Le Billet de Francis : La Cerisaie – FDA21

9 juillet 2021 /// IN
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« Finalement arrivés ici pour toujours, oh de retour. » Litanie du début chantée vraiment plusieurs fois… LA CERISAIE TIAGO RODRIGUEZ. COUR D’HONNEUR DU PALAIS DES PAPES. Festival d’Avignon.

Les mots se mélangent et je dois dire que je suis partagé entre avoir aimé pendant et n’avoir plus aimé après. Aujourd’hui je crois savoir que la pièce n’est pas UNIQUEMENT La Cerisaie, mais La Cerisaie AVEC Isabelle Huppert.

C’est l’écueil auquel n’a pas échappé le futur Directeur du Festival d’Avignon qui jouait en tant que tel, hier soir sa première carte et non sans risque. C’est La Cerisaie Isabellehuppertée, dont on attend les moindres gestes. C’est la Cerisaie qui pleure lorsqu’elle pleure, qui se nostalgise lorsque elle est nostalgique, qui s’étiole et disparaît lorsqu’elle s’assoit au fond du plateau. C’est risqué tout ça. C’est l’urgence du casse-pipe, c’est peut-être le gouffre où il ne fallait pas tomber. Hier soir, elle a transformé la Maison-Cerisaie en demeure Palais, dépourvu de ses charmes, encombrée de chaises musicales qui meublent le plateau des cerisiers absents.

Voilà pour hier soir les raisons d’un contentement mitigé des spectateurs.
Voir la Cerisaie, c’était voir ce que voulait en faire Tiago Rodriguez, c’était voir la nouvelle dimension des gradins de la Cour, c’était voir le nouveau plateau et voir des Comédiens, voir une mise en scène, voir Isabelle Huppert enfin, après Médée ou ses lectures robe rouge d’une icône cinéma dans le vent. Tout cela mélangé donnait l’espoir, donnait confiance dans le progrès, l’avenir, plus encore le changement. C’était aussi aborder l’avenir d’un lieu de tant de passé consommé, c’était voir disparaître La Cerisaie vendue et devenir le lieu de tous les désastres.

Ce soir là, Isabelle Huppert a la fois dominante et frêle, enfant dépassé et irresponsable, Isabelle Huppert ne devenait pas l’héroïne de Tchekhov mais devenait soudain l’ombre désincarné d’une revenante hystérique. Ses acolytes, en parfait interprètes, s’opposant à son énervement fabriqué, trouvaient leur rôle d’une manière impeccable, tous rayonnant à leur place, mais sans jamais rejoindre ceux de Peter Brook ou même approcher le génie de Jean Paul Roussillon.

Se dégageait alors pendant quelques minutes trop longues un sentiment de confusion. Elle semblait perdue, absolument absente à elle-même, comment dire, comme si Isabelle Huppert devenait la caricature d’elle-même, arpentant, comme souvent, des distances trop grandes pour elle, le regard perdu, trop vide parfois, grimaçant souvent… Dommage que l’âme russe n’ait pas envahi son costume carapace. Dommage et regrets…

On ne peut pas oublier que ce fut quand même une Cerisaie contemporaine moins vague à l’âme, moins évanescente…. moins Pitoëff, moins… pas assez… enfin une autre Cerisaie… C’était la première… il faut certainement croire aux progrès, aux peaufinements, croire qu’elle trouvera un registre plus intérieur… revoir alors La Cerisaie Rodrigez plus… différente.

Texte et visuel : Francis Braun

Générique

La Cerisaie jusqu’au 17 juillet à 22h – Cour d’Honneur Palais des Papes

Avec Isabelle HuppertIsabel AbreuTom AdjibiNadim AhmedSuzanne AubertMarcel BozonnetOcéane CairatyAlex DescasAdama DiopDavid GeselsonGrégoire MonsaingeonAlison Valence
Et Manuela Azevedo, Hélder Gonçalves (musiciens)

Texte Anton Tchekhov – Traduction André Markowicz et Françoise Morvan – Traduction en anglais pour le surtitrage Panthéa – Mise en scène Tiago Rodrigues – Collaboration artistique Magda Bizarro – Scénographie Fernando Ribeiro – Lumière Nuno Meira – Costumes José António Tenente – Maquillage, coiffure Sylvie Cailler, Jocelyne Milazzo – Musique Hélder Goncalves (composition), Tiago Rodrigues (paroles) – Son Pedro Costa – Assistanat à la mise en scène Ilyas Mettioui

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