VU : Avec Miwa, entrez dans l’univers de Miyazaki

31 janvier 2019 /// Les retours

Lorsque le projet de Simonne Rizzo, chorégraphe basée en région Sud-Paca, a été dévoilé, il y avait de quoi être sceptique. Comment transposer et réinventer l’univers du mangaka Miyazaki sur un plateau ? Autant l’avouer tout de suite, pour les passionnés des films du réalisateur que nous sommes, cette question nous taraudait l’esprit.

Après une présentation de sortie de résidence aux Hivernales (à retrouver ici), nous étions plutôt confiants. Alors qu’hier, s’est ouvert le festival HiverÔmomes du CDCN Les Hivernales (Avignon), programmation à destination du public famille/jeune public, les scolaires découvriront Miwa aujourd’hui.

Miwa, un condensé de Miyazaki

Avec le titre de la proposition, on imagine les aventures d’une héroïne digne des figures féminines fortes chez Miyazaki. Miwa pourrait donc être cela, un livre dont la chorégraphe tournerait les pages, allant de chapitre à chapitre, à la découverte du monde et de notre futur.

Le tableau d’ouverture plonge d’emblée le spectateur dans une hypnotisante fascination. À l’aide d’outils numériques, le corps devient matière mouvante, une force vitale en action. Elle vit sous nos yeux, se transforme au gré du morphing jusqu’à devenir un nuage de points lumineux, sortes de lucioles s’échappant du corps vers un ailleurs paisible. Métaphore de l’existence et du monde en général, les images créées révèlent toute la fantasmagorie du monde de Miyazaki.

Créer l’extraordinaire

En prenant appui sur cet univers fécond, la chorégraphe entraîne petits et grands dans une succession de tableaux, indépendants des uns des autres. Pas de trame narrative, ici. Elle prend le parti de laisser l’émotion advenir.
Si l’on retrouve des monstres et autres figures emblématiques échappés pour l’occasion de l’univers Miyazaki, tous sont les passeurs des messages intemporels développés dans les films du réalisateur. On navigue dans une féérie qui fait l’essence même de l’œuvre du cinéaste – on pense ici aux tableaux des hommes-poissons. Miwa est une évocation de Princesse Mononoké, des Sans-Visages du Voyage de Chihiro, ou encore des machines mécaniques, et brosse multiples histoires à regarder les yeux grands ouverts.

Simonne Rizzo chorégraphie de manière délicate le monde du réalisateur et parvient à le faire vivre au plateau avec Aurore Allo, Simon Dimouro, Claire Chastaing, Haruka Miyamoto qui sont tous à saluer ici.
La bande-son de Jérôme Hoffman, les illustrations de William Bruet, la scénographie numérique de Michaël Varlet et les costumes de Corinne Ruiz participent à créer l’extraordinaire au plateau.

Si l’on peut être perdu parfois (la trame narrative peut faire défaut à certains), il n’en demeure pas moins que l’on quitte la salle avec des étoiles plein les yeux et une once d’espoir. Simonne Rizzo signe avec sa première pièce jeune public une œuvre intemporelle, poétique et sensible. À découvrir sans tarder.

Laurent Bourbousson
Photo : Christian Varlet

Générique et dates

Chorégraphie Simonne Rizzo | Création et interprétation Aurore Allo, Simon Dimouro, Claire Chastaing, Haruka Miyamoto et Simonne Rizzo |
Dessinateur William Bruet | Scénographie numérique Caillou Michael Varlet | Compositeur Jerôme Hoffmann | Musique Joe Hisaishi | Costumes Corinne Ruiz

Miwa a été vu au Klap Maisonpour la danse le 16 janvier 2019.
À retrouver en tournée : le 31 janvier 2019 au CDCN Les Hivernales (Avignon), le 5 mars au SN Le Liberté Théâtre (Toulon), les 14 et 15 mars à l’Espace Comedia (Toulon).