Ceci est bien un Magritte !

25 février 2018 /// Les retours

Les Césars et les Oscars ont rendus sans grande surprise leur palmarès, penchons-nous donc plutôt sur les Magritte du cinéma belge qui récompensent à la manière de leurs homologues, le Best de l’année en matière de cinéma belge francophone. 

Maya Dory (Mon ange), Raphaël Balboni ,Jérôme Lemaire (Burning out), Guillaume Malandrin, Paul Heymans et Alek Gosse (InSyriated) Fabrizio Rongione, Ann Sirot, Sandrine Bonnaire.

Samedi 3 février 2018, la 8e cérémonie des Magritte du cinéma se tenait au Mont des Arts à Bruxelles, dans le Gold Hall du Square (ci-dessus).
Vous avez peut-être aperçu quelques images de cette cérémonie, début février, sur TV5MONDE qui en présente chaque année une version raccourcie que même mon boucher renierait. À moins que quelques images chocs aient retenu votre attention chez Yann Barthés et son Petit QIl adore « bâcher » cette cérémonie. Forcément puisque les belges ne font rien comme tout le monde. Ici, le tapis est bleu au lieu de rouge, les marches se descendent plutôt que de se monter et leur trophée ressemble davantage à… un instrument de plaisir, couleur argent de 21 cm plutôt qu’à une œuvre d’art du grand maître Magritte. Le trophée des Magritte a été créé par Xavier Lust, un designer belge, et élaboré à partir d’une affiche réalisée par René Magritte pour un festival de cinéma en 1958.

Didier Vervaeren. avec Abel et Gordon « Paris , pieds nus ».

Mais ce décalé n’est-il pas justement leur atout majeur ? Assorti à une liberté de ton, il a fait le succès de ce cinéma si particulier qui est plébiscité à l’international depuis quelques années.

Les Magritte ont un petit coté cannois avec la touche glamour qu’apporte Monsieur mode belge Didier Vervaeren (ci-contre) éternellement caché derrière ses grandes lunettes noires.  Ce passionné, qui office aussi bien à la radio, à la télévision qu’à l’école de mode très renommée de la Cambre, a à cœur de mettre à l’honneur sur scène les créateurs made in Belgium ! Abel et Gordon se sont prêtés au jeu.

Isabelle de Hertogh a retrouvée au photo call son amoureux de Hasta la vista, Tom Audenaert (La Trêve, Unité 42) présent pour Kapitalistis de Pablo Munoz Gomez, en lice pour le meilleur court-métrage.

Tom Audenaert et Isabelle de Hertogh

Isabelle était, quant à elle, nominée pour le prix de la Meilleure actrice dans un second rôle pour sa belle performance dans La fille de Brest d’Emmanuelle Bercot. C’est finalement Aurora Marion qui a obtenu le prix pour le film Noces de Stephan Strecker, largement inspiré d’un crime d’honneur perpétré en 2007 en Belgique. Noces a également remporté le Magritte des Meilleurs costumes par le travail de Sophie Van Den Keybus. Isabelle nous a présenté, accompagnée du trublion de France Inter Alex Vizorek, cette incontournable spécialité belge, de petits cubes violets à la gomme arabique parfum framboise : les cuberdons de Léopold

Ceci n’est pas un trophée ! 

Irrévérencieux, et c’est ce qui a fait son succès – de C’est arrivé prés de chez vous à Dikkenek – le cinéma belge se tenait jusqu’alors loin de ces remises de prix, aussi barbantes que controversées. 
Mais sous l’impulsion d’un producteur reconnu du plat pays Patrick Quinet (Artemis) via l’Union des producteurs de films francophones et la création de l’Académie Belvaux, les Magritte naquirent. Avec l’aide des membres fondateurs que sont BeTV, la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pro Spère, l’UPFF, le FIFF, annuelle, 22 récompenses sont décernées, sur la base des votes des membres de la fameuse Académie André Delvaux constituées de professionnels de l’audiovisuel belge.
Leur but ? Communiquer au plus large public le goût du cinéma belge qui, il faut bien l’avouer, ne faisait pas lever les foules wallonnes. Nul n’est prophète en son pays !

