À nos corps défendus, la pièce hautement politique d’Alexia Vidal

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L’heure de la création a sonnée pour Alexia Vidal et son projet À nos corps défendus. Une pièce hautement politique. Retour.

Nous avions rencontré Alexia Vidal et Karine Debouzie lors de leur première résidence de création à la Charteuse de Villeneuve Lez Avignon – CNES (voir le Suivi de création). Ce moment donnait le point de départ de la collecte de paroles et de captations vidéo pour le projet À nos corps défendus. Deux ans après, il nous est donné de découvrir sa création au Théâtre des Carmes.

À nos corps défendus, l’installation

L’idée d’un diptyque, entre une installation vidéo et une pièce théâtrale, a été présente très tôt dans l’esprit des deux créatrices.

Karine Debouzie, artiste-plasticienne, a ainsi filmé en macro (très gros plan) les corps des interviewé·es. Resté à trouver sur quel support les projeter. Connue pour ses structures composées de drains agricoles, ici c’est vers un un plastique thermo-formable translucide que l’artiste s’est tournée.

Les images, provenant de l’intérieur de la structure, capturent le regard et font naître une sensation épidermique, celle d’être au plus près de ces parties de corps.
On joue ainsi à les reconnaître, ce qui induit à la propre perception de son corps.

Le public, invité à tourner autour de la structure et à chausser un casque audio, dans lequel une boucle se fait entendre, se retrouve alors dans la proximité qui a été donnée à l’artiste au moment de ces captations.

Être au plus près du corps, redécouvrir celui-ci morcellement pour en composer un nouveau entre ainsi en totale adéquation avec ce qui se jouera au plateau.

À nos corps défendus, la pièce

Ce n’est pas en salle que le public est invité à entrer mais dans un musée, celui de l’Homme. En effet, sur scène, Célyne Baudino et Amandine Richaud sont affairées à sublimer une statue-déesse (Alexia Vidal), sorte de figure féminine sacrée associée à ce qui fonde notre humanité. Cette dernière prend ainsi vie. Elle sera chaque personne du public, composera un corps souhaitant accéder à la liberté d’être pour, peut-être, échapper aux diktats que la société érige.

1h30 de traversée

Ainsi commence la traversée à laquelle nous allons assister. La comédienne prête son corps aux paroles portées sur le plateau. Elle se glisse, telle une une chimère, dans les peaux de cette humanité recomposée à partir de la matière des entretiens récoltés.

La théâtralité est bien présente sur scène. La scénographie, qui place une boîte noire dans une boîte, laisse imaginer un cabinet de curiosités où les paroles se délient pour mieux faire apparaître le combat quotidien que doivent mener les (nos ?) corps.

Sans être voyeurisme, l’écriture fait s’entremêler différents parcours de vie, tous plus salutaires les uns que les autres, et pose un constant tranchant, celui que le corps est politique, qu’on le veuille ou non.

Cette traversée débute avec une adolescente de 16 ans pour se terminer avec les paroles d’une personne de 100 ans. Avec pratiquement un siècle de vie livré sur le plateau, les thématiques abordées, véritables questions sociétales d’aujourd’hui, éclairent de façon habiles les avancées ou non que la société a concédé à certains combats.

Des guerrières à l’œuvre

Alexia Vidal, Amandine Richaud et Célyne Baudino se révèlent être des guerrières au service de celles et ceux qui composent notre vivre-ensemble. Elles mettent au service du théâtre, leur propre savoir-faire : Célyne Baudino avec un habillage sonore qui parfait la proposition, Amandine Richaud et son travail sur la lumière qui est à saluer ici. Les éclairages sur certaines parties de corps viennent se mêler aux vidéos de Karine Debouzie.

Quand à Alexia, elle est lui, elle, toi, nous, vous. Elle passe de paroles en paroles avec dextérité, transforme son corps au service d’un engagement profond, celui de ne pas trahir les témoignages pour faire advenir un corps reconstitué.

Il sera ainsi question d’anorexie, d’acceptation de soi, de multiples naissances au cours d’une vie, d’identité sexuelle, d’altérité, de reconstruction, de désir, de vie et de mort.

Alexia Vidal signe donc une proposition hautement politique. Ce qui déclenche, nonobstant, une furieuse envie de vivre pour ce que nous sommes, des êtres entiers, pleinement humains et totalement engagés. Laissez-vous aller, levez-vous et dansez pour eux, pour nous, pour vous.

Laurent Bourbousson
Visuels : Yoan Loudet

Dates et générique

À nos corps défendus d’Alexia Vidal
Comédienne et metteuse en scène Alexia Vidal |Musicienne Célyne Baudino|Assistant à la mise en scène Julien Perrier|Créatrice et régisseuse lumière Amandine Richaud.

À voir au Théâtre des Carmes (Avignon) ce soir.

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