[ITW] François Ben Aïm pour Facéties

24 mai 2019 /// Les interviews

Christian et François Ben Aïm présenteront les premières pistes de Facéties, ce soir au Centre départemental de Rasteau. Interview de François Ben Aïm pour cette pièce qui verra le jour fin 2020.

Vous êtes au Centre départemental de Rasteau depuis le début de la semaine. Où vous situez-vous dans le processus de création ?
Nous débutons le travail avec cette première résidence de création. Nous avons travaillé en mode workshop afin d’affiner et de préciser les intentions. Nous avons pu vérifier certaines pistes que nous avions pensées pour ce projet. La création aura lieu fin 2020 et à ce jour, l’équipe n’est pas encore entièrement définie même si nous savons qu’elle sera constituée de connaissances artistiques.

Facéties

Toutes vos propositions sont empreintes d’une certaine théâtralité. On ressent fortement cela lorsque l’on prend connaissance du dossier de présentation pour Facéties.
Dans le travail de la compagnie, nous avons toujours aimé croiser les genres et les disciplines, cela est dû à notre parcours et notre formation au Théâtre Physique. C’est notre ADN. Dans Brûlent nos cœurs insoumis (la précédente création ndlr), il y avait une dimension de récit importante. Pour Facéties, des situations seront prétextes au terrain de jeu. Comment la musicalité du mouvement peut amener une certaine réjouissance sans qu’il y ait un contexte précis de récit ? Nous avons envie que les fonctions fantaisiste et légère soit portées par la musicalité du corps et du mouvement. Je ne sais pas si, au final, cette théâtralité sera aussi importante. C’est un peu tôt pour en parler.

Vous convoquerez, ce que vous appelez, une communauté de l’absurde. Était-ce une volonté de retrouver une certaine légèreté par rapport à votre précédente création ?
Depuis plusieurs pièces, nous avions envie d’aborder, d’une manière ou d’une autre, cette dimension absurde, humoristique, mais nous étions rattrapés par le dramatique des choses développées au plateau. Certainement que nos sujets s’y prêtaient moins, aussi. Pour Facéties, la dimension absurde en sera le thème central.

La musicalité, la rythmique des mouvements seront impulsées par ce thème qui appelle à une certaine effervescence. La légèreté et la jubilation, que vous convoquez, seront soutenues certainement par la musique jouée en live.
Nous aimons la rencontre de l’instant que procure la musique live. Ce travail rythmique, musical, se rapproche d’état de corps emmenés. On joue sur la conscience et l’absence de conscience de ce que l’on est en train de vivre et de traverser.
Pour l’instant, nous avons plusieurs pistes. Nous avons envie d’associer le piano, peut-être en référence au cinéma muet, et de le lier à une dimension électro. Cela permettra de travailler sur la pulsation, avec des énergies plus terriennes et répétitives. On a envie d’un mariage comme cela.  Nous avons écouté plusieurs choses et allons rencontrer des musiciens et compositeurs. Ce sera la prochaine étape du projet. On souhaite une musique jubilatoire qui pousse à l’emportement.

Présenter au public les premières pistes

Ce soir, vous présenterez une sortie de résidence. Que va découvrir le public ?
Avec Christian, mon frère, nous aimons bien ces moments-là. C’est l’occasion de mettre à jour et de valider des choses avec le regard du public. Ceci est essentiel pour nous. On présentera un temps de travail en cours autour de comment la danse s’élabore, se cherche.

Montrer votre travail en cours, cela vous permet d’aiguiller ou de modifier vos propositions ?
Je ne sais pas si ça modifie beaucoup de choses. En tout cas, ça permet de réajuster, de faire apparaître les endroits qu’il faut approfondir afin de les rendre plus pertinents, plus clairs dans la compréhension. Je dirai plutôt que cela est du réajustement.
Les présentations qui arrivent très tôt dans la création, nous provoquent des réflexions qui permettent d’inscrire plus spécifiquement le projet dans un endroit que dans un autre. Cela nous pousse à faire des choix, mais ne signifie pas pour autant que l’on abandonne des pistes.

Vos propositions tournent autour de l’humain. J’avais posé cette question à votre frère, Christian : si l’on définit l’ensemble de vos pièces chorégraphiques comme des œuvres politiques, êtes-vous d’accord avec cela ? Quelle serait votre réponse ?
La dimension de la fraternité au sens large est une thématique important pour nous.
Je dirais que l’on ne revendique pas nos pièces comme des actes politiques, même si je pense que chaque artiste offre une forme de parole politique et de sensibilité dans ses créations. La dimension politique se positionnerait autour du questionnement de la communauté, de notre vivre-ensemble. Nous explorons les questions suivantes : quelles sont les conditions de la communauté ? Comment les individus expriment leur propre singularité dans le collectif ? Chaque pièce à une approche singulière qu’elle soit plus théâtrale, plus dansée que d’autres…
Nous cherchons à générer chez le public une réflexion, une émotion et rendre chaque spectateur actif dans son rôle. On ne souhaite pas être dans l’univoque. L’ambivalence de nos pièces l’invite à faire des choix d’interprétation.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Photographie : ©Patrick Berger

Générique et dates

Facéties
Chorégraphie François et Christian Ben Aïm
Pièce pour 4 danseurs et 2 musiciens
Création fin 2020
Sortie de résidence, le vendredi 24 mai à 19h au Centre départemental de Rasteau. Renseignements ici.
Site de la compagnie : www.cfbenaim.com