Collectif 8 porte au plateau Le Meilleur des mondes et réussit son pari de nous faire flipper

19 juillet 2026 /// Les retours
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Huxley décrit, dans Le Meilleur des mondes, une société où règne un eugénisme radical : la reproduction humaine n’a plus rien de sexué, elle est entièrement fabriquée en laboratoire selon un système de castes d’une rigidité absolue. Grâce au soma, drogue euphorisante distribuée à tous, chaque habitant du nouveau monde se contente de sa condition, jusqu’à ce qu’un homme de la Réserve vienne semer le trouble et redonner vie à des sentiments jusque-là inexistants. Ne peut-on pas lire, dans ce bref résumé, que dans une démocratie apaisée se distille la dictature la plus totale ?

Un roman clé pour comprendre notre monde

En posant ce postulat, Gaële Boghossian tisse un récit calibré, mené tambour battant. Paulo Correia (Mustafa) campe un dictateur en puissance sous ses airs d’agneau, avec ses discours aux habitants de ce nouveau monde ; Damien Rémy (Bernard Marx) est troublant dans ses prises de conscience et ses demandes répétées à l’intelligence artificielle pour avoir une communication privée avec ses connaissances ; Océane Verger (Lénina Crowne) cherche le bonheur quitte à se perdre dans le soma et la reconnaissance sociale lorsque ses résultats de sociabilité sont en chute libre ; quant à Matthieu Astre (John), celui de l’autre monde, il insuffle de la vie dans ce bonheur factice en citant des vers de pièces de théâtre lus dans son monde de sauvages.

Les interprètes ne font plus qu’un avec ce monde immersif. Ils apparaissent et disparaissent dans le décor futuriste imaginé par le duo Boghossian-Correia. Tout, dans cette immersion, est crédible, et cela a de quoi faire peur. Troublant à souhait, le récit de cette dystopie a une forte résonance avec notre monde.

Une pièce pour se parler et retrouver notre humanité

Depuis La religieuse, le Collectif 8 pousse le public à la réflexion, à prendre conscience des dérives de diktats imposés par une société patriarcale. Avec le diptyque 1984/Le Meilleur des mondes, le collectif traite du totalitarisme régnant dans nos sociétés modernes aux prises avec un capitalisme libertaire.

Le duo Boghossian-Correia invite réellement à la parole afin de retrouver notre humanité. Si réfléchir sur la société dans laquelle nous évoluons passe par leur théâtre, alors allez découvrir leur Meilleur des mondes, ébouriffant de trouvailles technologiques, pour un spectacle bien vivant, à l’instar d’Everything must go des Forced Entertainement.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Gaël Margerie

Le Meilleur des mondes, jusqu’au 25 juillet, à La Factory – Théâtre de l’Oulle, à 19 heures (relâche le jeudi).

Générique

D’après Aldous Huxley
Mise en scène et adaptation Gaële Boghossian / Avec Matthieu Astre, Paulo Correia, Damien Rémy et Océane Verger / Création vidéo Paulo Correia / Création musicale et sonore Benoît Berrou / Lumière Tiphaine Bureau / Scénographie Collectif 8 / Chargée de production et diffusion Vanessa Anheim Cristofari / Attachée de presse Avignon Sophie Nussbaumer

Production Collectif 8 – Coproduction anthéa – Théâtre d’Antibes – En partenariat avec Amnesty International France

Le Collectif 8 est la compagnie associée du théâtre anthéa

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