Vu : avec Le Petit Théâtre du Bout du Monde, sauvons-nous, s’il est encore temps…

17 janvier 2016 /// Les retours
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Avec sa nouvelle création, Ezéquiel Garcia-Romeu interroge notre rapport à l’environnement et devient le chef d’orchestre d’une ultime mise en scène, celle des âmes errantes sur une surface plane. Retour.

©Ezéquiel Garcia-Romeu

©Ezéquiel Garcia-Romeu

C’est à une forme d’un nouveau genre, pensée et souhaitée par Ezéquiel Garcia-Romeu, avec la collaboration de Laurent Caillon, que le dramaturge et marionnettiste nous convie. Avec Le Petit Théâtre du bout du monde, il bouleverse les codes de la représentation proposant au public d’être partie intégrante du dispositif.

Accueilli par celui que l’on peut considérer comme un survivant, manipulé par le marionnettiste dont on se demande qui de l’un l’autre est le prolongement, le public est pris dans la proposition d’emblée. Il y a cette main humaine que laisse échapper la marionnette, geste furtif qui questionne la trace. Qu’était cette main ? à qui appartenait-elle ? à quoi ressemblait-elle ?
Le survivant, genre de personnage rapiécé, nous invite à le suivre et à prendre place autour d’un cube. Il nous dévoile son monde, lieu de toutes décisions. Une télé à l’image brouillée, des toilettes, un tourne-disque et autres objets constituent sont environnement direct, sorte d’abri anti-nucléaire. Au-dessus, à l’air libre, sur une surface plane, 3 personnages, figés, attendent.
La sonnerie d’un téléphone retentit. Il appelle l’extérieur. Aucune personne du public ne se lève pour décrocher. Il raccroche et recompose le numéro de l’extérieur. Il s’impatiente et tape à la fenêtre face à ceux qui lui font face. Une personne décide enfin de se lever et de parler avec Ezéquiel-survivant. Il lui donne les consignes de jeu : le public peut se lever, tourner autour du cube, il doit être alerte.

La structure dramaturgique de la pièce est construite autour de trois articles parus dans le journal Le Monde. Tous sont en rapport avec l’écologie, la question du changement climatique et de ses répercussions sur nos vies, sur l’interrogation de notre nouvelle ère, et sur la place de l’artiste auquel on demande de créer pour inviter à la réflexion.
Les trois personnages vivant au-dessus du cube, (l’hommme aux sacs plastiques, la vieille dame à la porte, et la jeune dame qui attend l’autobus) sont l’image de 3 états de vies et racontent les désenchantements du monde. Ils questionnent le rôle que le citoyen joue, si chacun doit alors continuer à le tenir pour survivre à ce qui est la plus grande guerre déclarée : celle du changement climatique précipité par l’humain. Les trois personnages, qui vivent dans cette sorte de no man’s land, pourraient répéter leurs gestes à l’infini. Bien que poétiques, ils ne peuvent empêcher l’irrémédiable catastrophe vers laquelle nous nous acheminons.

Dans son laboratoire, le survivant s’amuse avec les objets de notre quotidien. Il nous invite à poser un regard sur ce qui ne sera peut-être bientôt plus. Il invite une personne à prendre le thé chez lui, actionne son tourne-disque, fait pédaler une autre personne lorsque l’électricité se coupe. Entouré de deux assistants et d’un squelette, prenant des airs de M. Loyal, il ne ménage pas ses efforts, entre poésie et urgence, pour faire état du monde.Il y a cette image qui reste gravée, celle d’un de ses assistants, téléspectateur de la télé aux images brouillées, qui se grille la cervelle.

Ezéquiel Garcia-Romeu questionne le public sur l’état des actions pour donner une suite à la vie et son petit théâtre du bout du monde, à la forme aboutie et aux propos politiques, invite à s’engager, sans retenue.

Le Petit Théâtre du bout du monde a été vue lors du week-end marionnettes au Théâtre d’Arles, les 8 et 9 janvier.
Vous pouvez retrouver son interview ici.
Laurent Bourbousson
Photo : ©Ezéquiel Garcia-Romeu

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