ITW : Isabelle Martin-Bridot pour la 39ème édition du festival Les Hivernales

10 janvier 2017 /// Les interviews

Février et son mythique festival Les Hivernales à Avignon, c’est pour bientôt.
Isabelle Martin-Bridot, directrice du Centre de Développement Chorégraphique (CDC), présentera, avec son équipe, la programmation le jeudi 12 janvier. Elle nous en dit un peu plus.

Cette année est particulière car tu vivras cette édition en tant que directrice. Comment envisages-tu cela ?
Isabelle Martin-Bridot : Je place cette première édition sous le signe de la responsabilité par rapport à mon équipe et au public. Je souhaite que ce festival soit une fête de la danse afin que la rencontre artistes-public soit réussie. L’enjeu de cette édition est de trouver le point d’ancrage entre ces deux entités.

Cette 39ème édition débutera avec Les HiverÔmomes, 5 jours de danse en direction des écoles.
I. M.-B. : Pour cette 3ème édition, nous avons travaillé avec notre partenaire historique, à savoir Arts Vivants en Vaucluse-Auditorium Jean Moulin au Thor. C’est en collaboration avec Lyliane Dos Santos, la directrice, que ce projet est né. Nous avons intégré un nouveau partenaire, l’équipe de l’Association Éveil Artistique, Claire Wilmart. Les élèves pourront découvrir de belles pièces, la création de la Cie Carolyn Carlson, Seeds, autour de l’écologie avec l’idée de comment sensibiliser les nouvelles générations à cet enjeu. Nous avons également la proposition émouvante de Christophe Garcia, Lettre pour Éléna, pour les plus grands. Cette pièce se situe entre la danse et le théâtre, avec trois interprètes totalement extraordinaires. Enfin, la dernière proposition sera Lullinight, du groupe Noces, pièce très ludique qui fait appel à l’imaginaire. Cette proposition sera ouverte à toute la famille, avec cette idée que les enfants emmènent leurs parents au spectacle.

La jeunesse semble être un des axes de travail pour le CDC ?
I. M.-B. : Depuis 3 ans, nous menons des projets avec des écoles autour de la sensibilisation à l’art chorégraphique. Un parcours de découverte du monde de la danse, à destination des enfants, a été mis en place avec des mallettes pédagogiques du réseau des CDC. Nous menons également des projets avec les collèges. Il nous semblait important de rajouter l’étape de rencontrer l’oeuvre et de faire vivre l’expérience de spectateur à ce jeune public. C’est pour cela que nous avons mis en place ce festival.
Ensuite, il est vrai que j’ai placé les jeunes au cœur de mon projet. Il faut leur apporter une attention toute particulière et nous nous devons de travailler dans ce sens. Ce qui est très enthousiasmant, c’est de regarder des enfants découvrir le travail des artistes sur un plateau. C’est formidable de voir la réaction de ces jeunes enfants. Ils sont très respectueux et attentifs quand ils les regardent travailler. Pour nous, c’est essentiel et important.

