T’façon on est en 2012 de Loraine Dambermont
La chorégraphe belge Loraine Dambermont développe sur réflexion sur la violence dans la société contemporaine. Une pièce d’orfèvre.
Trois personnages sombres.
On va en découdre.
On est là pour ça.
Nous aussi, spectateur, on est là pour ça. On connaît le sujet, ça va être dur !
On n’est pas là pour rigoler !
(Tiens ?… Les vestes sont de couleur à l’intérieur.)
Comment réussir à démonter toute cette violence ?
Comment sans la dénaturer, sans la sous-estimer, réussir à la moquer tout de même ?
Comment la faire redescendre d’un étage ? De plusieurs même.
Des égos, de gros égos !
De la souffrance individuelle aussi. Des égos blessés en fait…
Pas vraiment de la haine, mais de la colère, du malaise, de la frustration.
Ça fait peur.
Le langage chorégraphique boucle. Comme le son…
On se répète volontairement pour coller à cette oralité peu développée et répétitive.
Ne pas la prendre au sérieux cette violence, pour ne pas (plus) lui laisser la possibilité de s’auto nourrir. Loraine Dambermont réussit à nous faire voir et penser qu’il ne faut pas nourrir la peur, car c’est la faire vivre. Elle réussit à la déconstruire « pas à pas » par une master-class de démontage en pièce. Mais pourquoi ? Pour voir ce qu’il y a dessous.
Le développement de ce mal-être va jusqu’à son paroxysme.
Jusqu’au ridicule.
Jusqu’à n’être plus qu’une bête, un animal.
Sans parole.
Juste faire du bruit,
Aboyer et se mettre à nu,
Dépasser, perdre son humanité pour ne plus être que « pulsion »
Sans raison.
Elle nous montre la colère qui fait mal, la douleur, la souffrance individuelle de ceux et celles qui portent cette violence en eux. Elle nous donne à voir l’avilissement qu’amène toute cette violence, poussant l’homme (et la femme parfois n’y échappe pas) à perdre son humanité, retournant ainsi à l’état d’animal hurlant.
Venir au-devant de la scène.
Besoin de se montrer.
Et tout démonter !
Le montage cinématographique à l’envers !
Voir l’envers du décor, ce qui se cache dessous, les trucages…
Pour en finir : « Et c’est terminé »
Mais pas tout à fait !
Il faut le point final, la clôture, la conclusion…Et c’est délicieux !
Pour enfin mettre à la vue de toutes et tous, le ridicule de tout cela.
Comprenons-nous bien : c’est du pipeau !
Une fin au Top ! Ce n’est pas si souvent, on le sait, que les fins sont réussies !
Ici c’est le cas ! Tout est admirablement mené et aboutit !
L’auteur de ce petit bijou construit cette pièce comme une orfèvre. Elle reformule, utilise boucles sonores et boucle chorégraphiques dans un montage millimétré en écho, en résonance avec les mots. Tout est rythme et construction, proche d’un slam gestuel. Parfois l’émotion déborde des corps. Comme s’ils étaient mus par une extériorité « la rage pour la rage ». A contrario dans la deuxième partie, la démonstration des techniques de combat versus le détachement nous positionne dans une dissonance et on bascule presque dans « L’art pour l’art » en quelque sorte. L’effet majeur en est l’humour.
Jamais forcé, le rire s’installe spontanément, petit à petit. On s’autorise un sourire au début, on pouffe, puis on se retrouve à rire avec bonheur ! Et là on se rend compte que les émotions ont changées. Ils ne font plus peur, ils sont ridicules. Leur violence, cette violence est ridicule !
Un superbe spectacle, sur un sujet difficile, qui nous inquiète et nous fait sourire et rire en même temps. Ma conclusion personnelle : la violence nous fait peur, nous sidère souvent et c’est de cela qu’elle se nourrit. J’ai parfois pensé à « La vie est belle » de Roberto Benigni. Quel talent que de transmuter le plomb en or. Un coup de force que de renverser cette violence pour lui faire perdre tout son pouvoir ! C’est ça la vraie alchimie !
T’façon on est en 2026, il est plus que temps de changer de lunettes pour vivre ensemble !
Séverine Gros
Crédit photo : ©Margot Briand
T’façon on est en 2012 jusqu’au 20 juillet au CDCN Les Hivernales – En partenariat avec le Théâtre des Doms et Wallonie-Bruxelles International.
Générique
Création 2025 au Théâtre de Liège dans le cadre de la Biennale de Charleroi danse
Chorégraphie Loraine Dambermont / Interprétation Loraine Dambermont, Maxime Cozic, Jacob Börlin / Création musicale Loraine Dambermont avec la participation de Alain Deval / Direction technique et création lumière Gaspar Schelck / Régie (en alternance) Adèle Evans, Gaspar Schelck / Création costumes Catherine Somers / Réalisation costumes Catherine Somers et les Ateliers du Théâtre de Liège Typographie & vidéo Sam Bodson / Traduction surtitres EN John Porter / Regard extérieur et aide à la dramaturgie Fabien Philippe Marie / Captation vidéo Guillaume Simonin – Shadow film / Développement, communication et
diffusion BLOOM Project – Stéphanie Barboteau – Ilona Gatard – Chloé Thauvin – Nora Benhassine
Production Lodbmt
Production déléguée BLOOM Project
Coproduction et accueils en résidence
Le Théâtre de Liège, Charleroi danse -Centre Chorégraphique de Wallonie- Bruxelles, Les Brigittines, Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Le Gymnase – CDCN Roubaix Hauts-de-France, Pôle-Sud – CDCN
Strasbourg, ICK Artist Space d’Amsterdam, Le BAMP – Bruxelles, De Grote Post – Ostende, Le Théâtre de Suresnes Jean Vilar,
Le Grand Studio – Bruxelles, La Coop asbl et Shelter Prod
Aide Fédération Wallonie-Bruxelles – Service de la Danse
Soutien Taxshelter.be, ING, Tax shelter du gouvernement fédéral belge, de WBI, de la Cocof, et de WBTD