[ITW] Véronique Gallo pour The One Mother Show

21 décembre 2018 /// Les retours

Vous ne connaissez pas Véronique Gallo ?
Elle est belge, avec un accent reconnaissable entre 1000, celui de Liège. Elle est la créatrice de la série démente Vie de mère sur YouTube et sur Téva : une mère de 4 enfants totalement débordée qui confie ses tracas online à sa psy ou à qui veut bien l’écouter. C’est doux, tendre, incisif, irrésistiblement drôle et terriblement juste !

On pourrait se dire que la région a porté chance à Véronique Gallo, car c’est en 21015 au Festival Les écrans de l’humour, un festival de fiction courtes d’humour à Marseille, qu’elle a non seulement raflé tous les prix mais également rencontré la production de Kev Adams (il était président du jury), la AdamsFamily. Constituée exclusivement de femmes entre 40 et 50 ans, qui se retrouvaient totalement dans ce Véronique Gallo défendait dans ses capsules sur You tube, la boîte de prod a décidé de produire, sans changer une virgule, la série pour M6.
Si les premières capsules de Véronique Gallo datent de 2015,elle tourne depuis 2008 avec 3 one-woman-show (On ne me l’avait pas dit, Mes nuits sans RobertTout doit sortir) et une pièce de théâtre Chacun sa place. Nous l’avions rencontré pour son nouveau spectacle The one mother show à la salle de la Manare à St Mitre les remparts, en novembre dernier. Depuis, elle a fait salle comble au Casino de Paris !

Comme elle aime décidément bien notre région elle sera le 17/03 2019 à Sanary, le 30 mars au Casino des Palmiers d’Hyères, le 11 avril à Nîmes, Atrium Novotella et le 8 juin 2019 à Marseille à l’Espace Julien.

Vie de mère

Quel est l’origine de votre personnage de maman débordée avec 4 enfants dans Vie de mère ?
Ce sont mes deux grands enfants qui m’ont dit :  » Mais allez, regarde ce que font Norman, Cyprien… tu pourrais faire des machins rigolos toi aussi  » . J’avais ma petite louloute qui avait un an et demi. Je me suis dit  » peut-être qu’il faut que je parle de ça, de la vie de maman qui cherche à progresser  » , car je n’étais plus la même maman à 37 ans qu’à 23. À 23 ans, j’étais hyper stressée, j’avais lu tous les bouquins sur les enfants. Je me suis dit qu’il y avait des messages à véhiculer.

Winicott disait qu’il n’y avait pas de mère parfaite mais seulement des suffisamment bonnes. Êtesvous en accord avec cette idée?
Oui évidemment ! La perfection il n’y a rien de pire et même pour les enfants ce n’est pas bon.

Pourtant Marie-Ève …! (NB : Marie Ève est la maman parfaite d’un des amis des enfants de son personnage)
On en croise tout le temps des Marie-Ève ! Mais moi, je trouve qu’elles font pitié. Tout est parfait tout le temps. Après ce qui compte surtout, c’est d’être la maman que l’on a envie d’être. Ne pas essayer de se confronter à ce que les magazines nous renvoient, à ces messages que véhiculent la presse féminine et qui sont faux, notamment ceux sur la grossesse qui est formidable gna gna… Oui, c’est une vraie chance d’avoir des enfants mais c’est un putain de métier !

Vous surfez sur le fantasme que la plupart des femmes, avec une famille, ont :  être coûte que coûte une super maman et une super femme…Et qui découvre la réalité du job…
Forcément, on pense comme ça étant donné qu’on grandit bercé par des contes de fées où tout semble magnifique et sublime. Personnellement, jeune fille j’étais persuadée que j’allais vivre La petite maison dans la prairie et j’ai réalisé que c’était Dallas. Le couple, la vie de famille, les enfants ce n’est pas simple. J’étais sûre que j’allais adorer. C’est pour ça aussi que je suis devenue prof, pour être sur le rythme des enfants, je pensais que l’on ferait des tartes tout le temps, que j’adorerai faire des confitures… En un moment donné, je me suis dit « faut que j’aille vers qui je suis parce que je ne peux pas rester dans ce rôle encore un peu rétro de prof avec des horaires libres, qui passe deux mois de vacances avec ses enfants, pour m’occuper d’eux » .
Je préfère ma vie maintenant, j’ai du vrai temps de qualité avec eux.

Vous avez le même parcours que Nicole Ferroni…
Oui, nous sommes plusieurs humoristes à avoir été prof avant. En Belgique, il y a Manon Lepomme. Moi, j’étais prof de lettres. 
En même temps être prof, c’est un beau métier, et être devant 25 ados, ça induit de faire du spectacle. Il y a un rapport identique dans ce qu’on donne, car si on veut être un chouette prof, on transmet de l’humain puis après vient la matière que l’on enseigne. On accompagne. Nous sommes des guides. C’est finalement la même démarche d’emmener toute sa classe avec soi ou d’amener un public avec soi. Car sur scène je suis une raconteuse d’histoire, donc je leur transmets un contenu.

Véronique Gallo ©Arié Elmaleh

Est-ce que c’est le fait d’avoir été professeure de lettres qui a aiguisé chez vous ce sens aigu de l’observation ?
Je ne sais pas. Par contre j’en reviens à l’écriture. J’ai toujours beaucoup écrit, c’est au centre de mon travail. J’ai la chance d’avoir reçu un don : j’écris très facilement. 
Moi ce qui m’intéresse c’est la pulsation, la pulsation humaine. J’adore travailler sur les émotions et ça je l’avais avant d’être prof. Après, accompagner des ados en classe c’était très nourrissant aussi. 
J’ai une facilité à digérer ce que je vis et à le régurgiter. Rires. Et ça, sans me protéger, en évitant mes failles…

Tu écris tout avant ? Même pour tes capsules ? Tu ne fais pas d’impros ?
Pour la saison 0, il y avait beaucoup d’impros. Puis Teva a acheté le concept et ils ont commandé 60 épisodes en plus. Là, il fallait écrire. Ils ont été diffusés 2017. Actuellement, elles passent  à la RTBF (télé belge) à la place de Scènes de ménage.

Des projets

Vous avez publié une pièce de théâtre. Où en sont vos projets d’écriture théâtre ?
J’ai d’abord édité un roman en 2012, Tout ce silence, qui raconte le parcours de ma grand mère immigrée italienne, témoin de Jéhovah.
J’ai écrit un spectacle pour trois comédiens, Chacun sa place, qui parle d’une relation entre frères et sœurs à l’âge adulte. Comment on se reconnaît dans sa famille ? Est-ce qu’on garde la même place dans sa famille toute sa vie ?

Vos prochains projets seront littéraires ou au théâtre ?
Je suis plutôt ciné en ce moment. Je viens de finir l’écriture d’un long métrage, La pierre et le bois, qui raconte le retour à la vie d’un homme qui vient de perdre sa femme brutalement. Il est sur les rails, mais ça va durer au moins 3 ans. 
Je travaille sur un 6 x 52 minutes sur l’école : Femmes de classe. Je n’ai écrit qu’un pilote pour le moment. Cela parle de professeurs,  des femmes passionnées par l’enseignement mais coincées dans un système.

Tu frises l’hyper activité là !
C’est d’avoir trois enfants qui relève de l’hyper activité ! J’ai une super relation avec eux et donc ça me bouffe un temps fou ! Rires
Effectivement, je bosse beaucoup mais je suis passionnée. J’aime ce que je fais donc je ne suis pas fatiguée. Ça me ressource, ça me fait beaucoup de bien.

Quels sont les compliments qui te touchent le plus en sortie de scène ?
Je ne me qualifie pas comme humoriste de stand up. Je me sens comédienne. Donc, ça me plaît beaucoup lorsque les gens me disent qu’à la fois ils se sont bidonnés et qu’ils ont eu les larmes aux yeux. Et puis surtout je reçois beaucoup de courrier de maman qui me disent : « je suis en plein burn out, je regarde une  de vos capsules par jour et c’est la seule chose qui me fait rire » , ou alors il y a des mamans qui postent : « votre spectacle devrait être remboursé par la sécurité sociale » . Et là je me dis que mon métier a du sens.

C’est de la Gallo thérapie ?
Je n’oserai pas le dire moi-même.

Propos recueillis par Marie Anezin

The One Mother Show de Véronique Gallo
Interprétation Véronique Gallo | Mise en scène Amandine Letawe
À découvrir à Hyères (30/03), Nîmes (11/04), Béziers (12/04), Marseille (08/06)… Retrouvez toutes les dates
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