Fabrizio Rongione et Sandrine Bonnaire

Les belges ne vont pas en salle voir leur cinéma, que ce soit les films des Dardenne, multi primés à Cannes, ceux de Joachim Lafosse, Bouli Lanners ou Jaco van Dormael. Ce qui fit dire à Fabrizio Rongione, maître de cérémonie pour la 3e fois : « Non ce soir on ne va pas parler de foot mais de films belges. C’est presque la même chose, les deux durent une heure trente mais dans un stade de foot il y a des spectateurs ! ». Mister Rongione, comédien fétiche des frères Dardenne (RosettaDeux jours, un nuit…) fut parfait dans ce rôle difficile, qu’il assura avec aisance, brio, justesse et un humour qui a plus d’une fois fait mouche .  

Ça balance pas mal à Bruxelles!

Chaque année, contrairement à nos tièdes Césars, la communauté artistique belge saisit l’occasion de cette cérémonie fort prisée des politiques pour se faire entendre d’eux. La question récurrente restant celle du statut d’artiste aussi malmené, si ce n’est plus qu’en France. En 2013, la plupart des participants étaient arrivés avec une pomme et le slogan  » Ceci n’est pas un statut !  » pour parodier justement Magritte. Cette année, certains arboraient sur leur veste un morceau de bandage pour montrer à quel point le milieu culturel en perte de subventions est malade.
Mais dans la défense des plus précaires, ce furent les migrants et bien sur l’affaire Weistein qui ont donné lieu à de belles envolées. Tout au long de la soirée, et profitant de la présence de la classe politique de tout bord, Fabrizio Rongione a piqué à souhait la gente politique. Que ce soit en ce qui concerne l’immigration, prenant à parti le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (associé avec le NVA, l’équivalent de notre Front National) : « Vous avez vu Stars Wars monsieur Reynders ? Parce que vous êtes comme Darvador, vous êtes passé du coté obscur de la force« .

De gauche à droite: Benoît Feroumont, Fien Troch, Sandrine Deegen, Jean-Luc Fafchamps, Zita Hanrot, Nawell Madani , Mourade Zeguendi, Alez Vizorek, Salomé Richard, Kacey Mottet Klein, Charles Kaisin et Reda Kateb.

Alex Vizorek, de retour au pays pour l’événement, dans un flambant costume bleu Magritte présenta les candidats au prix du meilleur scénario en les a transposant sur la scène politique belge :« Théo Franken pour Chez nous, rôle de figurant à Charles Michel, Laurent le Prince pour King of the Belgium… »  Toujours hyper brillant et incisif sous son sourire de premier de la classe, Alex avait emmené avec lui sa consœur de France Inter Nawelle Madani.
Une liberté de ton qui n’était pas sans rappeler l’engagement des artistes belges, qui ne se contente pas de chanter une fois par an pour la bonne cause. Charlie Dupont par exemple a lancé l’application Too Much pour lutter contre le gaspillage et offrir aux plus démunis. De nombreux comédiens participent activement à la Plateforme citoyenne qui aide les migrants du parc Maximilien. Avec des actions comme celle menée le mois dernier : une chaîne humaine allant du parc Maximilien à la gare du Nord. Des actions en forme d’opposition à la politique de plus en plus musclée menée par le gouvernement.

Bwanga Pilipili en jaune accompagnée d’une autre lauréate des Machins Stéphane Bissot.

