VU : L’amante anglaise de Marguerite Duras, mes Thierry Harcourt

22 novembre 2016 /// Les retours
0 0 vote
Évaluation de l'article

3 grands comédiens se partageaient le plateau du Théâtre du chien qui fume (Avignon), en ce week-end de Novembre. Judith Magre, Jacques Frantz et Jean-Claude Leguay étaient sur scène pour donner la voix à L’amante anglaise de Marguerite Duras. Retour.affiche-lamante-anglaise-1

Du fait-divers à la scène

Marguerite Duras a écrit L’amante anglaise suite à un fait divers qui s’est déroulé en 1949 : Amélie Rabillot a tué son mari, découpé le cadavre et déposé les morceaux en divers endroits, dans la ville de Savigny-sur-Orge (Essonne). Bien que cette dernière avoue le meurtre, elle ne donnera pas pour autant d’explication convaincante à ce geste. L’auteur en modifie les personnages et l’action. Elle en livre une pièce de théâtre dans laquelle la psychologie des personnages est décortiquée.
Le texte porté à la scène, depuis 1968, a connu de grands interprètes : Madeleine Renaud, Suzanne Flon, Ludmila Mikaël, Michaël Lonsdale, Pierre Dux… , et de grands metteurs en scène : Claude Règy et Marie-Louise Bischofberger, pour la dernière création en date.
Aujourd’hui, c’est au tour de Thierry Harcourt de s’entourer de Judith Magre, de Jacques Frantz et de Jean-Claude Leguay pour faire vivre ce texte à l’énigmatique fascination qu’il procure. Sa direction de comédiens s’avère efficace et maintient la tension nécessaire jusqu’à la fin de la pièce.

Une mise en scène épurée pour laisser place aux mots

Une table et deux chaises seront les seuls accessoires pour les comédiens durant leur 1h40 de jeu. L’épure du décor et la lumière sobre (que l’on doit à Jacques Rouveyrollis) donnent d’emblée une atmosphère pesante à cette histoire qui pourrait très bien être née d’un mauvais rêve.
Tout commence avec l’entrée de Pierre Lanes (magnifique Jacques Frantz) dans cette salle d’interrogatoire. L’interrogateur (Jean-Claude Leguay, encore timide dans son jeu) questionne celui dont la femme vient d’être arrêter. La raison de cette arrestation : le meurtre de Marie-Thérèse Bousquet, cousine de Pierre Lanes, perpétré par Claire Lanes (sensible et merveilleuse Judith Magre dans son rôle de douce-dingue).
Au travers les questions, Pierre Lanes déroule le fil d’une vie de couple, délitée par les 21 ans de mariage. Il dira de sa femme qu’elle ne s’est jamais accommodée de la vie. Peut-être, est-ce pour lui une certaine explication à ce geste ?
Si le spectateur peut reconstruire le lien qui unit les deux époux, l’arrivée de Claire Lanes sème le trouble. La complexité du personnage est-elle, qu’elle pourrait très bien être une douce dingue échappée d’un établissement psychiatrique. Son mariage à Pierre Lanes n’en est-il pas un ?
Elle trouve dans la folie un certain refuge et amène l’interrogateur, et tout un chacun, sur un fil remplit de nœuds.
Elle, qui s’est désengagée de la vie, regarde son entourage évoluer en spectatrice. Elle, qui ne sait pas plus qu’un autre pourquoi elle a tué Marie-Thérèse Bousquet et surtout dans quel endroit repose la tête, clame que l’on ne lui a pas posé la bonne question pour dénouer l’histoire du meurtre… et, certainement, celle de son histoire personnelle.

Le Théâtre du chien qui fume (Avignon) a eu la chance de recevoir en résidence de création ces trois grands comédiens. L’amante anglaise sera créée au Lucernaire, à Paris, en janvier 2017. Peut-être est-ce cela qui explique les flottements de jeu de Jean-Claude Leguay, à la recherche de ses notes sur le bureau, ou encore le blanc total pour Judith Magre dans son monologue de fin, laissant échapper la tension de ce huis clos. Mais ne vous inquiétez pas, amies et amis parisiens, ils seront parfaits en janvier.

L’amante anglaise de Marguerite Duras, mes Thierry Harcourt, avec Judith Magre, Jacques Frantz, Jean-Claude Leguay a été vu au Théâtre du chien qui fume, le 13/11/2016.
La pièce est programmée au Lucernaire à Paris du 25 janvier 2017 jusqu’au 9 avril, du mardi au samedi à 19h00.

Laurent Bourbousson

0 0 vote
Évaluation de l'article
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x