Francis Braun, auteur pour Ouvert Aux Publics

/ Francis Braun

À 10 ans, on m’avait acheté un costume pour aller au Châtelet voir l’Auberge du Cheval Blanc.
À 11 ans, on m’a emmené voir Arturo Ui avec Jean Vilar au T.N.P.
Juste après, j’ai vu Les Troyennes toujours à Chaillot avec Judith Magre, Eléonore Hirt, Françoise Brion et Jean Martinelli.
À 15 ans je fus un fidèle des Amandiers à Aubervilliers. Quand je dis “fidèle”, je veux dire que j'allais voir tous les spectacles qui s’y donnaient.
Par chance, le critique du Masque et la Plume Gilles Sandier fut mon professeur au lycée et, sur ses judicieux conseils, j’allais régulièrement au théâtre.
En m’installant près d’Avignon, après avoir quitté Paris, le Festival était LE lieu rêvé et la coïncidence était magique.

Depuis 1974, j’ai vu 30 spectacles environ par an dans la Cité des Papes. Pour faire court, cela fait 1320 spectacles....
Impossible de résumer le nombre d’heures, bien ou très mal assis sur les gradins ou dans des salles étouffantes, mais je vous assure que mes souvenirs sont impérissables et que pour rien au monde je ne raterai un Festival d’Avignon.
Se souvenir d’inconnus comme Clovis Cornillac ou Charles Berling, se souvenir de Léa Drucker ou Ludmilla Mickaël que personnes ne connaissait, revoir défiler les farandoles de Pina Bausch, voir les premiers essais de Castellucci ou les images de Pipo Delbono, je pourrais écrire un livre....
Il y aurait alors Angelica Liddell, Vincent Macaigne , Lindsay Kemp, André Marcon et Laurence Mayor, Valère Novarina, ovni total à l’époque. Il y aurait Samy Frey, Rufus, Dominique Valadié, Serge Merlin, Alain Cuny et Michael Lonsdale. On pourrait revoir Isabelle Huppert et Jean-Quentin Châtelain dans la Cour d’Honneur, s’asseoir avec Les Deschiens que personne n’osait aller voir parce qu’ils ne s’étaient jamais produits nulle part... Olivier Dubois qui dansait nu sur le plateau de la Cour d’Honneur... sans oublier Tadeusz Kantor, Dave Saint-Pierre, Bartabas qui faisait ses débuts dans les rues d’Avignon ou la Voliere Dromesko, fidèle au marabout qui est toujours dans leur spectacles.... May B, Galotta, Anne Teresa De Keersmaeker, Angelin Preljocaj, fascinant au début, , Carolyn Carlson et ses gllissades sur la scène.... stop, faut s’arreter !
J’ai l’air d’un vieux pépé, mais je reste toujours le spectateur du début, avec autant d’ardeur, autant d’enthousiasme et autant de passion que le jour où je suis rentré pour la première fois dans une salle.

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