[VU] Le bruit des arbres qui tombent, un conte de fée pour adultes par F. Braun

21 décembre 2018 /// Les retours

Ce ne sont pas vraiment les arbres qui tombent. Plutôt du souple, du poudreux et du dur qui tombent. Et le vent tombe, il fait tomber le ciel noir, et la Pierre et le sable tombent, et ce sont les sédiments qui tombent… C’est comme si la terre tombait, c’est comme si le fait de tomber était l’ultime échappatoire à la tristesse, parabole absurde. Tiens, absurde, voilà on a dit Absurde. Si on cherche l’unité de ce spectacle, ce serait peut être cet Absurde de la vie de 4 personnes ou le jeu d’une humanité contemporaine.
Quatre comédiens sont sur scène. À la fois ensemble et seuls dans une solitude à la Beckett, dans une écriture Durassienne ou dans une tristesse de Jacques Brel.
Ce sont des performeurs qui parlent, dansent, éclopés de la vie, marchent, trébuchent ou ensevelissent.

Le prologue de 9 minutes est le déploiement de cette immense bâche noir-brillant qu’actionnent, assis au quatre coins de la scène, une femme et trois hommes : Estelle Delcambre, Karim Fatihi, Clément Goupil et Erik Gerken.
Au rythme de Malher, cette bâche devient une chape légère, tantôt ciel, tantôt mer, plafond, toile protectrice et éphémère. Elle va annoncer probablement un futur chaotique.
Une fois cette bâche disparue, se succèdent des courtes scènes comme des instants volés aux Arts Plastiques, domaine bien connue de Nathalie Béasse la metteure en scène.

Au fond du plateau, soudainement, deux acteurs sont comme scotchés, à une rambarde d’escalier, presque immobiles. C’est Balthus, c’est évident. Balthus et ses peintures ou les jeunes filles, jambes écartées ont le corps tordu et restent comme en apesanteur. C’est une vision fugace , silencieuse et qui en dit long. Elle et lui se contorsionnent , comme dirigés par le peintre lui-même.

Suivent d’autres scènes où l’eau, le corps, la peau et la terre deviennent essentiels. Ils se griment le cœur, ils se font chatouiller et masser, ils se font couler le l’eau, ils jouent avec le sable, ils transportent une valise de cailloux… Où vont-ils, que font-ils, sont-ils des migrants, des solitaires, des complices, ils jouent , ils se parlent, se transforment en sapin, en vieille femme… Ils bousculent nos repères de spectateurs. On est avec Pina Bausch, Pipo Delbono ou Kantor.

Le Bruit des Arbres qui tombent veut nous emmener dans un lieu néanmoins inconnu. On a du mal à comparer. Peut-être est-ce du domaine du rêve ?…. Le lieu des sans repères, des forêts inconnues, des textes transformés. On n’a plus ces liens nécessaires à une logique théâtrale, c’est un conte de fées pour adultes, des images volées à nos actualités…
Nous sommes enfin hors du temps.

Francis Braun
Crédit Photo : P. Grosbois

Le Bruit des arbres qui tombent a été vu au Théâtre d’Arles le 18 décembre.
Conception, mise en scène et scénographie Nathalie Béasse | Interprétation Estelle Delcambre, Karim Fatihi, Erik Gerken, Clément Goupille | Lumières Natalie Gallard | Musiques Nicolas Chavet, Julien Parsy
En région : les 7 et 8 février au Théâtre Bois de l’Aune, à Aix-en-Provence.
Et partout en France, renseignements ici.

Le VU de Laurent Bourbousson.