[ITW] Mov’In Cannes 2025, place aux films de danse avec Didier Deschamps et Eric Oberdorff
Alors que Didier Deschamps (directeur du Festival de Danse de Cannes) dévoile aujourd’hui la programmation du Festival de Danse de Cannes, qui se déroule du 22 novembre au 7 décembre 2025, nous avons interviewé les co-directeurs de Mov’In Cannes 2025, cette compétition lancée lors de la précédente édition du festival en 2023. Eric Oberdorff, directeur de la Compagnie Humaine, et Didier Deschamps répondent à nos questions de ce festival dans le festival !
Si le rendez-vous est pris pour le jeudi 27 novembre, afin d’assister à la projection de l’ensemble des films retenus par les jurys que composent Mov’In Cannes 2025, cette sélection sera visible dès le 15 juillet 2025 sur le site du Festival de danse. Cependant, pour connaître les heureux lauréats de cette édition 2025, il faudra patienter jusqu’en novembre. En attendant, nous entrons dans les coulisses de cette manifestation internationale qui prend de l’ampleur au sein d’un Festival qui devient annuel !
Vous désirez participer au Mov’In Cannes 2025 ? Vous pouvez déposer vos films jusqu’au 10 mai 2025 à partir du lien suivant : Participez

Cette année, le public vivra la seconde édition de Mov’in Cannes, la compétition internationale de films de danse en plein cœur du Festival de danse de Cannes. Lequel de vous deux a eu l’idée de cette compétition ?
Didier Deschamps : C’est un souhait de la ville qui considère que le cinéma et la danse sont constitutifs de Cannes. Les deux sont une tradition, la danse avec l’école de Rosella Hightower et le cinéma avec son festival. Il y a aussi le fait que depuis l’apparition du cinéma, les liens ont été constants entre les deux. Avec Eric Oberdorff, nous avons fait le constat que la créativité de la danse à travers le média cinéma était alimentée par des choses intéressantes à travers le monde. Et cela est très riche d’en rendre compte à travers cette compétition au moment du festival.
Eric Oberdorff : On voit que depuis une vingtaine année les chorégraphes s’emparent du cinéma et encore plus depuis qu’il y a eu une démocratisation de l’utilisation des outils numériques. Avec un simple téléphone, nous arrivons à avoir des images de très très bonnes qualités. On demande au panel de visionnage, lors de la réception des films, de retenir les films dans lesquels la maîtrise des codes de la chorégraphie et ceux de l’écriture cinématographique sont suivis. C’est la ligne éditoriale de Mov’in Cannes. Et c’est la ligne directrice de 10 festivals internationaux partenaires.
D.D. : On veut montrer avec ce festival que la danse filmée répond à une écriture cinématographique et qu’elle n’est en rien ce que l’on voit sur TikTok par exemple qui répond à des codes des réseaux sociaux.
E. O. : Aujourd’hui, la moindre publicité fait appel au corps, à la danse. Pour nous il est important que la danse puisse être employée dans une œuvre cinématographique.
D.D. : Ce qui nous a intéressé avec Eric en créant ce festival était de s’inscrire dans un réseau riche et dynamique puisque nous avons 10 partenaires à travers le monde, comme par exemple le CineDans d’Amsterdam pour ne citer que celui-là, mais qui permet aussi à la fois de diffuser plus largement nos films sélectionnés en France mais également de bénéficier de leur expertise et d’une forme de diffusion plus large qui rejaillit aussi sur le Festival de Danse.
Si la première édition de cette compétition s’est tenue en 2023, lors de la précédente biennale du Festival, je suis très heureux de vous annoncer que Mov’In Cannes sera présent chaque année, tout comme le Festival de Danse ! En effet, nous passons d’une biennale à un rendez-vous annuel et nous en sommes très heureux. Je profite de remercier la ville de Cannes et le Palais des Festivals pour leurs soutiens renouvelés mais également augmentés. Ce sont des moyens très importants qui sont mobilisés pour l’occasion.
Quand vous lancez cette compétition en 2023, êtes-vous étonnés du nombre de films reçus et de leur qualité ?
E. O. : Depuis 2018, je suis à la tête du Nice Dance Film. Je n’ai donc pas été surpris du nombre de films reçus et de leurs qualités. Par contre, je l’ai été par la diversité des écritures, des signatures rafraîchissantes, vivifiantes et encourageantes. C’est un format particulier qui est demandé dans le cadre de Mov’in Cannes (moins de 10 minutes ndlr). C’est un exercice de concision mais on arrive à avoir des objets formidablement servis pour le cinéma.
D.D. : Il est très intéressant de voir que certains artistes qui ont réalisé des films de plus de 10 minutes, sont portés par le désir de figurer dans la sélection. Ceci les poussent à retravailler leurs œuvres pour entrer dans le format demandé pour la compétition. Ils considèrent que c’est une visibilité pour eux de faire partie de celle-ci.
Contrairement à Eric, j’ai été très agréablement surpris du nombre et de la qualité global des films que nous avons reçu en 2023 et que nous recevons pour cette édition 2025. Nous arrivons au même nombre de films reçus qu’il y a deux ans aujourd’hui alors que les candidatures courent jusqu’au 10 mai 2025.
E. O. : Concrètement, nous sortons du champ purement chorégraphique pour aller vers le champ du cinéma. Ainsi, Mov’In Cannes touche aussi bien des producteurs et des réalisateurs de cinéma que des chorégraphes.
Est-ce que l’envie de visionner les films ne se fait pas ressentir avant de les envoyer aux différents jurys ?
E. O. : Je répartis les films auprès des jurys de visionnage qui sont des écoles du territoire de l’Université Côte-d’Azur. Je les ventile un peu au hasard pour que chaque jury ait le même temps de visionnage. Cependant, je regarde tous les films après que leur choix soit arrêté car je suis curieux de savoir ce qui a pu les guider dans le fait de retenir tel ou tel film de par leur spécialité. Par exemple, nous avons des futurs plasticiens de la Villa d’Arson qui sont plutôt pluridisciplinaires, nous avons l’ESRA (Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle), le PNSD Rosella Hightower qui forme de futurs interprètes, et des étudiants de la Licence Arts du Spectacle – EUR CREATES. Depuis cette année, nous avons dans le jury le CNSMD de Paris.
D.D. : Je me cantonne aux films sélectionnés par nos partenaires et ceux des jurys.
Les films primés lors de l’édition 2023 sont visibles sur la plateforme Numéridanse
Parmi les prix que Mov’In Cannes décerne (4 au total dont le prix des étudiants, le prix du Ministère de la Culture, le Grand prix Mov’In Cannes), avez-vous été étonné par le film qui a reçu le prix du public ?
D.D. : Non, du tout. Je n’ai pas non plus été surpris par le choix fait par les étudiants (GHOSTS de (LA)HORDE). Je n’aurais pas fait ces choix mais je les respecte. On comprend ce qui a pu les intéresser dans ces ouvrages.
E.O. : Contrairement à Didier, j’ai été surpris par le choix du public et c’est tant mieux. Il se trouve que notre public est assez conservateur. Le film qui a été primé est porté par des danseurs transgenres de caribéenne, c’est une écriture que l‘on a pas l’habitude de voir (visionner I just wanna dance des chorégraphes Abdiel Jacobsen et Shay Dixon). Il faut faire confiance au public. Tous les espoirs sont présents quand on voit ce choix. Il est un moteur nécessaire pour donner encore plus l’envie de partager encore cette forme d’art que sont les films de danse.
D.D. : Puisque vous évoquez le prix du jury, je tiens à remercier le soutien important du Ministère de la Culture par l’intermédiaire d’un prix qui sera attribué et dont nous avons eu la confirmation il y a peu. Nous nous en réjouissons fortement.
Est-ce que l’on peut dire que Mov’In Cannes est un festival dans le festival de Danse de Cannes ?
D.D : Oui. C’est une compétition, un rendez-vous incontournable au sein du Festival.
E.O. : Et cette année, nous allons ajouter une dimension de rencontres et de marchés. Le festival invite l’ensemble des partenaires et une personne représentante de chaque film sélectionné. Nous faisons se croiser 20 artistes ou réalisateurs avec les festivals partenaires autour d’un marché et lors de la table ronde Une image en mouvement pour un corps en mouvement qui portera sur les enjeux à considérer dans la production d’un film de danse.
Les films primés lors de l’édition 2023 sont visibles sur la plateforme Numéridanse
Les institutions et festivals partenaires : Centre National de la Danse, Paris / Cinédanse, Montréal / Dança em Foco, Rio de Janeiro / Inshadow Festival, Lisbonne / Light Moves Festival, Limerick Irlande / Physical Cinema Festival, Reykjavik / San Francisco Dance Film Festival / Suzanne Dellal Center, Tel Aviv / POOL Movement Art Film Festival, Berlin / Festival CineDans, Amsterdam
Le festival de Danse de Cannes : les 3 lignes de forces retenues pour cette nouvelle édition sont la mise à l’honneur des ballets et grandes formes chorégraphiques, les pratiques populaires et traditionnelles comme source de création contemporaine, et enfin les créations associant danse et musique live. Le public retrouvera 22 compagnies différentes, ce qui en fait une édition importante.
Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Photographie : Eric Oberdorff et Didier Deschamps ©Yoan Boselli
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