Pépée, une histoire sans chute, découverte d’une actrice époustouflante au Théâtre des Doms
La thématique du rapport filial a alimenté nombre de spectacles et de formes d’art depuis des décennies. Josépha Sini y apporte son irrésistible contribution, version liégeoise.
Pépée, une histoire sans chute, coécrit avec Laurène Hurst, nous embarque dans son flot, dans le rythme que Josépha impose, le débit ultra rapide et efficace du stand-up, ses interpellations du public puis la mise en réminiscences de l’enfance. Ce côté one-woman show avec punchlines justes et piquantes est rafraîchissant ; il n’en minimise pas pour autant les sujets abordés tels que l’alcoolisme féminin. Josépha déroule son récit façon bulldozer, elle dévaste tout sur son passage et vous laisse entre gros rires et petites larmes. Il faut dire que la mère de Josépha, avocate brillante du barreau de Liège, lui a mené la vie dure. Elle a choisi d’en faire un personnage haut en couleur comme ses santiags rouges, plus proche de la copine « barrée » que de la mère défaillante qu’elle était.
À l’inverse, Clémence, la fille de Don Quichotte, la « Filoute » Josépha Sini fait tout pour se faire remarquer et ainsi faire oublier le comportement alcoolico-fantasque de sa mère. Elle canalise, détourne et cristallise tous les regards sur elle afin qu’ils se détachent de sa mère, cette grande avocate qui a assurément une réputation à tenir. Elle prend tout sur elle, devient grande trop vite et, avec ce bagou qui nous charme, rafistole toutes les bévues de sa maman chérie.
Ferait-elle, de façon détournée, l’éloge du maintien des enfants avec leurs parents, même en cas de défaillance ? En tout cas, elle parle de l’alcoolisme de manière frontale, sans tabou et par ricochet de ce qui, enfant, la mettait en danger. Pour la construction d’un enfant vaut-il mieux un parent absent ? Ou présent déficient ? Sous le rire grattait une réalité plus complexe, une matière à penser.
Qui serait-elle aujourd’hui sans cette enfance-là ?
« Avec ma mère, ça partait dans tous les sens. Elle revendiquait son droit à l’incohérence. » « Quand elle arrivait au tribunal, même le juge plaidait coupable. » Mais jamais sa mère, ce n’est pas son crédo, et Josépha non plus ne la rend pas coupable, ne la met pas au banc des accusés. Elle fait avec, comme elle a fait durant toute son enfance : s’adapter, écouter, observer, oser. Finalement, des postures défensives qui sont devenues des qualités et des atouts pour écrire cette histoire avec brio en brossant ce portrait pittoresque de sa mère qui nous émeut tant.
Au final, Josépha remercie sa mère de l’avoir faite telle qu’elle est, et ce malgré les galères, l’alcool et la honte. En prenant le parti d’en rire, de sublimer son enfance « malmenée », Josépha nous offre une prestation irrésistible, dévoilant une comédienne et, comme dans le brillant roman de Romain Lémire Clément, la preuve que dans toute épreuve familiale, l’amour peut être conservé.
Marie Anezin
Crédit photo : ©Alice Piemme
Générique
Écriture : Josépha Sini et Laurène Hurst / Interprète : Josépha Sini / Mise en scène : Laurène Hurst / Regard extérieur : Axel De Booseré / Lumières et régie : Jean-Louis Bonmariage
Production : Royal Festival de Spa.
Coproduction : La Chaufferie-Acte 1, le Centre Culturel de Durbuy.
Soutien : Le Corridor, Province de Liège.
Tournée : LIVE Diffusion.