[VU] « Don Giovanni » et ses femmes tambour battant

25 octobre 2025 /// Les retours
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Un décor bousculant les époques

Des bâtiments aux façades prêtes à s’écrouler retenues par des étais métalliques, du lierre envahissant, des planches obstruant toute ouverture, une cabine téléphonique, et des fauteuils et autres assises à même le sol plongent les interprètes de ce « Don Giovanni » dans un espace intemporel signé Bruno de Lavenère. L’action se situe à toutes les époques, celles où Don Giovanni amadoue ses proies pour mieux en abuser. On pourrait être en 1800, 1900 et même dans notre XXIe siècle que cela ne choquerait personne.

Mais ici, et c’est toute la force de la mise en scène de Frédéric Roels, les femmes que Don Giovanni croise prennent le dessus sur les situations. Et de celui qui viole, séduit, embobine, le metteur en scène met en lumière son côté évanescent et insaisissable pour décrire le fondement même de sa vie : la fuite devant l’engagement.

Les costumes de Lionel Lesire apportent toute la fantaisie à ce « dramma giocoso » (drame joyeux) et les lumières de Laurent Castaingt peignent les interprètes avec justesse.

Une partition musicale interprétée avec brio

De cette soirée, il en ressort un Orchestre national Avignon-Provence gonflé à bloc. Débora Waldman vit la partition à l’unisson avec l’orchestre dans son ensemble. Les accélérations et autres respirations contribuent au drame qui se joue au plateau, entre un Don Giovanni conscient de l’issue et un Commandeur qui ne laisse que très peu d’espoir.

Les apparitions du Chœur de l’Opéra Grand Avignon, dirigé par Alan Woodbrige, viennent souligner les moments autant festifs que graves, voir solennels, avec justesse.

Zerlina, Il Commendatore, Leporello et Don Giovanni à la fête

Parmi les voix qui se donnent à entendre, Eduarda Melo campe une Zerlina absolument solaire. Elle est une étoile filante, faisant fi de tout pour vivre pleinement ce qui lui est donné de vivre. Mischa Schelomianski est un Commendatore puissant. Sa voix incarne l’âme du Commandeur. Tomislav Lavoie, valet de Don Giovanni, explose dès les premières scènes. Il est virtueux dans son chant. Quand à Armando Noguera, il est un Don Giovanni qui se déploie au fur et à mesure des scènes. Son chant accompagne les facettes du personnage : multiples, tourmentées et légères, et se fait profond jusqu’à son dernier souffle.

Gabrielle Philiponet en Donna Anna et Anaïk Morel en Donna Elvira ne sont pas en reste. Elles donnent toutes deux une force dans les phrasés qui rappellent les sentiments traversés par leurs personnages. Lianghua Gong en Don Ottavio est juste dans son interprétation alors que l’on reste sur la réserve avec Aimeri Lefèvre et son Masetto dont la voix peine à passer l’orchestre à certains moments.

« Don Giovanni » ouvre ainsi la saison de l’Opéra du Grand Avignon avec une plongée colorée dans le donjuanisme.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : Studio Delestrade Avignon

« Don Giovanni » a été vu à l’Opérage Gradn Avignon, le 14 octobre 2025.

Générique

Direction musicale Débora Waldman / Chef de Chœur Alan Woodbridge

Mise en scène Frédéric Roels / Scénographie Bruno de Lavenère / Costumes Lionel Lesire / Lumières Laurent Castaingt / Assistante à la mise en scène Nathalie Gendrot / Études musicales et basse continue Juliette Sabbah / Mandoliniste Marine Moletto

Interprètes Armando Noguera / Gabrielle Philiponet / Lianghua Gong / Mischa Schelomianski / Anaïk Morel / Tomislav Lavoie / Aimery Lefèvre / Eduarda Melo

Figurants Helena Vautrin, Cyril Boussin, Laurent Dallias, Jean-Paul Fernay, Julien Florès

Chœur de l’Opéra Grand Avignon / Orchestre national Avignon-Provence

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