#FDA18 : Avec Jan Martens et Mickaël Phelippeau, l’intime mis au plateau

24 juillet 2018 /// IN - Les retours

Programmées au CDCN Les Hivernales, dans le cadre du Festival d’Avignon, les pièces chorégraphiques de Jan Martens et Mickaël Phelippeau exposent l’intime sur scène. Retour.

Dans la peau de Jan Martens

C’est derrière son ordinateur, posé sur une table en bord de plateau, que le chorégraphe belge attend son public. L’écran de son Mac, projeté sur un écran en fond de scène, nous permet de partager son intimité professionnelle (nous avons accès aux e-mails, à son planning des jours à venir, au budget de ses créations en cours…) et quelques selfies qu’il prend durant l’entrée des spectateurs.
Le spectacle débute ainsi, dans une certaine décontraction. Puis, lorsque tout le petit monde est installé, Jan Martens inscrit sur une page blanche les 13 points qui vont constituer ce Ode to the attempt, à traduire par Ode à la tentative.
C’est avec beaucoup d’humour, de dérision et une intention de jeu particulière que Jan Martens exécute ses préceptes. Mêlant ses histoires intimes (Tentative d’envoyer un message caché à mon ex) à l’art chorégraphique (Tentative de commencer à bouger, Tentative de devenir classique, de devenir minimaliste), le chorégraphe déclenche rires et adhésion totale du public pour la cause de son art à danser. La Tentative de remercier les morts vivants est d’une élégance et d’une beauté réelle. Le chorégraphe exécute ses fameux pas devant le mot EXIT, dont l’inscription rose apporte douceur et recueil.
L’enjeu de créer une partition en 13 points donne irrémédiablement un compte à rebours lancé dès le point numéro 2. Lorsqu’il annonce de se souvenir des tentatives 12 et 13 qui vont disparaître de l’écran (celle de créer une image qui restera dans vos esprits et celle de saluer), on touche du doigt l’éphémère de cet art si précieux qu’est la danse.
Jan Martens termine sa proposition avec un large sourire et un « Merci » adressé au public. Un merci qui lui est rendu avec des applaudissements nourris.

Ben & Luc, un voyage en terre burkinabée

En guise de seconde partie de programme, le chorégraphe Mickaël Phelippeau, connu pour sa collection de portraits dansés, présente Ben & Luc. Les deux danseurs burkinabés, Ben Salaah Cisse et Luc Sanou, vont alors nous raconter leur pays, leurs terres, leurs vies, leurs traditions.
La proposition est une collection de cartes postales envoyée à l’adresse du public. Elles sont autant de moyens de se confronter à un ailleurs, fantasmé parfois mais d’une réalité où la tradition côtoie les attentes de la contemporanéité.
C’est un voyage que nous propose ce duo. Des danses traditionnelles burkinabées aux sons du titre The beat de Mani Bella, en passant par les revendications démocratiques d’un pays en souffrance, le public vit un véritable choc des cultures.
Si cela passe par la danse, la représentation mentale que l’on peut se faire des corps en mouvement doit être ici oubliée. En effet, Ben et Luc ont leur propre langage corporel métissé par l’ici et cet ailleurs dévoilé.
Le duo se retrouve dans une danse magnifique, faite de portés, sur la chanson de Victor Démé, Djon Maya. Cette touche sensible enveloppe le public dans son étreinte. Une étreinte durant laquelle la fraternité du duo éclate aux yeux du public.
Le chorégraphe a mis un peu de lui dans cette proposition, lorsqu’en fin de représentation, le duo se met à danser les pas de danse bretonne. Un petit clin d’œil appréciable et joyeux pour celles et ceux qui connaissent son travail.
Mickaël Phelippeau poursuit ainsi ses portraits chorégraphiés, exercice qu’il affectionne particulièrement. Cependant, l’enjeu semble ici d’une plus grande importance que lors de ses précédentes créations. Il semble être double, celui de raconter deux histoires, celles d’une fraternité et d’un pays. La tâche devient alors plus compliquée à certains moments. Si le duo parvient à rattraper son public lorsque ce dernier semble être perdu, on ne doute pas que Ben et Luc trouveront les ressorts nécessaires afin de faire éclater sur les plateaux tout les possibles de ce geste chorégraphique. Un duo généreux qu’il convient de croiser.

Laurent Bourbousson

Ode to the attempt de Jan Martens, jusqu’au 24 juillet,  à 15h et 18h30 au CDCN Les Hivernales, dans le cadre de la programmation du Festival d’Avignon.
Interprète Jan Martens
Retrouvez Ode to the attempt en tournée sur la saison 18/19. La pièce Rule of three de Jan Martens sera programmée lors du festival Les Hivernales, le 11 février à la Scène Nationale La Garance.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

Ben & Luc de Mickaël Phelippeau, jusqu’au 24 juillet, à 15h et 18h30 au CDCN Les Hivernales, dans le cadre de la programmation du Festival d’Avignon.
Interprètes Ben Salaah Cisse, Luc Sanou | Chorégraphie Mickaël Phelippeau | Collaboration artistique Claire Haenni | Regard dramaturgique Anne Kersting | Lumière Abigail Fowler | Son Eric Yvelin
Retrouvez Ben & Luc en tournée sur la saison 18/19. La pièce Footballeuses de Mickaël Phelippeau sera programmée lors du festival Les Hivernales, le 16 février au CDCN Les Hivernales.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage