[ITW] Le Festival L’ImpruDanse invite le public à découvrir

17 mars 2024 /// Les interviews
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Bienvenue à la 8ème édition du festival L’ImpruDanse qui se déroule du 23 mars au 13 avril à Draguignan. Maria Claverie-Ricard, directrice de Théâtres en Dracénie, rassemble le public autour de la danse, entres expostions, ateliers et spectacles. Interview.

L’ImpruDanse prend de l’ampleur dans le temps, et donc dans le nombre de spectacles proposés, mais pas seulement. Il s’étoffe d’un « off » conséquent avec des ateliers, des projections, des rencontres, des workshops, des DJ sets, deux expositions, etc. Cela correspond-il à une attente du public d’une part, et au succès des précédentes éditions d’autre part ? 
Les deux en fait ! Il faut remonter aux sources : depuis 25 ans, Théâtres en Dracénie est une scène en indépendance associative et non plus municipale qui a une vraie orientation danse initiée par Liberto Walls et poursuivie par mes prédécesseurs.  C’est vraiment un lieu avec cette identité forte. À l’époque il n’y avait ni Le Liberté à Toulon ni Le Carré à Sainte-Maxime, nous étions deux scènes varoises identifiées sur la danse : Châteauvallon à Ollioules et nous à Draguignan.  Quand j’ai pris la direction en 2015, je ne voulais pas abandonner cette identité surtout qu’il y a une réelle appétence du public pour la danse. J’ai donc proposé  de mettre en place ce festival qui, au départ, était plutôt un temps fort concentré sur quatre jours. On l’a développé progressivement avec systématiquement  une mise en avant de spectacles de danse pour la jeunesse, ce qui donnait encore plus de sens à nos actions  auprès du public. Je pense que le Covid a accéléré les choses car, après la pandémie, on a mené une réflexion globale sur notre projet et sur le public : comment le faire revenir au théâtre ?

La Covid a stoppé net la curiosité et l’appétence du public pour le spectacle vivant ?
La première saison après le Covid (21/22) a été terrible pour toutes les salles de spectacles… C’est L’ImpruDanse, en mars 2022, qui a fait exploser nos quotas de remplissage comme jamais !

L’ImpruDanse, un projet d’équipe au service du public

Vous vous rappelez pourquoi un tel retour ?
Le moteur déclencheur a été le spectacle Folia de Mourad Merzouki. À cause du Covid, j’avais été obligée de déprogrammer la Batsheva car les autorisations de sortie du territoire israélien n’étaient pas encore levées à ce moment-là. Malgré tout j’ai eu la chance de pouvoir ouvrir le festival avec Folia et le public a répondu présent, il y a même eu 20 minutes de standing ovation ! Au-delà de cet engouement, on a senti que le public était vraiment revenu chez nous avec, en plus, l’envie d’être ensemble. Cela s’est ensuite confirmé tout au long de la saison avec un taux de remplissage de 80 %. À partir de là, j’ai lancé une réflexion sur la danse avec l’équipe qui avait beaucoup souffert de la pandémie, qui était à l’époque en télétravail. Or dans un théâtre, par définition, on travaille ensemble, pour les autres, avec les autres : c’est du vivre ensemble. Et L’ImpruDanse est pour nous notre « savoir être », c’est à cet endroit qu’il fallait que nous travaillions. On s’est donc tous mis autour de la table pour faire évoluer notre projet. 

D’où le fait de passer d’un temps fort de quelques jours à un festival de trois semaines…
Un festival peut être sur un temps très court mais c’est avant tout un moment de rassemblement, certes sanctuarisé dans le temps, mais riche de nombreuses propositions. Il faut qu’il fasse vivre un territoire. On n’allait pas se positionner comme Avignon ou Montpellier danse, bien sûr, mais il y  a quand même ces références-là. Le choix a été de se focaliser sur trois semaines très denses, autour d’une programmation de 13 spectacles et des actions en direction du public. C’est vraiment un projet d’équipe.

