[ITW] Chloé Tournier (La Garance) nous met en appétit avec le Festival Confit !

10 mai 2025 /// Les interviews
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Alors que vous vous apprêtez à vivre la 3e édition du Festival Confit ! , est-ce un festival qui a tout de suite trouvé son public ? 
Ce festival propose tellement d’expériences singulières qu’il a trouvé son public dès la première édition.
Le public, qu’il soit local ou venant du national voire de l’international, est conquis par les formes présentées. C’est un festival qui résonne particulièrement avec ce qui fait l’histoire mais également avec la contemporanéité des enjeux actuels sur la nourriture en lien avec les enjeux agricoles d’aujourd’hui. C’est un festival qui fait sens et qui rejoint des plaisirs universels.

Les propositions ont toutes un côté aussi immersif que sensitif. Et puis, je pense que ces propositions peuvent aussi rassurer le public moins prompt à la prise de risque car on garde en tête que quoi qu’il se passe, on va manger. La nourriture amène à un endroit de réconfort qui permet une prise de risque et une audace accentuée à l’endroit de l’artistique. 

Avec Confit ! , interroger notre alimentation de demain

Les spectateur·ice·s vont aller de surprise en surprise durant ce festival. Le spectacle Repas de mer de la compagnie Laika (du 23 au 25 mai) en est une des preuves. 
C’est une forme qui est portée par une compagnie qui a une signature théâtre culinaire depuis une vingtaine d’années. Ils ont une expertise, celle de la dramaturgie coécrite où le jeu est tout aussi important que la dimension culinaire.
Pour Repas de mer, le public est installé sur deux étages comme le veut la scénographie. Il y a aura 84 personnes qui seront installées dans le castellet avec 2 artistes qui portent le texte et les temps de dégustation. 

REPAS DE MER – laika © Olympe Tits

C’est un spectacle qui interroge l’alimentation de demain dans une perspective de redirection écologique. Repas de mer est une proposition quasi-gastronomique autour des produits de la mer, mais proposition végétarienne sans poisson bien entendu. Lorsque je parle des produits de la mer, je parle d’algues qui sont cuisinées de différentes manières. Le public est invité à manger tout en écoutant un texte qui interroge les manières que l’on aurait de réenchanter l’alimentation en prenant en compte tout ce à quoi il faudra renoncer. 

À la Garance, le réenchantement est notre fil rouge. Donc nous ne pouvions qu’accueillir cette compagnie belge, et j’en suis très heureuse car elle a été très peu vue dans le Sud Est.  

La nourriture est politique

Parmi la programmation, on remarque Histoire de manger de la compagnie Liubov’ en partenariat avec des structures culturelles du territoire.
C’est une sortie de résidence portée par Le Citron Jaune qui est le Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public de Port Saint Louis du Rhône et le Théâtre La Joliette à Marseille. Les deux théâtres souhaitent accompagner la compagnie Liubov’ en résidence et ils m’ont appelée pour l’inscrire dans la programmation. Cette démarche montre le rayonnement de ce festival sur le territoire mais bien au-delà également. Je découvrirais cette proposition au moment de la présentation, les 20 et 21 mai, présentation suivie d’Autophagies.

AUTOPHAGIES – Eva Doumbia © Argenis Apolinario

Chez Ouvert aux publics, nous sommes particulièrement heureux de voir dans la programmation Autophagies (20 et 21 mai) d’Eva Doumbia.
J’en suis très heureuse également. J’ai rencontré Eva Doumbia lorsque je travaillais à Bamako pour l’Institut Français. À mon retour en France, j’ai travaillé 6 mois à la structuration de la compagnie lorsqu’elle était basée à Marseille. C’est une compagnie dont je connais bien le travail. Elle m’émeut profondément. Son courage ne fait pas fi de l’esthétique et de l’expérience du spectateur. L’aspect parfois militant ne prend pas le dessus sur une proposition artistique et tenue.
Autophagies est un spectacle total où nous avons du chant, de la vidéo, de la danse, du texte. Eva utilise toutes les formes d’expression et de matière artistique pour dire et porter son propos. Ici, elle interroge les traces de la colonialité dans notre nourriture. Je trouve cette proposition ingénieuse car c’est un spectacle politique avec une adresse grand public. La diversité des points de vue amenée au plateau en fait quelque chose de brillant. 

