Vu : Contagion de françois bégaudeau, mise en scène de Valérie Grail

30 novembre 2017 /// Non classé
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Contagion – Radicalisation – Exfiltration

3 termes empruntés au monde du terrorisme qui constituent les 3 temps de la pièce commandée par la metteuse en scène à l’écrivain. Valérie Grail a demandé à François Bégaudeau de se pencher sur le climat général de notre société après la série d’attentats qui a frappé la France. Il en ressort une pièce où des questions surgissent à chaque fin de séquence afin de nous pousser à la réflexion et dépasser nos à priori ou nos certitudes.

Stéphane (Raphaël Almosni épris de doute est saisissant dans son jeu), l’adulte par lequel nous sommes invités à entrer dans la pièce, traverse les trois espaces temps. La certitude du savoir s’ébrèche et laisse petit à petit la place au doute. Face à lui, trois personnages, tous incarné par la belle révélation Côme Thieulin, qui vont tour à tour le questionner et finir par ébranler le savoir acquis jusqu’ici par l’adulte pensant. Du jeune Maxime sur lequel il est invité à parler pour veiller à ce qu’il ne dérape pas, au metteur en scène qui lui apporte une réflexion sur le théâtre, en passant par le directeur d’agence de communication qui cherche à buzzer quitte à rendre le monde incompréhensible pour ce qui le regarde, Stéphane se prend une réalité jusqu’ici mise de côté au nom de la pensée, de sa pensée.

François Bégaudeau propose donc une traversée sur les maux du moment, la surinformation, l’idée du buzz et le manque de réflexion que peut apporter certaines situations. La réussite repose sur le fait de la distance prise par rapport au sujet même de la commande. Ses personnages ne parlent pas uniquement des attentats, même si ils restent une porte d’entrée de la pièce, mais en font plutôt le tour.
L’auteur dresse, ainsi, une carte de nos certitudes qui se retrouvent balayés. Stéphane s’entend dire que “personne n’a raison sur tout” par Maxime. Cependant, il espère recréer du commun dans un monde incompréhensible, mais se retrouve face à un problème de langage et d’échange dans un monde qui va de plus en plus vite et où l’ultra-libéralisme fait perdre de vue des valeurs saines et concrètes.

Valérie Grail prend le parti de suivre les séquences et déplace notre regard pour nous adresser cette demande : et si nous réappreanions à réfléchir ? En 1h30, le tour est joué.

Laurent Bourbousson
Photo : Raphaël Almosni et Côme Thieulin ©Frédéric Pitchal

Texte François Bégaudeau / Interprétation  Raphaël Almosni et Côme Thieulin / Mise en scène Valérie Grail / Scénographie Charlotte Villermet / Lumières Jean-Luc Chanonat.
À découvrir à Artéphile (Avignon), le vendredi 1er décembre 2017 à 20h30.

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