Retour : Limbo de Gabriela Munoz, et le coeur de battre plus fort

26 mars 2016 /// Les retours

Gabriela Muñoz, clown du silence, nous offre une variation autour du cœur, au Théâtre du Passage, à Avignon, qu’elle a tout spécialement réadaptée pour le lieu. Il serait vraiment dommage de se priver de ce moment. Retour.

Limbo de Gabriela Muñoz

Limbo de Gabriela Muñoz

Une bâche plastique transparente nous sépare de la scène. Des ampoules s’éclairent de part et d’autre du plateau, le tout accompagné d’un grésillement de court-circuit, plongeant le public dans une certaine attente. Des petits sons de voix arrivent jusqu’aux oreilles. Le ton de la voix laisse transparaître un certain agacement puis tout semble se calmer. La lumière devient plus vive et la voila qui se colle à la paroi qui nous sépare d’elle.
Telle une Alice, qui se trouverait de l’autre côté du miroir, elle nous scrute. Ses tentatives répétées de déchirer la bâche finissent par payer et c’est dans un véritable effort que tout cède, métaphore joyeuse et sublime de l’enfantement.
Une suspension, semblable à celle que l’on accroche au lit des nourrissons, occupe le devant de la scène. Elle est composée de maisons de maisons de papier. Le clown regarde dans chacune d’elle et ses habitants imaginaires semblent y mener une vie normale, ayant trouvé leur place en un lieu juste et paisible.

Gabriela Muñoz nous invite, par son regard et son langage corporel, à la suivre dans sa traversée onirique, qui a pour seul et unique but : celui de découvrir ce que représente le verbe vivre. A travers l’image du cœur, elle questionne ce qui anime l’être. Du cœur joyeux, amoureux, blessé, cassé, voire même inerte, elle en illustre les différents états.
Les éléments du décor (une blouse de médecin, une robe de mariée (peut-être) sur le fond, un portant de côté) ont tous en commun un cœur rouge, duquel partent des fils imaginaires de vie. Si son propre cœur, cousu sur sa poitrine, est gris, 3 fils d’un rouge vif en sortent, comme en attente de vie.
Les différentes situations, qui se développent tout au long du spectacle, sont cocasses, drolatiques et profondes. Elles sont teintées d’une poésie invitant à vivre pleinement le spectacle et les raconter seraient de dévoiler ce petit bijou au risque de le dénaturer.

Mais est-ce que cette proposition peut-elle vraiment être racontée ? Non, car chacun vivra cette expérience différemment. De ceux qui seront amenés à partager le plateau un court instant avec elle, de ceux qui s’attacheront à son regard hagard dévisageant l’assemblée, à sa course effrénée après la vie, chacun retiendra ce qu’il désirera pour parfaire sa quête. Cependant, si nous pouvons nous accorder sur un point, c’est qu’ici, il est vraiment question de quête.

Alors, seul votre cœur marquera, à la fin du spectacle, la cadence d’une révolte qui sommeille, peut-être, en vous : celle d’exister pleinement. Limbo est l’histoire d’une vie, de votre vie.

Limbo, au Théâtre du Passage (Avignon), samedi 26 mars 32016 à 20h00.
Spectacle vu le 25 mars 2016.
Laurent Bourbousson