La nourriture est réparatrice

Hiba Najel © Christelle Calmettes

Vous accueillez également pour la seconde fois, l’artiste libanaise Hiba Nakjem. 
Après Chaussons aux tomates, reçu l’année dernière, Hiba nous présente cette année Freekeh (du 23 au 25 mai). C’est une artiste qui est spécialisée dans le théâtre culinaire et qui construit les dramaturgies de son spectacle sur les temps de cuisson et de préparation des mets qu’elle va servir. Au travers de mets traditionnels libanais, ou devrais-je dire des mets qui ne sont plus consommés au Liban quotidiennement, Hiba tisse des liens entre des rituels intimes ou collectifs et des plats

Ici, elle interroge un plat fait à partir du freekeh, un blé cueilli très vert et qui est cuisiné quasi brûlé. Il est cuisiné le 40ème jour suivant le décès d’une personne chère. Elle y évoque le décès de sa tante. Hiba mobilise des émotions fortes tout en étant très drôle dans une épure totale. Parler de la mort est tabou dans notre société, alors qu’elle en propose une lecture joyeuse où l’on se donne de la force dans ce cycle mort/vie.
Ce spectacle a été présenté au Liban, en langue arabe, en janvier dernier. Nous accueillons la première française qui sera jouée en français.

Nous finissons de parler spectacles avec Ahmed Madani pour Au non du père (les 22 et 23 mai) qui sera présenté à la MJC de Cavaillon.
Ahmed est parti avec Anissa, dans le New Hampshire, en quête du père de cette dernière. Tous deux mènent une enquête. Petit à petit, Anissa découvre qu’elle et son père, qu’elle n’a pas connu, ont une passion commune : la pâtisserie. Le spectacle est construit autour de la préparation et de la cuisson d’un moelleux au chocolat. Anissa et Ahmed partagent le plateau. 

Pour nous, il était important de présenter ce spectacle hors les murs, et encore plus de le présenter à la MJC de Cavaillon. Au non du père traite de la relation père/fille et il nous semblait opportun d’être présent dans ce quartier avec cette proposition, avec lequel nous travaillons déjà.
Aller à la rencontre de nouveaux publics dans les quartiers relève de notre impératif, celui du droit culturel pour toutes et tous et cela passe par des endroits de délocalisation. 

Des ateliers à expérimenter durant le festival

Avec le festival confit !, les ateliers ont également leur importance tout le long du festival.
C’est une manière d’aller plus loin. Je pense notamment à l’atelier de Sylvie Allegrini autour de la lacto-fermentation, procédé qui est objet de friction. Cette filière est attaquée aujourd’hui et nous la défendons. Je vous invite vivement à découvrir cet atelier qui sera passionnant. 

Nous aurons également différents ateliers en partenariat avec des restaurateurs, des magasins de bouche, des producteurs avec lesquels nous tissons des liens sur le festival. Nous travaillons également avec plusieurs maisons de cavaillon et cela me réjouit plus que tout. 

Il faut également noter que nous accueillons un Marché des producteur·rice·s également le mercredi 21 mai. 

Cap sur le Festival Confit ! 2027

Afin d’être exhaustif, parlons déjà du festival Confit de 2027 ! 
Oui, avec l’association de Radio Grenouille au festival. 

Nous avons obtenu un financement du ministère de la transition écologogique et de la biodiversité sur un programme de recherche action artistique pour lequel La Garance et le Citron jaune sont mobilisés avec l’artiste Floriane Facchini, artiste associée à la Garance.
Les PNR Luberon et Alpilles, l’INRAE et Origin Pedelab sont également partenaires de ce projet qui est une recherche autour de la nourriture de 2035-2050 compte tenu des aléas climatiques, de la perte de la biodiversité et de l’imprévisibilité climatique. Comment travailler à plus de robustesses du système et à des spécialisations de productions agricoles ?
Nous vous convions à la table ronde le 23 mai pour lancer le projet A TAVOLA qui prendra la forme d’un banquet lors du Festival Confit ! en 2027. 

La Garance, véritable scène nationale de Cavaillon

Vu depuis Avignon, il semble que La Garance s’implante avec encore plus de conviction qu’auparavant au cœur de la ville ?
La scène s’est implantée dans la ville réellement. Une scène nationale est au service des habitants. Le projet doit interroger des sujets de société qui sont du territoire sans jamais se couper de la dimension joyeuse et conviviale, de se couper de cette joie féroce qui nous  permet de faire bouger et avancer les choses.
Les scènes nationales sont des lieux d’énonciation, de proposition de récits, mais également des lieux d’écoute, réceptacles des récits qui ne sont pas les nôtres. On essaie de travailler avec les personnes qui œuvrent à produire du merveilleux sur le territoire de Cavaillon et c’est aussi le cas avec les communes nomades qui nous accueillent tout le long de l’année.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Photo d’illustration AU NON DU PERE – Ahmed Madani © Nicole Bengiveno The New York Times

Tous les renseignements sur ce festival ICI

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