D’ailleurs la veille lors de la cérémonie des Machins, Bwanga Pilipili qui a reçu, avec toute la dérision qui caractérise ces remises de prix pas sérieux post Magritte, le Machin Théo Francken du travailleur l’immigré pour son rôle de « La Noire dans Faut pas lui dire » avait donné le ton. Teinté d’humour noir et tout en ironie, elle aussi critiqué la politique d’accueil très musclé du gouvernement : « Je voudrais remercier Théo, ses amis, 60 % de la Belgique parce que sans lui une actrice, une réalisatrice noire ne serait pas nommée ici. Je ne vais pas la faire longue car il y a couvre-feu et sinon je risque de ne pas trouver de logement au Parc (Maximilien ). Je voudrais remercier Léopold car sans lui mon père n’aurait pas fait l’histoire. » Elle se tourne pour monter la date du 30 juin 1960. Elle arbore un Sweat où était inscrit d’un coté cette date qui est celle de l’indépendance du Congo et devant LVA la valeur. Ceci est une réponse à une sortie du Secrétaire d’État NVA (le FN local) Théo Francken qui avait écrit sur Facebook: « Je peux me figurer la valeur ajoutée des diasporas juives chinoises et indiennes mais moins celle des diasporas marocaines congolaises et algériennes« . Et de conclure « Un jour peut-être on sera peut-être deux mais là le quota sera dépassé ! ». Une actrice à suivre.

Un palmarès politique 

Il n’est donc pas étonnant que le grand gagnant soit le film Insyriated de Philippe Van Leeuw, sortie en France sous le titre Une femme syrienne.
Le deuxième long métrage de Philippe van Leeuw raconte le quotidien d’une famille pendant la guerre en Syrie. Une mère et ses enfants, cachés dans leur appartement s’organisent au jour le jour malgré les pénuries et le danger. Par solidarité, ils recueillent un couple de voisins et son nouveau-né. Un huis clos captivant.
 

L’équipe d' »Insyriated »: Guillaume Malandrin le producteur, Philippe Van Leeuw le réalisateur, Alex Goosse et Paul Heymans pour le son, Jean-Luc Fafchamps pour la musique. @REPORTERS_MdC2018

 

Insyriated  a récoltés six trophées pour six nominations : Meilleur film, Meilleur scénario original, Meilleure réalisation, Meilleure image, Meilleure son. Et meilleure musique originale pour Jean-Luc Fafchamps qui a beaucoup travaillé avec Anne Teresa De Keersmaeker et Wim Vandekeybus.

Ann Sirot, Solange Cicurel, Natacha Reignier, Sandrine Bonnaire, Peter Van Den Begin, Guillaume Malandrin, Benoît Feroumont, Sandrine Deegen

De nombreux films belges sortis en France, ont été primé.

Parmi eux nous trouvons Paris pieds nus d’Abel et Gordon, Faut pas lui dire  de Solange Cicurel, Grave de Julia Ducournau, Noces  de  Stephan Streker, et Chez nous  de Lucas Belvaux, le grand perdant de cette soirée.

Peut-être à cause de l’affaire Weinstein ou comme symbole d’un un désir de totale parité, cette année le Président de la cérémonie était une présidente, la belle Natacha Regnier. 

 

De même les femmes ont été récompensées en force, même si ce sont majoritairement pour des récompenses techniques.

Une confirmation toutefois !
Celle d’une grande réalisatrice : Fien Troch (ci-contre), avec son dérangeant HOME, un film choc sur l’adolescence dans la lignée de son précédent film Kid, elle reçoit le Magritte du Meilleur film flamand.
Le Festival International du Film d’Aubagne ne s’était pas trompé en lui offrant les deux prix principaux pour Kid.

Ironie du sort son Magritte lui a été remis par Wim Willaert qui concourait avec Kapitalistis mais aussi le film Cargo de Gilles Coulier où il partageait l’affiche avec Gilles De Schrijver (Hasta la vista).

Gilles De Schrijver . Gilles Coulier. Cargo.