Avez-vous l’impression que depuis toutes ces années, non seulement vous avez fidélisé le public de danse mais vous en avez fédéré de nouveaux ?
C’est vraiment sur le festival que l’on se rend compte  que l’on rayonne sur un très large territoire. Il y a à la fois un public très afficionados de danse qui peut venir de très loin voir « un » spectacle de danse, comme l’an dernier celui de la Batsheva où l’on a accueilli des spectateurs venus de Paris et même de Pologne ! Et il y a le public de notre région auquel il faut offrir plus qu’un spectacle. Donc, oui, on mélange le public amateur de danse et le public qui pourrait croire que la danse est un art élitiste. Du coup, cette année, on propose de nombreux spectacles gratuits dans l’espace public et dans des lieux inédits pour toucher le plus grand nombre.

Vous déplacez la danse hors du théâtre ?
Effectivement, on a deux spectacles dans l’espace public (Le poids des nuages de Damien Droin au parc Chabran, Voir pour la première fois de Nacim Battou à l’auditorium du Pôle Chabran), un autre à la chapelle de l’Observance (L’Espoir de Nacim Battou), des projections au musée des Beaux-arts…

Concilier éclectisme et exigence au sein de la programmation

À propos de la programmation, comment conciliez-vous l’ouverture au grand public et l’exigence artistique ?
C’est le plus difficile. On ne peut pas faire abstraction du territoire où l’on se situe. Le théâtre de Draguignan n’est pas dans une grande métropole où il y a beaucoup de propositions artistiques et culturelles. On ne peut pas être dans des propositions thématiques trop restrictives, il faut veiller à rester éclectique dans nos choix car nous sommes dans une zone rurale. Ce qui m’importe, c’est de faire découvrir des chorégraphes qu’ils ne découvriraient pas par ailleurs, sans pour autant être dans des propositions « fermées ».

Il y a trois têtes d’affiche cette année : Angelin Preljocaj, Jean-Claude Gallotta, Carolyn Carlson. À côté de ces figures internationales, vous accueillez huit formations contemporaines tout aussi talentueuses mais peut-être moins « repérées ». Est-ce une manière d’assumer votre rôle de découvreur ou tout du moins d’offrir une visibilité à tous ? 
C’est notre rôle de découvreur par rapport au public car, bien sûr, les professionnels connaissent déjà ces chorégraphes… C’est notre mission. En même temps, il faut aussi sortir des sentiers battus et ne pas tomber dans la facilité qui serait d’inviter systématiquement Merzouki ou Preljocaj chaque année ! Notre public aime aussi prendre des risques, découvrir de petites pépites car il nous fait confiance : je leur dis « venez découvrir Ousmane Sy, venez découvrir Anne Nguyen… ». Le jour où l’on a présenté Nacim Battou, certes installé en région, l’engouement a été total et immédiat. J’aime aussi la collaboration avec Coline* qui nous permet d’accueillir pour la première fois à Draguignan Joanne Leighton et Thomas Lebrun, et d’engager un partenariat avec Joanne Leighton pour programmer sa nouvelle création la saison prochaine… De cette manière, je fidélise aussi le public sur l’œuvre d’un chorégraphe.

Il me semble que l’idée de vivre collectivement des moments forts vous tient à cœur car les soirées de lancement et de clôture du festival sont volontairement très festives. 
À la réouverture du théâtre en 2018, après les travaux, on a réussi à accueillir le public en toute convivialité. On le reçoit avant le spectacle et il reste après dans notre hall que l’on appelle « les coulisses » pendant L’ImpruDanse. C’était pour moi essentiel que, durant le festival, il y ait des moments de rassemblements, et pas seulement en ouverture et en clôture : chaque samedi, on organise un dancefloor avec les artistes. C’est vrai que le lancement du festival, samedi 23 mars à partir de 10 heures, est un vrai défi car il n’y a aucun spectacle ! C’est une journée totalement participative et ouverte à tous, on bloque même l’avenue principale de la ville…

*Coline – centre de formation professionnelle du danseur interprète, Maison de la danse, Istres.

Entretien réalisé par réalisé par Marie Godfrin-Guidicelli.
Crédit photo : ©EntrePont Le Funambule – Angelin Preljocaj ©J-C CARBO

Générique

Festival L’ImpruDanse, du 23 mars au 13 avril 2024 – Théâtres en Dracénie, Draguignan (83), avec Marion Motin, Nacim Battou, Angelin Preljocaj, Anne Nguyen, Hamid Ben Mahi… Tout le programme : theatresendracenie.com

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