Le Festival Parallèle 11 est en ligne jusqu’au 7 février 21

2 février 2021 /// Les retours
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Vous avez jusqu’au 7 février pour (re)voir certaines propositions du Festival Parallèle, le festival international des pratiques émergentes danse, théâtre, performance, arts visuels qui s’est tenu à Marseille du 24 au 31 janvier 21. Nous avons assisté aux représentations de O Samba do Crioulo Doido de Luiz de Abreu et Rive de Dalila Belaza.

Nous n’avons pas boudé le plaisir d’être présents au Ballet de Marseille pour l’un des derniers jours de la programmation du Festival Parallèle. Et nous avons aimé entendre des applaudissements et ressentir l’émotion et l’attention que peut procurer le seul fait de la représentation. Et à l’heure où se multiplient les diffusions de spectacles, on peut vous certifier que rien ne remplace la présence des danseu·r·se·s, comédien·ne·s ou performeu·r·se·s et des publics dans une salle de spectacle.

O Samba do Crioulo Doido de Luiz de Abreu par Calixto Neto

C’est l’histoire d’une transmission, celle d’une pièce d’un chorégraphe à un danseur. L’événement réduit à cela passerait pour banal. Mais si l’on ajoute que c’est l’histoire d’une transmission d’un chorégraphe noir et brésilien à un danseur originaire de Recife, installé en France depuis 2013, on mesure alors toute l’importance de ce geste.

Si la création de ce solo coïncide au Brésil avec l’arrivée de Lula au pouvoir, avec la présence de Bolsonaro, aujourd’hui, le caractère politique de la pièce se décuple. Et pas seulement si vous êtes natifs du Brésil. En effet, que vous soyez d’ici et d’ailleurs, O Samba porte un sujet universel, celui des luttes, pour toucher juste.

Luiz de Abreu déconstruit les stéréotypes, un à un, pour donner à voir, au sens propre comme au figuré, un corps nu. Ici, c’est celui de Calixto Neto, magnifique interprète, qui s’est vu confié ce solo.

Pour cette Samba du nègre fou, il fallait un interprète à la hauteur de l’enjeu. Calixto Neto est cet interprète, à la prestance brillante, qui attache votre regard tout du long de la pièce. Du haut de ses bottines plateformes, les images de danseuses de samba, de divas des carnavals, qu’il interprète le transforme en un objet de fantasmes. L’esthétisme de la pièce et l’humour transgressif rendent encore plus actuelle la portée politique de cette pièce. À l’heure des Black Lives Matter et autres questions de dominations raciales, O Samba do Crioulo Doido résonne fortement pratiquement 20 ans après sa création.

Sur YouTube, Luiz de Abreu danse et parle de son solo (le caractère nudité étant retenu, il vous faudra attester de votre majorité en ouvrant une session) et sur Numeridanse, l’interprétation de Calixto Neto.

Rive de Dalila Belaza

2009 est pour moi l’année de découverte de Dalila et sa sœur Nacera à travers la pièce chorégraphique Le Cri. Depuis, que ce soit en forme solo ou duo, le travail de cette danseuse-chorégraphe s’entoure d’une esthétique forte pour être reconnaissable et vient mettre en lumière une partie de ce qui fera histoire pour la danse contemporaine.

Aujourd’hui avec sa nouvelle création Au Cœur, Dalila Belaza questionne la culture d’appartenance par le prisme du groupe de danse folklorique, Lous Castellous de Sénergues en Aveyron. Invitée par (LA) HORDE et Parallèle, la chorégraphe a fait résonner ses recherches avec les danseu·r·se·s du Ballet National de Marseille, lors d’un workshop d’une semaine à la fin de laquelle a été créée Rive.

Tout commence dans la pénombre. Des pas de danse de pieds chaussés de sabots se font entendre. Puis, un accordéoniste se met à jouer. L’apparition des 3 interprètes âgés du groupe Lous Castellous plonge le public dans une autre époque, pas si éloignée de la nôtre en fin de compte, mais suffisamment pour poser un regard nourri d’imaginaire.

Ce trio va s’effacer et laisser place au groupe venu du lointain. La rythmique donnée par le battement du pied sera la même tout au long de la pièce. Mais ici, la danse sera autre, plus tribale invitant à la transe.

Dalila Belaza dépose sur nos rives imaginaires les mots d’évolution sociétale, de transmission, d’héritage et pousse le public à s’interroger sur nos histoires individuelles et communes qui font le « Nous ensemble » que nous devons vivre.

L’ensemble des danseu·r·se·s viendront saluer à l’unisson à la fin de la représentation. Folklore et danse contemporaine ont trouvé un terrain d’entente, celui du pas qui résonne à notre oreille encore aujourd’hui.

Rive se visionne ici jusqu’au 7 février.

Laurent Bourbousson

Générique

O Samba do Crioulo Doido
Conception, direction, chorégraphie, scénographie, costumes et production Luiz de Abreu | Interprète Calixto Neto | Collaboration artistique Jackeline Elesbão, Pedro Ivo Santos, Fabrícia Martins | Création lumière Luiz de Abreu, Alessandra Domingues | Régisseur général Emmanuel Gary | Bande son Luiz de Abreu, Teo Ponciano | Assistant de production Michael Summers

La Rive
Interprètes les danseu·r·se·s du Ballet national de Marseille.

Pour accéder aux représentations en ligne jusqu’au 7 février : festival11.plateformeparallele.com , puis sélectionner un spectacle en ligne et appuyer sur Ressources.

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