Après Cannes où elle a été révélée, Julia Ducournau et son premier long métrage Grave, coproduit par la très dynamique société de production Frakas de Jean-Yves Roubin, remporte le prix du Meilleur film en coproduction et celui du meilleur décor avec Anne Colson. Cette histoire de bizutage à l’école vétérinaire de Liège, point de départ d’un film fantastique a séduit festivals et public.  

Magritte du meilleur espoir féminin : Maya Dory pour Mon ange de Harry Cleven. Le Scénario est signé par le très prolifique Thomas Gunzig, qui cette année avait délaissé son rôle d’auteur pour les Magritte.

Le Magritte de la meilleure actrice est revenue pour la deuxième fois à Emilie Dequenne, une nouvelle fois avec un film de Lucas Belvaux Chez nous après Pas son genre en 2015. 

Ann Sirot. Sandrine Bonnaire. Fien Troch

Une soirée très « Girl power » !

Le Palmarès complet: ici

 

 

 

 

 

 

Quelques noms à découvrir qui vont faire parler d’eux.

Ann Sirot et Raphaël Balbonipour Avec Thelma.

 

 

Magritte d’honneur : Sandrine Bonnaire

Les Magritte qui fête leur 8e édition, commence à être connu au National et à l’internationale notamment grâce à leur Magritte d ‘Honneur. Cette année c’est une Sandrine Bonnaire visiblement très émue qui l’a reçu. 

Elle est de plus en plus présente en Belgique où elle va réaliser un film que la belle Isabelle de Hertogh a initié en partant d’une histoire autobiographique et dont elle aura le rôle principal. Un film écrit à plusieurs mains,  qui parle des origines.

Seul bémol, le journaliste de la RTBF qui s’est vu attribuer l’hommage à Sandrine Bonnaire, alors qu’il s’était distingué l’année précédente avec un « A poil ! » lancé en pleine salle de presse à l’encontre de la maîtresse de cérémonie Anne-Pascale de Clairembourg qu’il ne trouvait pas à son goût dans ce rôle.
Drôle de promotion canapé, somme toute surréaliste, même pour la  Belgique. Et qui dénote avec l’esprit paritaire et engagé de la soirée. 

 

La fête avant tout !

Mais aux Magritte comme ailleurs tout se finit par une fête où tout le monde se retrouve autour d’un verre, voire plusieurs. François Damiens le premier donne l’exemple. 

Cette année Les Machins, les petits prix du cinéma belge, qui par tradition se tiennent la veilleétaient officiellement invité aux Magritte. Ingrid Heiderscheidt son ambassadrice remettait le Magritte du meilleur documentaire à Burning out de Jérôme le Maire.  

Un des organisateurs, Julien Beauvois, arbore ici un des tee shirts crées pour la remise de ces petits prix en toute mauvaise foi et simplicité à l’image de leurs trophées: des petites moules dorées. Cette fête, la 6 ème, s’est déroulée à La Bodega, en plein Molenbeek. Preuve que ce quartier est vraiment un quartier show !

Le Magritte du meilleur espoir masculin 2017 Yoann Blancétait présent pour une capsule vidéo intitulée « Press junket » avec Emilie Duqyenne et Cathy Immelen.

Le comédien de Je me tue à le dire de Xavier Seron et de la série La Trêve de Mathieu Donck sur France 2 en 2016 soutenait également son ami et collègue  Jean Benoit Ugeux.

Le public français a flashé sur le très atypique inspecteur Yoann Peeters et attends avec impatience la suite de cette série dont le tournage de la saison 2 vient de s’achever dans les Ardennes belges. Pour le faire patienter, il pourra retrouver, cet été, Yoann Blanc au Théâtre des Doms durant le Festival Off d’Avignon. Il sera au coté de Catherine Salé dans LA MUSICA DEUXIÈME, de Marguerite Duras, mise en scène de Guillemette Laurent.

Maintenant que vous connaissez tout des Magritte et des comédiens belges qui font frémir la toile , il est certain que vous êtes un vrai :

Marie Anezin
Crédits photos : Marie Anezin

 

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