[VU] Aux Hivernales, la claque Soa Ratsifandrihana

11 février 2025 /// Les retours
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Très vite, une atmosphère sereine se dégage du plateau. Alors que le public entre en salle, les interprètes vont et viennent depuis les coulisses, sourire aux lèvres. Chacun apporte un objet ou un tissu et le dépose là, en lieu et place de leur espace, délimité par des néons. À jardin, prône une batterie et une guitare.

Exigu leur espace ? Pas du tout. Bien au contraire. Soa Ratsifandrihana, Stanley Olliver, Audrey Mérilus et le musicien Joël Rabesolo ouvriront des espaces infinis le temps de la représentation : ceux de la perception, de l’intime, du ressenti et de la réappropriation d’une culture. Fampitaha, Fampita, Fampitàna, la comparaison, la transmission et la rivalité en malgache, résument les histoires de vie d’enfants issus de la diaspora des pays colonisés.

L’oralité contre l’oubli

La tradition orale est au centre de la proposition. Les interprètes deviennent les passeurs d’histoires des pays colonisés, revivent des pans d’histoire, et lorsque le mot n’est plus dansent. Construite d’une façon méthodique, la chorégraphie entraîne le public dans une course folle, celle des humanités.

S’échappe de Fampitaha, Fampita, Fampitàna une rage de vivre. Chaque tableau ou action vient raconter un peu plus et panse les plaies. Le récit est dense et nous plonge dans un tourbillon de couleurs, de musiques jouées en live, de saynètes, d’où l’on saisit l’urgence de dire, de partager pour ne pas effacer de nos mémoires leurs histoires. Et chaque acte mérite toute l’attention, que ce soit les cours de prononciation de langues des pays colonisateurs, le fait de plonger sa main dans un bocal de Marshmallows, les noms des rues telles que Gallieni ou Menalamba… tous ont une portée significative comme les costumes signés par Harilay Rabenjamina qui racontent le passé colonial.

Le tableau de fin, saisissant, s’efface petit à petit avec la pénombre grandissante du plateau. On aimerait alors rester avec eux, en leur compagnie, pour écouter et apprendre de leurs histoires.

En créant cette pièce, suite de son documentaire audio Rouge Cratère, Soa Ratsifandrihana livre une pièce politique, joyeuse somme toute, témoignage contre l’oubli des exilés et empreinte d’une force certaine, celle d’exhumer les cultures enterrées par la colonisation.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Harilay Rabenjamina

Fampitaha, Fampita, Fampitàna a été vu le samedi 9 février 2025 dans le cadre du Festival Les Hiverrnales – CDCN Avignon

Générique

Direction artistique Soa Ratsifandrihana / Chorégraphie et interprétation Audrey Mérilus, Stanley Ollivier, Soa Ratsifandrihana / Musique Live Joël Rabesolo / Dramaturgie Lily Brieu Nguyen / Collaboration artistique Jérémie Polin Razanaparany aka Raza, Amelia Ewu, Thi Mai Nguyen / Lumière Marie-Christine Soma / Costumes Harilay Rabenjamina / Son Chloé Despax, Guilhem Angot / Regard sur les questions de transmission et d’identité Prisca Ratovonasy / Textes Sékou Sémega / Regard extérieur Maria Dogahe / Régie générale de création Blaise Cagnac / Régie générale de tournée Thomas Roulleau-Gallais / Régie lumières Diane Guérin, Julien Rauche (en alternance) / Régie son Guilhem Angot, Paul Boulier, Jean-Louis Waflart (en alternance) / Développement, production, diffusion ama brussels – Babacar Ba, Clara Schmitt, Emi Parot, France Morin

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