Marinette Dozeville, la radicalité lui va bien
Entre pièces chorales mobilisant des centaines de personnes, à l’image de Nous sommes / Nós somos — commande du Festival C’est pas du luxe ! (Fondation pour le Logement, anciennement Fondation Abbé Pierre) à Avignon et du Festival Pop Rua à São Paulo, en partenariat avec l’Institut français dans le cadre de la Saison croisée France-Brésil 2025 —, et pièces plus intimistes, la chorégraphe Marinette Dozeville poursuit ses tentatives chorégraphiques heureuses et se pare d’une radicalité brillante. Sa proposition Études pour chevalières n’échappe pas à la règle.
Inscrivant ses projets dans la durée et pouvant ainsi en livrer une lecture sur plusieurs niveaux, Marinette Dozeville présentait, lors du dernier festival Off d’Avignon, à La Scierie, le duo de ses Études pour chevalières, premier volet du triptyque à venir. De ce duo naîtra sa démultiplication pour cinq interprètes en 2027, puis sa variation pour un groupe de jeunes interprètes entre 8 et 16 ans, en 2029. Pour ce projet, Marinette Dozeville dédie son œuvre à la force collective des femmes et personnes non binaires. L’idée de la chorégraphe est de prolonger le geste des autres, des absentes, de convoquer et de réactiver celles qui nous ont précédées. Comme un passage de témoin en somme, pour iels d’aujourd’hui et de demain.
Le duo danse/musique
Partageant le plateau avec la bassiste Fanny Lasfargues, Marinette Dozeville structure ses paysages. Les paysages sonores et dansés deviennent autant d’espaces de liberté et de vie au nom de la figure féminine, et plus encore. Véritable exaltation du vivant, que ce soit au travers d’un son d’une batucada lointaine ou des bribes de paroles féminines, Études pour chevalières tient la bride haute. Le duo compose une œuvre d’une certaine radicalité par l’avènement du propos. Parée d’un haut s’apparentant à une cotte de maille et de genouillères, l’interprète et chorégraphe incarne les portraits de chevalières avec une grande délicatesse et se fait la porte-parole de toutes les sœurs. La bassiste semble cuirassée derrière son haut et sa basse devient une arme à part entière.
La rencontre entre les deux interprètes se fait au gré de l’évolution du spectacle. D’abord isolées, l’une et l’autre évolue dans son propre espace avant de se rencontrer et de se livrer à ce qui peut s’apparenter à une bataille finale contre l’image dominante de l’homme.
Recherches
Si la première partie peut sembler tenir à l’écart, avec la répétition de micro-gestes et d’une gestuelle singulière, la bascule se fait au moment de la rencontre entre les deux interprètes, comme si Marinette Dozeville laissait s’installer un sas de décompression pour prendre la mesure de ce qui se joue au plateau. L’une et l’autre se répondent entre riffs de guitare et mouvements apparentés à l’imagerie médiévale et guerrière que livrent les opprimés. Dépliant une flaque de sang, Marinette Dozeville inscrit durablement les esprits.
Le travail accordé au son est inhérent à la composition chorégraphique qui se déploie au plateau. Se répondant, notes et mouvements s’inscrivent dans une logique de réflexion sur la place de la sororité dans nos sociétés contemporaines.
Le mouvement se fait plus fluide et reprend certaines études vues plus avant. Tout se relie au fur et à mesure autour de paysages sonores dans lesquels vastes prairies, villages et guerres s’installent.
Marinette Dozeville fait partie de ces chorégraphes qui s’inscrivent dans une démarche chorégraphique exigeante teintée d’une radicalité, et ce depuis le projet MU qui reposait sur des rencontres artistiques pour ouvrir le champ des possibles en termes de création. Démarche qu’il convient de saluer, par les temps qui courent.
Laurent Bourbousson
©Marie Maquaire
Etudes pour chevalières – duo a été vu dans le cadre du Festival Off Avignon 2026 à LaScierie – Dates à venir – plus d’infos sur le site de la compagnie
Générique
Chorégraphie et interprétation : Marinette Dozeville / Création musique et live : Fanny Lasfargues / Regard extérieurs : Julie Barbier, Laurence Langlois, Pauline Tremblay / Scénographie et costumes : Dagmara Stephan / Création lumières : Louise Rustan, Agathe Geffroy / Equipe de production Julie Trouverie, Marie Maquaire, Anita Thibaud, Annabelle Guillouf
Prises de sons additionnelles par ordre d’apparition Ischia – Italie, Sao Paulo – Brésil, San Andres – Espagne, Santiago de Chili – Chili, Valparaíso – Chili, Cosenza – Italie, Rennes – France, Buenos Aires – Argentine, Torino – Italie, Paris – France
Remerciements Bloc féministe Siga Bem Caminhoneira/e/o, Yasmin Gilabert, Paola Daniele, Marie Maquaire, Estelle Thizy
Production
Yapluka – Cie Marinette Dozeville
Coproduction
Théâtre de Vanves, Agence Culturelle du Grand Est, Aide Résidences d’artistes en territoire rural de la DRAC Grand Est, festival C’est pas du luxe !
Soutiens
Le Manège – Scène nationale de Reims, Le Générateur – Gentilly, Boom’Structur CDCN – Clermont-Ferrand Auvergne-Rhône-Alpes, Le Cellier – Ville de Reims, Pôle Danse des Ardennes – Sedan, Conservatoire à Rayonnement Régional – Reims, Studio D42 – Verpel.