches d’un point de suspension est un spectacle poétique et drôle qui sait s’affranchir du spectaculaire à tout prix.

Rock’n Chair d’Arthur Perole dans la programmation d’HiverÔmomes©Nina Flore Hernandez

La programmation du festival Hiverômomes attire de plus en plus de public. Quel est l’impact de ce festival auprès de votre public ? Quelles évolutions voyez-vous dans les propositions des compagnies faites au jeune public ? Quelle est la place de la danse dans les actions artistiques éducatives ?
Le travail avec les enfants et les adolescents notamment, est une mission permanente, passionnante et porteuse d’avenir. Depuis de nombreuses années nous avons a mis en place des actions de sensibilisation en direction des publics scolaires. Les spectacles proposés dans le cadre des Hiverômomes sont l’occasion pour eux de faire l’expérience de spectateurs dans leur parcours de sensibilisation à la danse.
Nous sommes encouragés par l’engouement du public scolaire et des enseignants avec lesquels nous sommes en lien pour de nombreux projets d’éducation artistique et culturelle (EAC) 38 établissements en 2017.
Ici aussi l’implication de partenaires comme Art vivants en Vaucluse, l’association Éveil Artistique des jeunes publics ou le théâtre Golovine nous permet de proposer une programmation plus riche. Nous sommes attentifs à proposer des spectacles de qualité et à mettre en place un accompagnement spécifique pour les classes. Mais les enfants peuvent aussi venir avec leurs parents et même partager un atelier de pratique !

Daniel Larrieu est le fil rouge de cette édition. Quelle histoire lie Les Hivernales au chorégraphe ?
Daniel Larrieu me semblait l’artiste incontournable pour être le compagnon, le témoin de cette édition. Il est un fidèle des Hivernales bien entendu. Il est aussi une des figures de ce que l’on a appelé «La nouvelle danse» en France. Enfin, il a une actualité extrêmement riche, puisqu’il vient de créer Littéral (à l’occasion de ces 60 ans) une pièce qui se veut à la fois acte de transmission et de création.

Une édition tournée vers le futur

Cette 40ème édition est tournée vers le futur. De jeunes compagnies trouvent leur place au sein de la programmation. Quels espoirs soulèvent-elles pour vous ?
Cette nouvelle génération continue de porter une danse très variée et riche de langages très divers. Rafael Smadja et Jann Gallois tous deux issus de la technique hip-hop se détachent de son stéréotype performatif, Mathieu Desseigne et Sylvain Bouillet mêlent cirque et danse contemporaine quant à Liam Warren, qui a pendant huit ans travaillé auprès d’Angelin Preljocaj, invente une danse très épurée très précise et ciselée.

Jaguar de
Marlene Monteiro Freitas ©Laurent Paillier

On notera les propositions de Marlene Monteiro Freitas, de Michaël Allibert, de Maguy Marin, de Sine qua non, des compagnies aux esthétiques radicales, performatives. Souhaitez-vous que le public vive des expériences avec certaines propositions ?
La présence des artistes parmi nous est une chance formidable. Leur impertinence ou leur interrogation sur notre époque bousculent parfois nos certitudes, ouvrent nos regards. Pousser la porte d’un théâtre c’est accepter d’être déstabilisé, surpris ou enthousiasmé par des moments d’émotion voire d’exception. C’est notre rôle de proposer des spectacles ou des œuvres qui nous poussent hors de nos zones de confort.

Le festival ne serait pas ce qu’il est sans les ateliers. Quelles sont les nouveautés de ce côté là ?
Chaque année nous proposons des ateliers avec les artistes qui sont présents au festival, cette année une masterclass avec Jann Galois, Daniel Larrieu, Ulisses Alvanez danseur de Maguy Marin par exemple.
Ce qui est important c’est que vous soyez amateur ou professionnel, que vous ayez 5 jours devant vous ou juste une heure pour découvrir une pratique … vous pouvez entrer dans la danse !

Quel rêve faites-vous pour les années futures ?
Comme je l’ai dit à la fin de mon édito que le puissant élan créatif de tous ces artistes rassemblés à Avignon, que la mobilisation de tous nos partenaires et du public pour nous accompagner dans la préparation de cette édition, nous donnent des ailes et nous laissent espérer de nouvelles ambitions pour Les Hivernales – Centre de développement chorégraphique national et la danse à Avignon.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson

Le festival Les Hivernales – 40ème édition, du 2 février au 3 mars 2018.
Tous les renseignements ici.