Nous allons nous pencher sur la programmation de cette édition. Elle semble être construite autour de la notion de fidélité avec la présence de compagnies que nous avions déjà vu au CDC et qui reviennent cette année.
I. M.-B. : Ce sera une semaine de spectacles durant laquelle le public va croiser différents styles de danse. Dans toutes les présentations des spectacles, les artistes mettent en avant le collectif au cœur de leur travail. C’est le fil rouge de cette édition. C’est également ma façon de penser, c’est par le collectif que l’on peut trouver des solutions aux maux actuels et non par l’individualisme. Un de nos artistes invités qui symbolisent fortement cela est Frank Micheletti avec sa compagnie Kubilai Khan Investigation. Nous aimons particulièrement son travail.
Pour illustrer l’idée de la fidélité, nous sommes heureux d’accueillir Jean-Marie Bigot, Ex Nihilo, pour le très beau solo, Derrière le blanc, qui sera à découvrir à la Maison Jean Vilar.
Cette édition marquera le retour d’Yvann Alexandre, que nous avions reçu en 1995, à ses débuts, pour l’inauguration du Studio de la Manutention en 1995. Il vient avec cette pièce pour 11 danseurs, Les fragments mobiles, qui s’annonce déjà éblouissante. Ils vont s’emparer de la Grande Audience du Palais des Papes. Cela marquera la journée d’ouverture. Nous retrouverons au cours de celle-ci, nos artistes associés NaÏF Production et leur proposition La mécanique des ombres, que j’ai découverte à Klap, Maison pour la danse.
Il y aura aussi de très belles propositions hip-hop avec la pièce de Nabil Hemaïzia, Du chaos naissent les étoiles et De(s)génération d’Amala Dianor, autour de plusieurs générations de hip hopeurs dont Brahim Bouchelaghem.
Malgven Gerbes et David Brandstätter, deux chorégraphes au travail rigoureux et maîtrisé, que l’on connaît bien, feront deux propositions différentes. L’une placera le mot au premier plan et l’autre traitera de l’héritage du patrimoine corporel.
Il faut souligner également la présence des deux centres chorégraphiques qui nous sont proches : celui de Montpellier avec Christian Rizzo, pour le syndrome ian, lors de l’ouverture et le Ballet National de Marseille, Emio Greco et Pieter C. Scholten, en fermeture de festival. Cette dernière pièce va fédérer le public d’Avignon
Nous attendons avec impatience la pièce de Christian et François Ben Aïm, Brûlent nos cœurs insoumis, sur une musique d’Ibrahim Maalouf, à Scène Nationale La Garance – Cavaillon. Le teaser que nous avons visionné laisse augurer une très belle pièce.
On croisera également Ayelen Parolin pour La Esclava, chez notre partenaire le Théâtre des Doms, Myrian Gourfink à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon pour le très délicat et profond Gris.
Enfin, nous coproduisons trois artistes, Nans Martin que nous accueillons avec D’Oeil et d’oubli, Daniele Albanese pour VON et Sébastien Ly – Compagnie Kerman qui sera présent sur la dernière journée de festival. Il va proposer au spectateur de vivre une expérience en déambulation parmi les œuvres de la Collection Lambert. Ceci laisse entrevoir une autre manière d’aller à la rencontre de la danse. Cette envie de faire sortir la danse des plateaux afin de permettre la rencontre avec un autre public est une des choses qui me tient à cœur et que je réfléchis à mettre en place pour 2018.

Nous pourrons découvrir également un Plateau jeunes auteurs. Est-ce une façon de présenter la relève chorégraphique ?
I. M.-B. : Wendy Cornu et Liam Warren partageront ce moment. Ils ont été tous deux lauréats des HiverÔclites et il était normal de les retrouver dans la programmation du festival. Il est très important d’ouvrir le plateau à de jeunes auteurs. Nous pérennisons cette ouverture, le dernier jour du festival avec Matière Première (anciennement HiverÔclites et Forum Libre Danse), avec la possibilité pour de jeunes chorégraphes de présenter leur travail devant un jury composé de professionnels de la danse. Les gagnants seront accueillis en résidence de création au Théâtre des Doms, au Grand Studio en belgique et au CDC Les Hivernales.

Pour la deuxième année consécutive, il y aura une journée consacrée à la performance.
I. M.-B. : Nous avons souhaité continuer cette collaboration avec l’Ecole d’Art d’Avignon et le pôle performance, dirigé par Lydie Toran. Aujourd’hui, les frontières sont très poreuses entre les différentes pratiques artistiques. Nous avions envie de continuer à creuser cette question autour de la performance. Il y aura un colloque qui aura lieu en partenariat avec la Collection Lambert, la réactivation de la collection de performances des étudiants des beaux arts qui a été présentée au Centre Pompidou. Stéphane Ibars, de la Collection Lambert, nous a proposé la pièce L’Oracle. Il s’agit d’une performance autour du projet de François Sabourin. Cette coréalisation témoigne de notre envie de renforcer notre collaboration avec ce partenaire.

Les stages de danse sont également importants durant ce festival.
I. M.-B. : Cette année, nous avons mis en place sur la saison, à fréquence d’un samedi par mois, des ateliers de pratique tous niveaux avec des chorégraphes. Ces propositions rencontrent un vif succès. Comme chaque année, durant le festival, nous proposons différents stages et ateliers. Cela va de l’atelier pour enfants et pour parents-enfants chez notre partenaire le Théâtre Golovine, des masterclass pour niveau 3, aux classes quotidiennes, tous niveaux. Ensuite, l’amateur ou danseur confirmé a le choix entre des stages de 2, 5 et 7 jours. Yvann Alexandre, Anne Le Batard et Jean-Antoine Bigot, Nabil Hemaïzia, Sébastien Ly, Sylvain Bouillet, Myriam Gourfink, Amala Dianor… animeront ces stages.

La 39ème édition du festival Les Hivernales se déroulera du 6 au 25 février 2017.
Présentation le jeudi 12 janvier 2017, à 19h00 au CDC Les Hivernales. Entrée libre sur réservations : 04 90 82 33 12

Plateau Jeunes auteurs – le dimanche 19 février / Autour de la collection de performances – le vendredi 24 février / Matière Première – le samedi 25 février

Retrouvez toute la programmation ici . Renseignements : 04 90 89 41 70

Laurent Bourbousson

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