VU : Les sublimes Fragments mobiles d’Yvann Alexandre

20 février 2017 /// Les retours
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L’immense salle de la Grande Audience du Palais des Papes à Avignon, a accueilli en ce début de festival Les Hivernales, Les Fragments Mobiles du chorégraphe Yvann Alexandre, création pour les monuments historiques. Retour.

Disons le tout de suite, il y a du mystique dans la proposition d’Yvann Alexandre. Certainement que le lieu confère à cela.
Construite pour voyager de monument en monument, cette création surprend par son audace à habiter un lieu situé en sous-sol, comme le souhaite le chorégraphe, afin d’y faire advenir la vie.

Les onze interprètes de Fragments mobiles viennent perturber, ainsi, la quiétude d’un monument. Tels les bâtisseurs de cet espace, chacun des interprètes rythme l’écriture chorégraphique d’Yvann Alexandre, faite de courses, d’arrêts, de chutes et de sauts. A chacun de raconter un état, les solos rivalisent avec les duos, trios ou le groupe ainsi formé.
L’espace de la salle de la Grande Audience, du Palais des Papes, devient l’immense théâtre d’un jeu de miroir. Le public, placé en bi-frontal, voit les corps apparaitre et disparaître au gré des avancées des danseurs. Les cinq colonnes intensifient ce jeu de cache-cache.

Les moments suspendus, ceux lorsque la course s’arrête, font émerger une réelle émotion. L’image de ce poignet porté aux narines afin de sentir l’effluve d’un parfum évanescent, ou encore ces baisers invisibles, laissés ici et là, magnétisent le regard. De fragments, il en est question tout au long de la pièce puisque l’espace est tel qu’il est impossible de voir l’entièreté des scènes.
Découpés en autant de parties, selon la place occupée par le spectateur, Les Fragments mobiles deviennent les pièces d’un puzzle, offrant à celui les assemble tout le lyrisme de la proposition.
La création sonore de Christophe Sartori et Jérémie Morizeau teinte ces pièces et invite autant à la tempérance des sentiments qu’à l’exaltation des corps animés. L’ambivalence ainsi créée révèle la beauté des êtres dansants. Beauté qui agit comme un remède pour panser les âmes errantes de ces fragments.

Yvann Alexandre inscrit ainsi une poétique dans des lieux chargés d’histoire et rend hommage à la splendeur du travail des bâtisseurs avec toute la délicatesse de son écriture chorégraphique.

Laurent Bourbousson

Photo : ©Fabrizio Clemente

Les Fragments mobiles a été vu dans le cadre du festival Les Hivernales, le samedi 18 février.

Conception et chorégraphie | Yvann Alexandre avec la complicité des
interprètes
Interprétation | Benjamin Bac, Steven Berg, Christian Bourigault, Lucile Cartreau, Anthony Cazaux, Aurélien Charrier, Guillaume Chevereau, Fabrizio Clemente, Emma Mouton, Claire Pidoux et Franck Ragueneau
Création lumière | Olivier Blouin
Création sonore | Christophe Sartori et Jérémie Morizeau
Création musicale inspirée de morceaux choisis de Bach, Schubert et Couperin
Conseiller musical | Jean-Louis Moissonnié

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