Vu : Mon corps palimpseste d’Éric Oberdorff

13 mars 2018 /// Les retours

Deux retours pour Mon corps palimpseste, proposition du chorégraphe Éric Oberdorff découverte lors du Festival Les Hivernales. Quand les avis divergent…

Avec Mon corps palimpseste, Eric Oberdorff raconte les histoires et les liens qui se tissent entre les individus. Touché.

Une lumière donne à voir un corps sous un amas de corde et de tissus. Un homme traverse le plateau, de lointain à face, là où il se met à danser. Le son d’une guitare surgit. C’est un peu comme si le spectacle reprenait là où il s’était arrêté quelques instants auparavant. Il y a de cela dans le début de Mon corps palimpseste, l’idée d’un éternel recommencement avec la force de recommencer plus loin que le départ initial.

Les gestes de Luc Bénard (que l’on a pu voir dans le très beau La Barbe Bleue de Michel Kelemenis) agitent son corps en tout sens pour se débarrasser d’une souffrance, d’une histoire inscrite dans son corps. Il exécute une partition d’une énergie non feinte.
Le corps de Cécile Robin Prévallée (interprète chez Sébastien Ly – Compagnie Kerman) se dévoile au regard. Elle laisse tomber le fardeau dont elle avait la charge. À son tour de danser son passé pour mieux s’en départir, avec une énergie et une fougue vivaces.
Ses deux solos en début de proposition sont intrinsèques au duo. Ils s’inscrivent dans l’idée de vouloir penser/panser un passé pour aller vers un ailleurs.
Les deux interprètes se rejoignent pour un duo sensible, où leur propre héritage ressurgit à coup de pas dansés. Les corps, vases de réminiscence, se frôlent, s’apprivoisent, se détachent et se retrouvent pour cheminer dans leur histoire qui devient alors commune.

Une profonde humanité se dégage du plateau. Les corps dansants exhument une danse ancestrale, celle des chairs traversées par des émotions, des vécus, des lieux. Ils portent la marque des crispations, des joies et des peines.
Lorsque, du coin du plateau, sera abaissée sur le corps allongé un amas de tissus à la forme tentaculaire, c’est l’image d’une toile d’araignée qui vient frapper l’esprit constituée des vies reçues en héritage.
Des bouts de liens, épars sur le plateau, emprisonnent le duo. Chacun agite une corde au nez de l’autre comme pour lui rappeler d’où il vient, ses gènes et la filiation dont il est le garant. Cet amas de traces, poussé sur le côté, s’efface du plateau et libère le corps des danseurs qui, à coups de sauts et de gestes tribals, renaissent sous les yeux du public.

Delphine Barbut interprète la musique d’Anthony Rouchier aka A.P.P.A.R.T. C’est rude, fort, presque à saturation par moment comme la bande son de toutes les vies qui se jouent sur notre terre.

Par Laurent Bourbousson

Avec Mon corps palimpseste, à la recherche du sens.

Toujours réinterroger ses réactions…
On entend parfois au sortir des représentations « Je ne suis pas entré dedans » ou « il/elle m’a perdu ». Être perdue lors d’un spectacle, je veux bien. Être embarquée dans un univers qui n’est pas le mien, dans une réflexion qui ne m’était pas parvenue… Je dis oui. Mais malheureusement pour moi, la proposition d’Eric Oberdorff n’a pas eu cet effet-là. Difficile de pointer ce qui ne m’a pas permis d’être touchée par cette pièce. La scénographie était très lisible, mais finalement peut-être un peu trop. La veille nous avions vu une autre proposition de « l’usage » des cordes. Je dois reconnaître que la vision renouvelée de cet élément scénographique m’a quelque peu bloquée. J’ai espéré longtemps que tous les éléments de décors ne seraient pas forcément utilisés… mais si. Ce mot « Palimpseste » revêt pour moi beaucoup de poésie, je n’en ai pourtant pas trouvé l’écho dans la pièce. Pourtant cette dernière était servie par l’interprétation de deux très beaux danseurs.

Je me refais le film a posteriori :
Une femme immobile, figée, debout, qu’un homme recouvre délicatement de longues broderies et de bandes de tricots. Elle se retrouve invisible sous cet amas qui fait peut-être référence au passé. En effet, borderies et tricot renvoient plutôt au temps « d’avant » le consommable. Le temps de nos grands-parents.
Soudain, l’homme s’agite, se débat et s’en va. Elle, se débarrasse assez rapidement de son « lot » et danse…
L’environnement sonore et musical avec la guitariste en direct est très sensible, il m’embarque pour le coup bien plus que ce qui se meut au plateau.

Tout le reste de la pièce devient confus pour moi. Je ne perçois pas ce qui pourrait, devrait, semblerait être trace… Je ne vois et ne ressens pas cela. Je vois une accumulation de moments avec et sans les éléments scénographiques disposés sur le plateau. Je regrette à chaque fois l’utilisation de la scénographie, et son « rangement » systématique.

Souvent je ne comprends pas le déploiement des mouvements dansés, bien que j’en perçoive l’écriture et la qualité. J’y trouve quelques moments de grâce quand les deux corps sont très proches, quand ils hésitent et se frôlent. Là encore j’apprécie le mouvement « pour le mouvement » mais je le vis séparé de l’ensemble de la proposition dont je ne saisis pas la globalité.

C’est une très belle et très profonde thématique à laquelle s’est attelé Eric Oberdorff dans cette pièce, avec, j’en suis persuadée, beaucoup de sincérité. C’est un vrai regret pour moi de n’avoir pas vu et ressenti le développement du propos. Comme si une histoire se racontait mais que je n’en saisissais ni le sens ni la poésie.

Par Séverine Gros

Mon corps Palimpseste a été vu le jeudi 1er mars, dansle cadre du festival Les Hivernales.
Photo : Éric Oberdorff
Conception et chorégraphie Éric Oberdorff / Interprétation Luc Bénard et Cécile Robin Prévallée / Création musicale Anthony Rouchier aka A.P.P.A.R.T / Musicienne Delphine Barbut / Lumière Arnaud Viala / Scénographie Aurélie Mathigot / Costumes Aurélie Mathigot, Éric Oberdorff

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