Rencontre chorégraphique La danse se livre avec Maxence Rey, Camille Mutel, Frank Micheletti

13 juillet 2018 /// Les retours - VU #OFF

En collaboration avec le CDCN Les Hivernales, le blog anime les rencontres chorégraphiques au Village du Off, La Danse se livre. La première rencontre a eu lieu le lundi 9 juillet avec les chorégraphes Maxence Rey (Compagnie Betula lenta), Camille Mutel (Compagnie Li-luo) et Frank Micheletti (Kubilai Khan Investigations). Retour sur les spectacles présentés durant ce #OFF18. 

Black Belt de Frank Micheletti

Si vous interrogez le chorégraphe sur Idio Chichava, son interprète fétiche, il dira de lui qu’il est sa danseuse étoile. C’est dire la présence et prestance scénique de l’interprète. Effectivement, il y a de cela chez Idio Chichava. Je l’ai découvert chez Kubilai Khan Investigations avec Espaço Contratempo (2009), alors qu’il officiait déjà au sein de la compagnie. Si dans cette proposition, Idio Chichava se dansait, avec Black Belt, il raconte son pays, ses ancêtres, la violence héritée de l’Histoire, puis le renouveau avec cette idée de s’accrocher à l’espoir, celui de vivre librement et de trouver une voie.

L’interprète ne quitte pas son espace de jeu délimité par des barres de néons. Les lumières d’Ivan Mathis sont chaudes, froides, glaciales, et éclairent un pays, celui de l’interprète. Du post-colonialisme à l’ère du capitalisme, tout irigue le corps de l’interprète. De ses mouvements saccadés, qui viennent ponctués une danse qui se libère peu à peu et non sans difficultés, Idio Chichava danse son peuple, son Afrique pour que chacun la saisisse et la voit avec un nouveau regard.

Si vous prêtez attention, dès votre entrée en salle, vous entendrez un bruit sourd, un fond sonore qui vient de loin, comme un appel à observer, à être conscient de notre monde. Frank Micheletti interprète une bande sonore ensorcellante, stimulante, qui agite l’ouïe. La musique renforce ainsi le propos de la pièce, celui de garder les yeux grands ouverts sur une Afrique en devenir.

Black Belt de Franck Micheletti, jusqu’au 17 juillet, à 11h30, au CDCN Les Hivernales
Chorégraphie et musique live Frank Micheletti | Interprète Idio Chichava | Création lumières Ivan Mathis

Go, go, go said the bird de Camille Mutel

Camille Mutel propose une véritable expérience sensorielle avec Go, go, go, said the bird. Son travail autour de l’érotisme et du désir est fait avec une grande élégance. Camile Mutel partage le plateau avec Philippe Chosson pour la partie mouvements et Isabelle Duthoit pour la musique et chant.

La proposition commence par une grande respiration de cette dernière. Une inspiration venue du plus profond de son être et qui emplit l’espace (il en sera ainsi de toutes les onomatopées et sons scandés par la chanteuse qui est clarinettiste). Comme un acte cérémoniel, qhaque interprète a une place précise. Tout est codifié dans le jeu. Camile Mutel crée un espace dans lequel les contraintes quotidiennes s’effacent. Elle libère l’esprit, fait tomber les obstacles pour mettre au centre de sa pièce le terme d’envie.
Oui, connaître l’envie de l’autre se mue en chaque geste, dans chaque regard. Bien plus qu’une écoute, c’est une attention particulière qui circule entre les interprètes. Le public positionné en tri-frontal n’échappe pas ainsi au jeu que le regard peut mettre en place. Du public aux interprètes, il est lui aussi en mouvance. Le regard en croise un autre, retourne aux interprètes, aux détails que peuplent Go, go, go, said the bird.

Les interprètes invitent le public à prendre conscience de la charge de désir et d’érotisme que chacun possède, d’être à l’écoute du désir réel. Les phtographies et vidéos d’Osamu Kanemura projettées en fond de salle sont pour rappeler la course effrenée de l’humain qui en oublie le plaisir.
Subtil et délicat sont les adjectifs qui viennent en tête lorsque les interprètes saluent le public.

Go, go, go, said the bird de Camille Mutel, jusqu’au 19 juillet, à 22h45, aux Hauts Plateaux.
Conception Camille Mutel avec la collaboration de Philippe Chosson (danse) et Isabelle Duthoit (chant) | Création lumière régie Phil Colin | Vidéo et photographies Osamu Kanemura | Costumes Eléonore Daniaud

Anatomie du silence de Maxence Rey

Préparez-vous à plonger au plus profond de vous-même avec Anatomie du silence de la chorégraphe Maxence Rey. La chorégraphe dit de sa proposition qu’il s’agit d’un moment suspendu. Effectivement, elle agit de cette façon. Elle aspire le regard et vous projette dans un temps à-côté, pas celui qui vous pousse à courir, non un à-côté qui vous fait prendre conscience toutes les composantes physiques d’un corps.
C’est une invitation à entrer en communion avec son intérieur qui se met en place sur le plateau. La chorégraphe exécute des micro-mouvements qui ont pour effet de vous faire ralentir votre respiration, votre agitation intellectuelle également. Une quiétude envahit celui qui se laisse aller là où Maxence Rey est déjà.

Son corps devient le théâtre de tous les possibles. Un bras qui se lève, une main qui se pose, le dos qui se creuse, sont autant de gestes accomplis avec lenteur et plénitude. Les formes géométriques, qui se dégagent des figures, racontent le corps que chacun possède. Cyril Leclerc l’éclaire parfaitement et devient un lieu mystèrieux auquel on accorde alors que très peu d’attention. De sa position couchée à celle de debout, Maxence Rey inscrit le corps dans une poétique corporelle, celle de ressentir, de prendre possession à nouveau de son corps jusqu’ici dépossédé.
La marche qui suit votre sortie de salle sera à l’image d’Anatomie du Silence, une marche ralentit pour être au rythme de votre écoute.

Anatomie du silence de Maxence Rey, jusqu’au 16 juillet, à 19h35, à La Manufacture.
Chorégraphie et interprétation Maxence Rey | Installation visuelle et création lumière Cyril Leclerc, assisté de Jenny Abouav | Création sonore Bertrand Larrieu | Costumes Sophie Hampe | Regard extérieur Corinne Taraud

Laurent Bourbousson

Prochaine rencontre La danse se livre, au Village du Off, le samedi 14 juillet à 14h. Renseignements : ici.
Crédit photo : Black Belt ©Laurent Thurin-Nal