Sublime Canzone per Ornella de Raimund Hoghe

7 septembre 2018 /// IN - Les retours

Il en est ainsi, certains auteurs reviennent sur le devant de la scène pour retomber dans les oubliettes et réapparaître un beau jour. Et par deux fois, voire peut-être plus mais cela a pu nous échapper, la figure de Pier Paolo Pasolini a habité la fin du Festival d’Avignon en mode FDA. Retour.

Mardi 24 juillet 2018. Dernière représentation pour Ornella Balestra, Raimund Hoghe et Luca Giacomo Schulte. Dernier jour du Festival d’Avignon. Derniers applaudissements et dernières huées pour cette œuvre majestueuse du dramaturge et chorégraphe Raimund Hoghe.

Ornella Balestri illumine la scène par sa seule présence. L’ondulation des corps au rythme de Ciao, amore, ciao, les déplacements sublimes aux sons de Col Tempo de Dalida, ou encore cette partition chorégraphique délicate et émouvante du Lac des Cygnes interprétée par la danseuse chère à Maurice Béjart racontent bien plus à celles et ceux qui veulent bien s’ouvrir à cette proposition.

Canzone per Ornella est une pièce d’orfèvre, dentelé et minutieuse, construite comme un canevas. C’est une œuvre où chaque fil s’entremêle à l’autre pour ne faire qu’un, un hymne à la vie, à l’amour, à une interprète, au corps dans toute son acceptation. La seule évocation de ce spectacle fait réapparaître des figures iconiques, des images, des émotions fortes au détour de chansons italiennes populaires ou encore des poèmes de Pasolini dits par l’auteur en personne en langue italienne, à moins que ce ne soit celle du dialecte du Frioul, région qui l’a vu naître.
Et c’est justement avec la voix de Pasolini, même si aucun surtitre n’apparaît, que l’émotion devient plus forte, comme une empreinte à jamais liée aux intentions artistiques souhaitées par Raimund Hoghe. Le rythme que donne l’auteur à ses mots entraîne dans son sillage les pensées intemporelles auxquelles la condition humaine se doit de répondre : comment vivre dans un monde assourdissant, celui de la déliquescence de l’hégémonie des Etats ?

La lecture de la lettre de Yaguine Koita et Fodé Tounkara, migrants retrouvés morts en 1999 dans le train d’atterrissage d’un avion à leur arrivée en Belgique, en provenance de Guinée, âgés de quatorze et quinze ans, avec la voix froide de Raimund Hoghe, et une Ornella Balestra érigée en Madone montrent bien à quel point rien ne se meut et nous renvoient à notre triste réalité quotidienne, celle d’un monde dans lequel la pensée est en déclin. Un peu comme à l’image du public ce soir-là, celles et ceux qui lisaient la gravité derrière l’acte créatif et celles et ceux qui n’avaient, vraisemblablement, rien à faire ici et qui ont hué cette pièce.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

Canzone per Ornella de Raimund Hoghe a été vu le mardi 24 juillet 2018 dans le cadre du #FDA18

Interprètes Ornella Balestra, Raimund Hoghe, Luca Giacomo Schulte | Mise en scène, chorégraphie, scénographie Raimund Hoghe | Collaboration artistique Luca Giacomo Schulte | Lumière Raimund Hoghe, Amaury Seval