Vu #OFF16 : « Freaks », un condensé de créativité signé la Cie O’Navio

Ciné-concert, théâtre, concert rock, oeuvre cinématographique façon side-show, autant de dénominations pour Freaks de la Compagnie O’Navio. Retour.

Freaks - La monstrueuse parade. Nadine Béchade ©Cie O'navio

Freaks – La monstrueuse parade. Nadine Béchade ©Cie O’navio

La créativité n’est pas morte ! Son cœur tape fort chez la Compagnie O’navio présente, avec Freaks, durant le festival d’Avignon Off 2016, à l’Artéphile Théâtre. Ce ciné-concert (car il faut bien mettre une étiquette sur ce que l’on voit) est un ciné-concert à réalité augmentée. Nul besoin de tablettes ou autres applications pour l’occasion, Nadine Béchade et Christophe Roche sont les prolongations physiques du film projeté en fond de plateau.

Approchez, approchez, laissez-vous tenter, chante Nadine Béchade, sur la musique rock de Christophe Roche, en préambule à cette monstrueuse parade. Les paroles de la chanson des Rita Mitsouko (Au fond du couloir, extraite de l’album System D) résonnent comme une invitation, comme un laisser-passer pour les curieux que nous sommes, curieux de voir l’autre, le monstre, le freak ! Et le rêve devient réalité grâce au film Freaks de Tod Browning, retravaillé pour l’occasion par Julien Dronne.

Nadine Béchade et Christophe Roche prêtent leurs voix aux multiples personnages. Les passages du film, doublés en direct, ont été sélectionnés par Alban Coulaud. Ils orientent la réflexion souhaitée par ce projet, première étape du triptyque autour de la question : qu’est-ce que le monstre ?
Avec les images de ce film culte de 1932, digne d’une source documentaire inépuisable, il met le public face à la figure du monstre dans les foires, d’une part, pour traiter celle d’aujourd’hui, d’autre part.

Nadine Béchade prête sa voix à Cléopâtre et de Frieda. Christophe Roche, à Hans et orchestre la partition musicale de l’ensemble, à coups de guitare et d’électro. La musique devient alors vecteur de tensions pour les histoires des relations amoureuses qui se tissent au sein du cirque de Madame Tetrallini, cirque des monstres qui confère à cette communauté toute la bienveillance d’une mère pour ses enfants.

Image du film Freaks de Tod Browning

Image du film Freaks de Tod Browning


D’un côté la grande, belle et plantureuse Cléopâtre et de l’autre Hans et Frieda, couple de lilliputiens. En recadrant l’intrigue sur ce triangle amoureux, Alban Coulaud traite et met en miroir la monstruosité physique, filmée par Tod Browning, et la monstruosité morale, du personnage de Cléopâtre.

Le découpage cinématographique permet des fulgurances, lorsque la comédienne-chanteuse donne réellement la réplique à Frieda. Le public bascule entre l’oeuvre cinématographique et le réel dans un va-et-vient entre le visage de Frieda et celui de Nadine Béchade.
Les éléments du décor (le rideau rouge avec ses galons or déchirés par endroit, les cagettes en bois, les lumières pas toujours clignotantes du mot Freaks) donnent une certaine nostalgie à l’ensemble et nourrissent l’imaginaire collectif.

Alban Coulaud et son équipe livrent une version de Freaks remastérisée par la créativité et l’imaginaire, caractéristiques essentielles d’un spectacle qui font malheureusement défaut dans la plupart des salles de théâtre.
Un dernier conseil : Approchez, approchez, laissez-vous tenter si les Freaks passe près de chez vous !

Freaks – La monstrueuse parade de la compagnie O’navio, a été vu au Festival Avignon Off 2016. Spectacle à voir en famille, à partir de 8 ans.

Laurent Bourbousson

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